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6 ans après Fukushima, le nucléaire pollue aussi en France… et c’est pas prêt de s’améliorer

La catastrophe de Fukushima dure depuis 6 années sans que cela ait entraîne ici le sursaut nécessaire. Le nucléaire poursuit tranquillement son activité dans une quasi indifférence qui pose question.

Pourtant chaque jour les centrales déversent dans l’environnement des substances chimiques et radiologiques. Cette pollution invisible et fatale ne peut plus durer alors qu’EDF continue de disposer de généreuses autorisations de rejets et en demande encore.

Pour le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs cette situation est inacceptable. C’est pour cela que nous demandons des prescriptions plus sévères à Paluel et ailleurs qui encadrent strictement les autorisations de rejets demandées par l’exploitant, des garanties fortes qui préviennent des rejets accidentels trop fréquents et surtout la mise en oeuvre des meilleures techniques disponibles pour réduire effectivement les impacts sur l’environnement de rejets trop massifs et trop toxiques .

Dans le souci de convaincre chacun que le nucléaire est une source majeure de pollution, nous vous invitons à prendre connaissance du long exposé qui suit.

Pendant une semaine encore est en consultation un projet de décision de l’Autorité de sûreté relatif à une demande d’autorisation d’EDF de modification des autorisations de prélèvements et de rejets de la centrale de Paluel en Seine-Maritime[i]. Ce dossier au premier abord très technique donne à voir clairement l’impact des installations nucléaires, le statut d’exception dont elle bénéficie et surtout l’urgente nécessité de mettre un terme à ces nuisances.

Les centrales sont une source majeure de pollutions au péril de l’environnement et de la santé publique

Une centrale nucléaire ça crache, ça fuit, ça dégueule. C’est un secret de polichinelle. Dans une indifférence quasi générale se sont des millions de m3 de liquides et de gaz qui sont balancés dans l’environnement chaque année par les installations nucléaires[ii]. Un très intéressant document publié par EDF présente clairement ces impacts du nucléaire[iii].

Nos centrales du littoral pompent environ 200 l. d’eau par kWh pour leur refroidissement[iv]. Comme le reconnaît à demi-mot EDF, « l’eau prélevée est restituée en quasi-totalité au milieu aquatique après s’être échauffée. » Rien de très grave en somme si ce n’est que la composition chimique des effluents diffère légèrement de ce qui est entré. Les rejets contiennent des « traces » de produits radioactifs créés par la réaction nucléaire et des substances chimiques « résiduelles » issues des différents circuits. Très concrètement ce ne sont pas de 30 000 Gbq de tritium qui sont rejetés chaque année dans la mer[v] par chaque réacteur sans compter les quelques 2 000 Gbq de tritium gazeux.

Répartition du tritium dans la Manche (campagne de mesures effectuée en 1994).

Répartition du tritium dans la Manche (campagne de mesures effectuée en 1994).

Les choses deviennent plus délirantes quand on regarde les rejets chimiques. Il s’agit principalement de Bore servant au pilotage du réacteur ainsi que de produits de conditionnement utilisés pour éviter la corrosion des circuits primaire, secondaire et des produits de réfrigération des circuits auxiliaires (hydrazine, morpholine, ammoniaque, phosphate, etc.). Une seconde catégorie de rejets concerne des substances utilisées contre le tartre (sulfates, chlorures, etc.) Toujours est-il qu’un réacteur déverse dans l’environnement chaque année environ 5 t d’acide borique, 1 t de phosphates, 3 t d’ammonium, etc. On a là un joli mélange sans que personne ne soit aujourd’hui en capacité d’expliquer quelles sont les impacts sanitaires effectifs de ce cocktail irradié.

Et là on se rend compte qu’une centrale avant d’être nucléaire est une gigantesque usine chimique utilisant des substances problématiques. Prenons l’exemple de deux produits utilisés pour le conditionnement du circuit secondaire : l’hydrazine (N2H4) qui élimine l’oxygène dissous dans l’eau, et la morpholine (C4H9NO) utilisée pour maintenir un certain pH[vi]. En effet en dessous d’un certain seuil on observe des problèmes de corrosion-érosion des aciers qui constituent certaines parties du circuit. Des dépôts, consécutifs à ces phénomènes, conduisent à des encrassements et des colmatages préjudiciables au niveau des générateurs de vapeur[vii]. Pour compenser cet effet, EDF ambitionne de conditionner le circuit secondaire avec une solution à haut pH (pH entre 9,5 et 9,6). Cette situation entraîne : la suppression des alliages cuivreux (corrosion à haut pH), l’utilisation d’un biocide (le cuivre a un effet bactériostatique), une augmentation de l’utilisation des produits de conditionnement (hydrazine et morpholine). Toujours est-il que les conséquences de cette nouvelle doctrine sont loin d’être négligeables. Cela impose d’abord une modification des condenseurs[viii]. Cela entraîne ensuite une augmentation des substances stockées[ix] sur site et bien évidemment des quantités rejetées…

