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La crise de la lutte antinucléaire n’est pas indépassable

Beaucoup ont déjà réagi à l’article de Sylvia Zappi publié par le quotidien Le Monde le 17 juillet dernier intitulé « Le nucléaire est devenu un péril parmi tant d’autres : la lutte contre l’atome ne fait plus recette[1] ». A en croire l’ancien porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire « C’est l’effondrement de l’industrie nucléaire qui entraîne le repli du mouvement antinucléaire[2]. »

Rien n’est moins sûr. Le Mouvement antinucléaire n’est toujours pas sorti d’une crise qui a commencé en 2009 et entraîné le licenciement de Stéphane Lhomme et plus fondamentalement un alignement du Réseau Sortir du nucléaire sur la « ligne climatique » des principales ONG écologistes. Ligne de plus en plus flagrante quand on voit la logorrhée du nouveau chargé de campagne climat de Greenpeace, Clément Sénéchal, qui peut sans scrupule dénoncer les industries climaticides sans guère parler du nucléaire[3]. Le bond en arrière au regard de ce qui était énoncé à l’occasion de la Conférence de Copenhague est flagrant[4]. Le porte-parole de l’ONG oubliant à dessein les positions de son organisation développées dix ans plus tôt[5] et figure encore sur son site[6]. Un exemple parmi tant d’autres qui donne à voir que la question nucléaire n’est plus centrale… voire qu’elle devient marginale dans l’argumentaire écologiste.

Or il ne s’agit pas là d’un glissement. On se trouve là en présence d’une réorientation complète de la critique écologiste résultante de choix politiques bien plus que des circonstances. La militante interviewée par Sylvia Zappi ne dit pas autre chose. « C’est vrai que, dans les marches pour le climat, la lutte contre l’atome n’a pas été identifiée comme centrale. Le choix a été de se concentrer sur des messages simples pour que tout le monde puisse s’en emparer », relève Elodie Nace, porte-parole d’Alternatiba.

Mais il serait naïf de s’arrêter là. Des causes structurelles expliquent cette bifurcation comme nous l’expliquions en 2013 à l’occasion du Débat national sur la transition énergétique[7] :

Nous sommes bel et bien en présence d’une transition culturelle à l’occasion d’un renouvellement générationnelle du mouvement écologiste[8]. Un renouvellement qui ne se construit pas sur le mode de la continuité avec ce qui était historiquement assumée par les organisations et les principales personnalités[9] mais sur le mode de la rupture. Ainsi voit-on des mobilisations contre des mines de Charbon[10] faire plus recette que les événements organisés face à la filière nucléaire[11] même face au projet délirant d’enfouissement des déchets atomiques à Bure[12]

Force est de reconnaître dès lors que si la lutte contre l’atome ne fait plus recette cela tient à des choix faits par ceux et celles qui ont la capacité de décider ce qui doit être fait et comment cela doit être fait. On touche là à des questions politiques, organisationnelles et stratégiques apparues lors de la profonde crise du Réseau Sortir du nucléaire de 2010… et à une nouvelle configuration de l’opposition écologiste qui s’est dessinée face au tournant libéral de François Hollande en 2015.

Aujourd’hui rien n’est encore définitif. Des oppositions au nucléaire ne désarment pas au Tricastin, au Bugey, dans le Nord Cotentin et aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne. On voit même de nouvelles organisations tel XR entamer un dialogue avec des mouvements plus anciens pour prendre en compte la question atomique. Une initiative comme la Grande Marche « Le nucléaire en question » renouvelle les modes d’action en articulant des pratiques différentes. Reste que d’aucuns ne tiennent pas à ce que le nucléaire prenne trop de place. Tout particulièrement à gauche comme le donne à voir cette formule ambiguë : « Aujourd’hui, aucun candidat à gauche ne pourra endosser un positionnement pronucléaire. La question de l’atome n’est plus un point d’achoppement et ne se pose plus en barrière pour nouer des alliances », souligne Maxime Combes, porte-parole d’Attac.

Le problème est qu’au moment même où il conviendrait de mobiliser largement face à la pieuvre atomique peu s’engagent pleinement dans ce champ militant. Ce n’est pas tant de grandes manifestations qui sont nécessaires mais le développement voire l’approfondissement de la surveillance citoyenne des installations nucléaires pour contester concrètement les pratiques et les objectifs d’une filière qui reste puissante. Comme le souligne depuis longtemps Guillaume Blavette un sursaut s’impose[13] en particulier du Réseau Sortir du nucléaire[14].

L’heure de relâcher la garde n’est pas venue, un mouvement antinucléaire est nécessaire face à la crise de la filière et aux risques croissant auxquels elle nous expose !

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Eoliennes en mer des deux côtes, un projet en proie à l’opposition résolue du lobby nucléaire

Les débats récents au sein de l’Agence Française pour la biodiversité sur le projet de parc éolien Dieppe – Tréport prouvent que décidément en France le développement des énergies marines renouvelables est difficile. L’exemple du Tréport est probablement le plus emblématique donnant à voir des obstructions qui n’ont cessé de se renouveler depuis une décennie pour bloquer le développement des parcs éoliens en mer. Opposition si résolue qu’aucuns parcs n’est aujourd’hui en activité. 

