Pour quoi la demande de modification de rejets est prélèvements d’EDF à Paluel est inacceptable ?

Depuis le 27 février 2017 sont mis en consultation sur le site de l’Autorité de sûreté nucléaire trois projets de décisions relatifs aux rejets et prélèvements de la centrale nucléaire de Paluel. 15 jours sont offerts à la société civile et à l’opinion publique pour formuler des avis argumentés sur un sujet complexe des plus problématiques. Ce délai est dérisoire mais il ne doit pas dissuader le plus grand nombre d’aller voir la réalité d’une industrie qui veut polluer en toute impunité. Les quelques informations communiquées au public suffisent pour comprendre que les impacts du nucléaire sur l’environnement sont considérables et se font au détriment des autres activités du territoire.

Cependant, il y a une autre manière d’appréhender la demande d’EDF que celle présentée par l’Autorité de contrôle. Si rejets et prélèvements sont impressionnants, chacun doit s’interroger sur l’opportunité pour l’exploitant nucléaire de demander une modification de la réglementation applicable au site.

Or rien ne justifie cette demande de modification des autorisations de rejets et de prélèvements. La production du site n’est plus nécessaire alors que la transition énergétique est déjà à l’œuvre. Et rien ne justifie plus la poursuite de l’exploitation nucléaire ici alors que l’agro-alimentaire offre dès aujourd’hui plus d’emplois qu’EDF aux habitants de ce territoire.

Mais rien n’y fait. Envers et contre tout l’exploitant nucléaire persévère dans une stratégie hasardeuse et ruineuse. Non seulement EDF veut imposer l’irréversibilité du choix nucléaire mais exerce une pression à peine dissimulée sur le gendarme du nucléaire.

L’enjeu pour l’opérateur énergétique de l’Etat est de disposer d’un blanc-seing pour poursuivre son activité nocive pour la santé publique et l’environnement… quels que soient les impacts effectifs de ces rejets et prélèvements.

Nous ne sommes pas dupes et nous opposons à la volonté délirante d’EDF le désir de protéger l’environnement et la santé publique.

Trois raisons en particulier justifient d’opposer un non catégorique à la demande de modification des autorisations de rejets et de prélèvements :

  1. EDF demande une modification des autorisations de rejets et de prélèvements avec la certitude que ses installations passeront sans encombre les contrôles de sûreté réalisés au bout de trente années d’exploitation (les fameuses VD3) et pourront donc fonctionner encore pendant au moins une décennie ;
  2. EDF demande une modification des autorisations de rejets et prélèvements avec la certitude que les travaux réalisés à l’occasion du « Grand Carénage » vont accroître la robustesse mais aussi la fiabilité globale de machines réalisés dans les années 1980 à partir de plans conçus dans les années 1950 ;
  3. EDF demande une modification des autorisations de rejets et prélèvements pour mettre en œuvre une conduite des réacteurs « en suivi de charge » c’est-à-dire en modifiant la puissance des installations en fonction de la demande d’électricité ;

Ces trois revendications relèvent au mieux d’un pari risqué. Rien à ce jour ne garantit que les 4 réacteurs de la centrale de Paluel passent l’étape des troisièmes visites décennales. Rien à ce jour ne garantit que les travaux réalisés depuis 2015 soient suffisant pour amener les installations au niveau de sûreté prévu par la réglementation en vigueur. Rien ne garantit que des équipements même rafistolés puissent résister à une conduite « en suivi de charge » brutale voire destructrice.

Ces doutes se posent avec une acuité toute particulière à Paluel, centrale qui a été pendant de nombreuses années lanterne rouge du parc nucléaire français tant sur le plan de la sûreté que sur celui de la radioprotection. Ces doutes se posent avec une acuité toute particulière après les vicissitudes du « Grand carénage » de Paluel 2, la découverte d’équipements sous pression irréguliers à Paluel 1 et un très lourd passif technique, économique mais aussi humain.

Pourquoi donc aujourd’hui concéder à EDF de nouveaux droits à polluer alors qu’on ne sait pas si les 4 réacteurs pourront continuer à fonctionner l’an prochain ?

Telle est la question qui doit être posée à l’Autorité de contrôle. Si des efforts sont faits pour mieux encadrer l’activité nucléaire, chacun doit admettre qu’il n’est pas opportun aujourd’hui d’accorder de nouvelles autorisations de rejets et de prélèvements à EDF à Paluel.

Il serait plus intéressant d’envisager dès maintenant une diminution des impacts d’un site vieilli et obsolète et d’envisager un programme de mises à l’arrêt définitif de Paluel 2 brisé par la chute du générateur de vapeur en mars 2016 et des 3 autres réacteurs du site dont les signes de faiblesse sont nombreux.

Participez nombreu(se)x à la consultation du public de l’Autorité de sûreté jusqu’au 14 mars 2017 pour dire non à la modification des autorisations de rejets et prélèvements et demander un programme de mise à l’arrêt définitif des 4 réacteurs vétustes et obsolètes de Paluel

https://www.asn.fr/Reglementer/Consultations-du-public/Consultations-du-public-en-cours/Centrale-nucleaire-de-Paluel