L’exemple de la Morpholine

Pour maintenir le pH fixé, l’eau conditionnée chimiquement dans le circuit est régulièrement renouvelée. Des vidanges sont ainsi réalisées dans des réservoirs dont le contenu est par la suite rejeté dans l’environnement. Une augmentation des quantités utilisées en hydrazine et morpholine entraîne par conséquent une augmentation des rejets de ces substances ainsi que de leurs sous-produits. Autre effet induit, l’augmentation des usages de telles substances imposent des contraintes de traitement des effluents des circuits de purge des générateurs de vapeur par une utilisation plus massive de résines qui une fois utilisées constituent des déchets pour le moins toxiques.

Mais si on peut mesurer précisément la quantité de déchets physiques[x] générée par le conditionnement du circuit secondaire et des générateurs de vapeur en période d’arrêt, il est bien difficile d’évaluer précisément les quantités rejetées de chaque produit. Le plus grand flou demeure au regard des informations que l’exploitant veut bien communiquer. Et la réglementation n’améliore guère les choses. L’Autorité accorde de telles marges à EDF qu’il n’est pas aisé de s’y retrouver d’autant plus que la traçabilité des éléments chimiques n’est pas évidente. L’étude de l’ACRO citée précédemment concernant la centrale de Belleville laisse en effet penser les écarts entre les espèces entrantes et les espèces sortantes et dû à l’apparition de sous-produits qui ne sont guère comptabilisés[xi] ou plutôt mélangés dans un vaste ensemble, l’azote global.

Cela peut paraître un détail. Mais il n’en est rien. La composition exacte des rejets est un enjeu particulièrement sensible. Toutes les substances ne représentent pas les mêmes risques pour la santé et l’environnement. Ainsi, l’Agence régionale de santé de Normandie a demandé des précisions à EDF sur la formation de N-nitrosomorpholine, produit de dégradation de la morpholine, dans le milieu naturel après rejets. Il faut dire que cette substance n’est pas sans effets à en croire l’agence de l’eau Seine-Normandie[xii] et l’ANSES[xiii]. On sait trop bien ici le danger que la N-nitrosomorpholine[xiv] et l’on est en droit de s’interroger sur les conséquences de sa présence même en quantité faible dans le milieu marin[xv].

Une grande tolérance des services de l’Etat

La Direction départementale des territoires et de la mer de Seine-Maritime a identifié un autre problème posé la demande de modification des autorisations de rejets de Paluel. Il s’agit des rejets azotés. Non seulement se pose la question de la composition précise de ces rejets mais leur quantité globale est problématique. En effet, même si les rejets du CNPE restent dans les limites autorisées par la réglementation applicable[xvi], il apparaît que des dépassements de la limite en azote Kjeldahl et en azote global ont été observés en sortie de station d’épuration au cours des années passées. Si les quantités journalières sont modestes, elles contribuent néanmoins à une accumulation dans le milieu marin littoral d’un polluant dont chacun reconnaît la nuisance et les impacts[xvii]. Le problème est d’autant plus important qu’à ces rejets en azote s’ajoutent des rejets de phosphore non négligeables[xviii]

Mais bien évidemment la DREAL de Normandie s’empresse de minimiser tous ces effets. Dans son avis sur la modification des autorisations de rejets et prélèvements de la centrale de Paluel, la direction régionale de l’environnement a formulé des remarques sur les rejets non radioactifs et la surveillance de l’environnement. Néanmoins « elle a conclu que les rejets engendrés par les modifications des conditionnements des circuits secondaires auront un impact non perceptible en mer, et que l’augmentation des limites des rejets issus de la station de déminéralisation ne posera pas de problème dans le milieu marin après dilution. »

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Rien de très surprenant à cela. La tolérance dont bénéficie l’industrie nucléaire est décidément hors normes. Et l’on est en droit de s’interroger sur la volonté de l’exploitant et des services de l’Etat de maîtriser les rejets en mettant en œuvre les meilleures techniques disponibles. Non seulement, la demande de modification des autorisations de rejets de Paluel amène à douter de la sincérité de la démarche de réduction à la source des produits et autres sous-produits, mais on peut deviner qu’un « processus d’optimisation » de l’exploitation entraîne des arbitrages surprenants entre des rejets d’effluents commodes et une production contraignante de déchets qui donnerait à voir un réel souci de protection des milieux autour du site nucléaire.