Cette situation inacceptable montre clairement comment les adversaires de la transition énergétique agissent pour enchainer la France à l’atome n’hésitant pas à se draper d’une vertu environnementaliste qui n’a rien d’écologiste.

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Normandie terre d’atome, portrait d’un territoire sacrifié

Parler de transition énergétique en Normandie n’est pas chose aisée au vu du lourd passif de notre territoire. Encore aujourd’hui, les énergies d’hier sont ici dominantes. La plus ancienne d’entre elles est évidemment le pétrole. En 2014, Jade Lindgaard révélait que 2 des cinq établissements industriels de France qui contribuent le plus au réchauffement climatique se situent en Normandie[1]. Et cela est sans parler des impacts sur le milieu de ces gigantesques installations non seulement dangereuses pour le climat mais aussi pour la santé publique.

Mais la pétrochimie n’est pas la seule responsable de ce paysage amère qu’offre notre territoire. Si la Normandie est la première « région énergétique française » pour l’emploi et la production de richesse[2], c’est aussi parce qu’elle est la deuxième région française pour la production d’électricité. En effet ici on ne compte pas moins de 8 réacteurs de 1 300 MWe répartis sur 3 sites et l’essentiel de ce que la filière nucléaire appelle « l’aval du cycle du combustible » dans le Nord Cotentin… sans oublier le fameux réacteur EPR en construction à Flamanville depuis dix ans. Des capacités gigantesques au regard du caractère dérisoire de l’éolien et du photovoltaïque de La Manche jusqu’à la Seine-Maritime.

Plus encore que le pétrole, l’atome occupe ici une place centrale dans les imaginaires et les politiques publiques mises en œuvre[3]. « Terre d’énergies », la Normandie ne manque jamais une occasion pour célébrer les vertus du mirage atomique. Le 9 juin 2016, la très officielle filière « énergies Normandie » accueillait ainsi en grande pompe Jean-Marc Jancovici à l’ESIGELEC[4]. Tout est fait ici pour ne pas changer de base. Même l’outil de formation est consacré ici à abonder le puits sans fonds de l’industrie atomique de Cherbourg à Dieppe en passant par Fécamp où les métiers de la maintenance nucléaire sont à l’honneur.

Alors que la transition énergétique est au point mort et que François Hollande a brisé les espérances ouvertes par la loi du 13 juillet 2005 de programme fixant les orientations de la politique énergétique[5], dite loi POPE, en capant à 40% la part des énergies renouvelables dans le mix électrique[6], il convient de s’interroger sur les origines de la nucléarisation de la Normandie, principal verrou social et économique entravant toute évolution réelle vers un système énergétique local, solidaire et efficient. Il s’agit surtout de concevoir les conséquences sur le territoire de l’implantation forcée d’installations nucléaires.

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Faire face au risque nucléaire, un enjeu des élections départementales

Les élections départementales auront lieu les 22 et 29 mars prochains. Dans 2054 cantons seront élues des hommes et des femmes seront élu(e)s pour administrer une collectivité locales dont les prérogatives sont encore en débat[1]. Le projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République n’a de fait toujours pas été votée par l’Assemblée nationale[2].

L’étude d’impact du Projet de Loi n’aborde pas de manière détaillée la question si sensible de la prévention des risques industriels[3]. A ce jour on ne peut établir si les commissions locales d’informations auprès des installations nucléaires de base resteront une prérogative des départements où si elles passeront sous la tutelle des nouvelles régions.

Cette absence est très préoccupante alors que la surveillance citoyenne des installations nucléaires de base est réaffirmée comme un dimension fondamentale de la sûreté nucléaire par la Loi de transition énergétique[4]. Depuis 2006, la sûreté nucléaire en France repose en effet sur quatre piliers comme le donne à voir ce film d’animation de l’association nationale des comités et commissions nationales d’information (ANCCLI)[5]. Les commissions locales d’informations (CLI) animées par les Départements ont pour missions d’organiser la concertation et de diffuser une information claire et accessible à l’ensemble des citoyens. Aux côtés de l’ASN et de l’IRSN, elles constituent donc le «°pilier démocratique°» du contrôle de l’activité nucléaire.

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs, acteur de la surveillance citoyenne des installations nucléaire, adresse à tou(te)s les candidat(e)s aux élections départementales cette lettre ouverte pour leur demander quels sont leurs engagements concernant la gestion du risque nucléaire et l’organisation des secours par le conseil départemental.

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Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs est en deuil

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs tient à témoigner de sa profonde tristesse. Aux côtés des autres associations antinucléaires nous voulons exprimer ce sentiment de sidération face à une horreur que nous ne pouvons qualifier.

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Nous avons perdu hier, des amis, des camarades, des compagnons de lutte. Tous étaient des artistes qui mieux qu’aucun d’entre nous ont su exprimer une critique résolue, non-violente et intransigeante de l’usage de l’atome à des fins militaires ou énergétiques.

cabuLe Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs exprime toute son empathie aux familles et aux proches des victimes de cet acte inqualifiable et adresse à tous ceux et celles qui sont encore hospitalisés un soutien sincère.

1015-riss-blogNous souhaitons que l’oeuvre de Cabu, Charb, Tignous, Oncle Bernard et de tous les autres soit perpétuée et attendons avec impatience les prochains numéro de Charlie.