Et le bactériologique dans tout ça…

Si seulement le risque se limitait au chimique. Il est aussi bactériologique. En effets les effluents rejetés constituent un milieu propice au développement de tout un tas d’organismes qui peuvent avoir des effets pathogènes. Même la DREAL est obligée de le reconnaître et a demandé à l’exploitant de réaliser des analyses bactériologiques. Le problème porte plus particulièrement sur des amibes thermophiles qui se développent de façon privilégiée à des températures comprises entre 35 et 40 °C dans les condenseurs en acier inoxydable équipant les centrales nucléaires. De l’aveu même d’EDF ces organismes peuvent entrainer des conséquences sanitaires exceptionnelles comme par exemple des Méningites foudroyantes[xix].

L’avis de l’ANSES relatif au « Projet de décision de l’ASN relative à la prévention des risques microbiologiques liés aux installations de refroidissement du circuit secondaire des réacteurs électronucléaires à eau sous pression[xx] » de février 2015 donne à voir clairement les limites des pratiques de l’exploitant nucléaire pour réduire à la source le risque sanitaire[xxi]. L’agence nationale ne mâche pas ses mots :

« L’Anses note que de nombreuses tâches (définition d’indicateurs, de valeurs seuils, cibles, actions curatives etc.) incombent à l’exploitant sans entrer dans un processus de contrôle et de validation externe par un tiers indépendant.

Les notions d’actions curatives, correctives et préventives pourraient être clarifiées dans le texte. De la même façon, une ambiguïté a été relevée dans les articles encadrant la surveillance de l’installation entre les prélèvements et analyses relevant de l’auto-surveillance réalisée par l’exploitant et ceux relevant du contrôle réglementaire. Ces deux points doivent être revus afin de permettre une meilleure compréhension de la décision.

Enfin, s’agissant des valeurs seuils retenues dans le projet de décision, certaines diffèrent d’un facteur 10 avec la réglementation ICPE sur laquelle se fonde ce projet[xxii]. En l’absence de démonstration ou de référence, les rapporteurs s’interrogent sur leur pertinence au regard des connaissances actuelles et de la réglementation ICPE. L’exploitant devrait apporter la preuve que ces valeurs de gestion sont suffisamment protectrices pour la santé humaine et l’environnement. »

Même si les circuits ouverts sont moins exposés au développement de micro-organismes pathogènes en raison de plus faibles surfaces d’échange et des flux plus rapides, ils n’en demeurent pas moins que le problème n’est pas totalement absent. Les échangeurs de circuits auxiliaires (TRI) du bâtiment de traitement des effluents (BTE) et des chantiers sur lesquels ont été déposés des matériels en contact avec de l’eau contaminée (tubes de condenseurs, packings…) peuvent être des milieux propices aux développement d’« amibes » qui d’une manière ou d’une autre peuvent se retrouver dans les effluents de l’installation.

Pour parler comme l’exploitant nucléaire, force est de reconnaître qu’un risque résiduel ne peut être écarté. Du reste EDF ne l’ignore pas. Et on en revient au chimique. Pour traiter le risque pathogène et « nettoyer » les circuits, des produits sont utilisés en masse. Comme on peut le lire régulièrement dans les Rapports de sûreté annuels « afin de limiter leurs quantités dans les eaux à un seuil acceptable, EDF a été contraint de traiter ses circuits à l’eau de javel dans un premier temps, puis à la mono-chloramine. » Très concrètement cela entraine des rejets journaliers par unité peuvent varier de 10 à 70 kg pour le cuivre et de 5 à 35 kg pour le zinc. Non seulement les rejets sont plus massifs mais leur composition est plus complexe augmentant un peu plus les interrogations sur les effets cocktails, la bioaccumulation de certaines substances et donc sur leur concentration dans l’environnement.

Abordons à présent la question centrale des rejets radioactifs

On distingue dans les centrales deux principales catégories de rejets liquides classés comme radioactifs :

  • les effluents provenant du circuit primaire dits « effluents primaires hydrogénés » contiennent des gaz de fission (xénons, iodes, césiums, …), des produits d’activation (cobalts, manganèse, tritium, carbone 14…) mais aussi des substances chimiques telles que l’acide borique et le lithium et de l’hydrogène dissous. Ces effluents sont essentiellement produits en phase d’exploitation du fait des mouvements d’eau primaire effectués lors des variations de puissance ou de l’ajustement des paramètres chimiques de l’eau du réacteur…),
  • les effluents issus des circuits auxiliaires dits « effluents usés » constituent le reste des effluents. Ils résultent principalement des opérations de maintenance nécessitant des vidanges de circuit (filtres, déminéraliseurs, échangeurs…), des opérations d’évacuation du combustible usé et de conditionnement des résines usées, des actions de maintien de la propreté des installations (lavage du sol et du linge).

Les eaux issues des salles des machines (groupe turbo-alternateur) ne sont pas considérées comme des « effluents radioactifs » au sens de la réglementation dès lors que leurs activités volumiques n’excèdent pas 4 000 Bq/L en tritium et 4 Bq/L en activité bêta globale.

En théorie, le système est presque parfait. Les effluents issus du circuit primaire sont dirigés vers le circuit de Traitement des Effluents Primaires (TEP). Le flot est d’abord dirigé vers des réservoirs de collecte qui sont maintenus sous atmosphère inerte d’azote en raison du dégazage de l’hydrogène contenu dans l’eau primaire (de manière à éviter des risques d’explosion). Une chaîne de filtration et de déminéralisation « piège » ensuite les produits radioactifs, à l’exception bien évidemment du tritium, ainsi que quelques substances chimiques. Puis un dégazeur a pour fonction d’extraire les gaz dissous (gaz rares radioactifs, hydrogène, azote) vers le circuit de collecte des effluents radioactifs gazeux. Enfin une chaîne d’évaporation sépare l’effluent traité en un distillat (eau) d’activité volumique faible pouvant être rejeté, voire recyclé le cas échéant, et en un concentrat renfermant le bore qui est généralement recyclé vers le circuit primaire. A croire que rien ne se perd et que tout se recycle.

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En pratique les choses sont moins claires. Et EDF est obligé de reconnaître l’impact des rejets même si bien évidemment leurs conséquences sanitaires sont pour le moins édulcorées :

« Les contrôles et mesures effectués dans le cadre du programme de surveillance ne mettent en évidence qu’une légère incidence des rejets radioactifs sur le milieu terrestre. Dans les milieux aquatique et marin, on décèle, à faible teneur, la présence de radionucléides (tritium essentiellement) dans la zone proche du point de rejet. La dose de rayonnement reçue par le public du fait des rejets radioactifs liquides et gazeux est mille fois plus faible que celle due à la radioactivité naturelle (qui varie elle-même fortement d’une région à l’autre en fonction notamment de la nature des sols)[xxiii]. »

Cette conception de la radioprotection classique que dénonce Yves Lenoir dans la Comédie atomique[xxiv] justifie ce qu’il faut bien appeler un laisser faire pour le moins surprenant. Non seulement les pratiques de l’exploitant sont perfectibles mais le requis du contrôle pourrait être plus sévère[xxv].

Deux exemples permettent tout du moins de l’affirmer. Le premier concerne les exigences de l’ASN qui manifestement ne réussit guère à amener l’exploitant vers une meilleure maitrise des impacts. Au prétexte d’une difficile « faisabilité de la récupération des radionucléides présents dans les effluents », l’Autorité de contrôle autorise des rejets qui sont loin d’être négligeables. La raison est purement économique. « En effet, les procédés de confinement sous forme de déchets deviennent proportionnellement d’autant plus lourds et coûteux que la concentration en radionucléides est faible. » Telle est la thèse classique que l’on retrouve régulièrement dans les Rapports annuels de sûreté. A en croire l’ASN, « en dessous d’un certain niveau, les radionucléides ne peuvent plus raisonnablement être récupérés, notamment parce que les opérations de confinement deviennent de nature à induire un impact radiologique sur les travailleurs sans commune mesure avec le gain espéré pour le public. Ils sont alors rejetés dans le milieu après vérification que leur impact sur le public et l’environnement est acceptable. » Or acceptable n’a jamais signifié raisonnable…

L’exploitant abuse de cette tolérance. Ainsi a-t-il obtenu que des rejets soient possibles en dessous d’un certain seuil. C’est seulement si l’activité bêta globale des effluents stockés dans les réservoirs T et S excède 20 kBq/L qu’un retraitement s’impose avant rejet. En deçà de ce seuil, l’exploitant peut vidanger à sa convenance sans que les résultats d’analyse soient connus (tritium, activité bêta globale, activité gamma globale, composition isotopique par spectrométrie gamma)… Pour le carbone 14 et le nickel 63 la tolérance est plus grande encore. Au prétexte que les analyses sont longues et nécessitent des techniques de mesure complexes, il est admis de ne disposer des résultats qu’a posteriori.

Comment dès lors s’étonner que parfois on trouve des petites choses surprenantes à l’occasion des prélèvements réalisés ici avec l’ACRO ! Le problème a atteint une large échelle quand, au printemps dernier, la CLIN a été informée d’un programme de vidange massif des réservoirs à l’occasion des Grands Carénages…

Contamination de l'environnement suite à des rejets radioactifs accidentels

En tout cas une chose est certaine, les incertitudes sur le niveau exacte des rejets sont considérables. Si le « terme source » est bien connu, peut-on en dire autant des quantités présentes dans l’environnement au bout de 30 ans d’exploitation ? Il n’est pas certain que toutes les substances rejetées aient été toutes diluées et dispersées comme le prétend la théorie…

Pour diminuer les impacts augmentons les rejets !

Les projets de décision concernant les rejets n’aident pas à s’y retrouver. A Paluel on est en présence d’une demande qui a de quoi surprendre. Conformément à la « doctrine tritium[xxvi] » définie par EDF, est privilégié les rejets ce radionucléide dans les effluents liquides dans le souci de diminuer les rejets de tritium sous forme gazeuse et incidemment l’impact dosimétrique globale du site.

Tout du moins c’est ce qui est annoncé par l’exploitant. Si on regarde les choses de plus près, elles sont moins claires. A Paluel, EDF au prétexte de diminuer les impacts demande une augmentation des enveloppes dont elle bénéficie. La limite de rejet du tritium dans les effluents liquides passerait de 120 à 160 TBq/an, celle dans les effluents gazeux de 10 à 12…

La manœuvre est si grossière que ce n’est pas passé. L’ASN et l’IRSN ont opposé à l’exploitant que des efforts supplémentaires pouvaient être faits. Ainsi une limite de 140 TBq/an serait largement suffisante pour les rejets liquides au vu des pratiques locales d’EDF. 7 TBq/an constitueraient une limite acceptable pour les rejets gazeux. Les échanges techniques auront duré plus d’un an entre ces deux institutions et l’exploitant. Et au final le projet de décision prévoit une diminution de 30 % du rejet annuel en tritium dans les rejets gazeux (de 12 TBq/ an à 8 TBq/an).

C’est mieux puisque l’impact dosimétrique global des rejets du CNPE diminuerait de 0,45 µSv/an. Mais ce n’est pas exceptionnel. Des prescriptions techniques et organisationnelles plus exigeantes pourraient amener un recul plus important encore des rejets ne serait-ce que pour satisfaire à la Convention d’Ospar[xxvii]. Comme souvent l’Autorité de contrôle et son appui technique ménagent les intérêts d’un exploitant qui redoute par-dessus-tout d’investir pour la protection de l’environnement et de la santé publique. L’IRSN n’hésite pas à écrire « qu’une forte baisse de la limite de rejet de tritium dans les effluents gazeux avait valeur de sanction des bonnes performances de la centrale nucléaire dans sa gestion du tritium. » Et l’ASN finalement se contente de proposer une cote mal taillée entre le mauvais vouloir de l’exploitant et le nécessaire. Un document rédigé à l’attention des membres du Conseil départemental de l’environnement l’atteste : « le travail d’instruction de l’ASN a notamment consisté à trouver le juste équilibre entre les demandes de l’exploitant, fondées sur des scénarios pénalisants, et ces propositions de l’IRSN, qui ne correspondent pas exactement à l’objectif des limites de rejet, qui est également d’encadrer le fonctionnement en mode dégradé au sens de l’article 1er.3 de l’arrêté INB. » Au final on se retrouve avec une baisse de la limite en tritium pour les rejets gazeux mais avec une hausse pour les rejets liquides. Curieux compromis…

On est en pleine casuistique nucléaire. L’exploitant aurait-il donc quelques choses à cacher ? Des éléments objectifs amènent à le croire. EDF a beau se féliciter de la modestie de ces rejets au regard de ceux des installations de l’aval du cycle du combustible[xxviii], des doutes persistants subsistent sur la radioactivité ou plutôt la radiotoxicité effective des effluents. C’est le cas en particulier du Tritium, radionucléide qui fait débat depuis plusieurs années[xxix]. Entre 10 000 et 30 000 GBq sont ainsi rejetés chaque année par réacteur en fonction des paliers et de la disponibilité. Pour EDF il s’agit d’un mal nécessaire[xxx], . C’est principalement le tritium produit dans l’eau du circuit primaire et essentiellement lié au conditionnement chimique de ce circuit qui se retrouve dans les effluents liquides et gazeux, la quantité de tritium produite étant directement fonction de la quantité d’énergie fournie par le réacteur. Le tritium est rejeté dans l’environnement en l’absence de procédé industriel permettant de récupérer le tritium présent dans les effluents radioactifs liquides des centrales, considérant une très faible activité volumique et de ces rejets massifs (respectivement de l’ordre de 106 Bq.L-1 et de 10 000 à 12 000 m3.tranche-1.an-1 en moyenne pour l’ensemble du parc).

L’impact radiologique des rejets de tritium étant en général plus important par voie gazeuse que par voie liquide, les exploitants de centrales nucléaires font le plus souvent le choix de minimiser les rejets de tritium par voie gazeuse et, par voie de conséquence, de privilégier les rejets de tritium par voie liquide. Pour les centrales implantées en bord de mer ou en bord de fleuves à grand débit, le rapport des doses normées (μSv.TBq-1) peut être très important (facteur 100 voire plus) compte tenu des facteurs de dilution élevés liés aux courants marins ou aux débits fluviaux[xxxi].

Le tritium, notre poison quotidien

D’autres points de vue proposent un regard plus sévère sur les impacts et la toxicité des rejets de Tritium. L’ACRO n’hésite pas à parler d’un risque sanitaire sous-estimé[xxxii]. « En tant qu’isotope de l’hydrogène, le tritium est bien un élément toxique en raison exclusivement de sa nature radioactive. N’en déplaise à ceux qui, inlassablement, cherchent à le distinguer des autres substances radioactives pour mieux le banaliser. En fait, le débat qui s’est instauré depuis plusieurs années dans une partie de la communauté scientifique viserait plutôt à réévaluer à la hausse le risque radio-induit qui est affecté au Tritium[xxxiii]. »

Les arguments développés par les experts indépendants sont si forts que même la très nucléophile AIEA a été amené à reconnaitre qu’une réévaluation des doses limites s’impose :

« En conclusion :

  • la bioaccumulation du tritium n’est pas démontrée, en revanche le modèle bio-cinétique actuel mérite une réévaluation afin de prendre en compte de façon correcte la contribution du tritiu m organique lors d’une exposition chronique
  • la forte densité d’ionisation de répartition hétérogène du tritium suscite des interrogation s quant à la valeur du facteur de pondération W R à appliquer lors du calcul de la dose équivalente et à l a pertinence de la dose pour estimer le risque d’une exposition au tritium ;
  • il manque des données sur les effets d’expositions chroniques (HTO ou OBT) et sur les conséquences d’expositions à des concentrations environnementales (de l’ordre de la centaine ou du millier de Bq/L).

Ces éléments ne remettent pas en cause la faible radiotoxicité du tritium, mais pourront à terme conduire à proposer des évaluations de dose plus élevées qu’actuellement. Les doses efficaces autour des installations nucléaires resteront néanmoins pour le public dans un ordre de grandeur de quelques microSv, voire quelques dizaines de microSv[xxxiv]. »

Si la radiotoxicité du tritium n’est pas réévaluée, une brèche a été créée dans la forteresse nucléaire. Depuis, elle ne cesse de s’élargir. C’est en tout cas ce qui apparaît dans le fameux livre blanc du tritium rédigé à l’issue de deux années de concertation organisées par l’ASN[xxxv].

Ainsi les différentes approches du phénomène de bioaccumulation du tritium ont convergé vers un constat commun. Le point de vue de l’IRSN a considérablement évolué grâce à la constance et à la rigueur des interventions de l’ACRO. Chaque partie a reconnu la nécessité d’approfondir les recherches en menant « des campagnes de mesures environnementales appropriées, définies selon une approche scientifique, afin de lever les doutes et d’apprécier les différents facteurs en jeu, notamment la répartition du tritium entre les différents compartiments (y compris la matière organique des sédiments) et, pour les espèces vivantes, de mieux définir les composantes libre et organiquement liée du tritium. »

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On a bel et bien affaire à une reconnaissance de la toxicité tritium. Reconnaissance d’autant plus grande que chacun a reconnu que les investigations doivent porter non seulement sur la bioaccumulation mais aussi sur la bioamplification dans certaines chaines trophiques aquatiques attestée par des publications anciennes. C’est bien qu’il existe un problème. Problème d’autant plus important que l’activité du tritium amène à revoir bon nombre de postulats du CIPR sur l’effet des rayonnements β :

« La question provient du fait que l’isotope tritium présente quelques spécificités : le parcours des électrons est très court (inférieur au diamètre de la cellule et même du noyau cellulaire) et la densité d’ionisation élevée, ce qui, si les molécules tritiées se trouvent dans le noyau cellulaire, est susceptible de provoquer des dommages en grappes au niveau de l’ADN. Deux autres phénomènes contribuent aussi à renforcer localement les effets du tritium : sa transmutation in situ en hélium et l’enrichissement en eau tritiée de l’eau d’hydratation de l’ADN (« buried tritium » ou « effet isotopique »). L’ensemble de ces effets physico-chimiques conduit à des lésions, qui peuvent conduire à leur tour à l’apparition de mutations dans l’ADN. Si la distribution de la dose est relativement homogène quand le tritium est sous forme d’eau tritiée, elle est par contre hétérogène lorsque celui-ci est incorporé dans l’ADN ou les histones. La question se pose dès lors de la pertinence du concept de dose moyenne à l’organe comme indicateur de risque. Autrement dit, les doses calculées selon la méthode classique (en utilisant les facteurs de conversion Sv/Bq de la CIPR) pourraient conduire à une estimation incorrecte du risque. »

Mais bon de la parole aux actes il reste un écart insondable. On attend encore la création d’une base de données tritium indispensable à la prise en compte du tritium dans le cadre d’études épidémiologiques. Surtout on attend une évolution de l’exploitation des réacteurs nucléaires qui réduise effectivement les rejets…

L’acharnement irresponsable d’EDF

Manifestement ce n’est pas le cas. Bien au contraire, l’opérateur énergétique de l’Etat s’oriente vers une augmentation des rejets de tritium. EDF a un programmé depuis de nombreuses années une modification des combustibles _ dans le souci d’exploiter plus longtemps des installations _ qui a pour objectif d’augmenter la production d’électricité par tonne d’uranium en diminuant la quantité des déchets, mais qui entraîne une augmentation de la production de tritium. Pour un réacteur de 1 300 MWe comme ceux de Paluel, le doublement des rejets tritiés n’est lié qu’à une augmentation de 4,5% de la production électrique !

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Pour des raisons strictement économiques rien n’est fait pour atténuer les impacts et mitiger les risques alors qu’EDF prétend renforcer la robustesse de ses installations à grand renfort de communication. Pour les centrales littorales c’est tout particulièrement flagrant. Alors que l’impact radiologique relatif des émissions gazeuses, 100 fois plus élevé en moyenne pour les sites en bord de mer, par rapport aux rejets liquides, il pourrait être intéressant d’envisager de nouvelles règles de conduite des réacteurs et de nouveaux modes de gestion des effluents liquides et gazeux. Il serait surtout indispensable d’interdire le recours à de nouveaux combustibles qui entraînerait une augmentation des rejets en tritium comme le demande l’ANCCLI.

Cela suppose une réglementation précise de l’exploitation et un encadrement très stricte des conduites en suivi de charge qu’EDF espère généraliser. Cela suppose surtout de nouvelles capacités de filtration, de stockages des effluents et des exutoires appropriés. Mais là on se heurte clairement à la gestion comptable du parc nucléaire qui s’est imposée définitivement avec le changement de statut d’EDF.

Serait-ce que le tritium est devenu la variable d’ajustement de l’exploitation d’un parc nucléaire usé ?

Faute des investissements nécessaires et d’une réelle prise en compte des enjeux sanitaires par l’exploitant, la situation se dégrade tendanciellement. Les rejets en tritium des installations nucléaires ont fortement augmenté ces dernières années. Si l’on regarde l’évolution des rejets liquides des installations nucléaires sur les 15 dernières années, on constate que les rejets en tritium ont augmenté d’un facteur 3 alors que l’on note une tendance à la baisse en ce qui concerne les autres éléments radioactifs rejetés.

Cette augmentation des rejets liquides en tritium est en totale contradiction avec les accords de Sintra, signés en juillet 1998 par les 15 gouvernements européens de la convention OSPAR, dont la France, qui stipule la volonté commune de réduire les rejets radioactifs en mer afin de parvenir à des teneurs dans l’environnement proches des niveaux naturels d’ici 2020.

Peu importe les traités, dès que les intérêts d’EDF sont en jeu l’inertie l’emporte au mépris des progrès des connaissances scientifiques, de l’émergence de nouvelles pratiques et de l’affirmation de meilleures techniques disponibles.

On ne peut plus dire aujourd’hui que les installations sont conçues, construites, exploitées et entretenues de telle manière que les rejets d’effluents dans l’environnement soient maintenus aussi faibles que possible. Les « conditions économiquement acceptables » derrière lesquelles se réfugie en permanence l’exploitant justifie un laisser-aller qui donne à voir que l’industrie nucléaire est incapable de se réformer.

Comme le souligne avec beaucoup de justesse Suzanne Gazal dans l’avis de l’ANCCLI sur projet de décision relatif à la maîtrise des nuisances et de l’impact sur la santé et l’environnement des installations nucléaires de base de l’Autorité de sûreté nucléaire du 15 avril 2013, on est en droit de se demander pour qui ces conditions sont « économiquement acceptables »[xxxvi]

  • pour l’exploitant (coût des mesures mises en place pour réduire les rejets) ou pour les pouvoirs publics (coût de la prise en charge des effets induits par les rejets) ?
  • quel est le niveau d’acceptabilité économique retenu, en fonction de quels critères, et par qui ?
  • s’il s’agit des conditions économiquement acceptables pour l’exploitant, comment ce critère est-il mis en balance avec l’impact sanitaire de rejets en situation accidentelle ?
  • comment la question des montants d’indemnisation à provisionner en cas d’accident et le coût réel d’un accident (coût global d’un accident majeur représentatif estimé en 2012 par l’IRSN à 430 milliards) est-elle prise en compte dans le niveau d’acceptabilité retenu?

Toujours est-il que le projet de modification des autorisations de rejets et prélèvements de la centrale de Paluel n’est pas éthiquement acceptable

Alors que le CNPE est en plein grand carénage et que l’exploitant caresse le doux rêve d’exploiter encore ses réacteurs sur 2 décennies, on était en droit d’attendre plus de fermeté de la part de l’Autorité de contrôle. Ne convenait-il pas de prescrire à EDF à l’occasion de ce vaste chantier des modifications de l’installation qui diminuent à la fois les risques encourus par les salariés et ceux auxquels sont exposés les riverains ?

Manifestement ce n’a pas été le cas, si les VD3 sont l’occasion de réaliser des opérations qui auraient du être faites depuis une décennie, elles entraînent aucun saut qualitatif dans la maîtrise des impacts et des risques. On a bel et bien affaire à des opérations au rabais qui ne modifient pas structurellement des installations défaillantes…

A quoi cela sert-il d’investir tant de milliards dans un rafistolage alors que le territoire a tant besoin d’investissements pour apporter le bien-être auquel tous ont droit  surtout si cela se traduit par une augmentation des nuisances auxquels chacun est exposé ?

notes et commentaires :

[i] https://www.asn.fr/Reglementer/Consultations-du-public/Consultations-d&u-public-en-cours/Centrale-nucleaire-de-Paluel

[ii] http://www.ladrome.fr/sites/default/files/b-rejets_des_cnpe_asn.pdf

[iii] http://energie.edf.com/fichiers/fckeditor/Commun/En_Direct_Centrales/Nucleaire/General/ebookedfbassedef.pdf

[iv] http://www.physagreg.fr/Cours3eme/nouveau-programme/elec3/electricite3-chap4-besoin-eau-centrale-nucleaire.pdf ; http://energie.edf.com/fichiers/fckeditor/Commun/En_Direct_Centrales/Nucleaire/General/Publications/NOTE%20GESTION%20DE%20L%20EAU%202013.pdf

[v] http://www.acro.eu.org/appel-a-sopposer-a-laugmentation-des-rejets-radioactifs-dans-lenvironnement/

[vi] http://www.acro.eu.org/expertise-du-dossier-de-declaration-de-modifications-relatives-aux-rejets-et-aux-prelevements-deau-du-c-n-p-e-de-belleville-sur-loire/

[vii] https://professionnels.asn.fr/Installations-nucleaires/Centrales-nucleaires/Generateurs-de-vapeur-des-centrales-nucleaires

[viii] Les tubes en laiton (alliage de cuivre et de zinc) sont remplacés par des tubes en acier inoxydable ce qui n’est pas sans poser de problèmes comme on a pu le voir sur le grand carénage de Paluel 2 en juillet 2015 où les opérations ont entrainées un feu de métal et des effets sanitaires qui ont mobilisés les salariés de l’entreprise à laquelle ce chantier a été confié.

[ix] Le passage à pH intermédiaire entraîne une augmentation des quantités utilisées en hydrazine et en morpholine. Les sous-produits, dérivés de diverses interactions physico-chimiques au sein du circuit secondaire, seront également générés à des teneurs plus importantes au sein du circuit secondaire.

[x] A Belleville en 2011, Les résines APG ont généré 47,25 tonnes et 8,40 tonnes de déchets respectivement en 2010 et 2011 (conditionnement en bigbag, en moyenne 0,96m3 ou 1,35 tonnes par bigbag

[xi] http://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_gp/Documents/Reacteurs/IRSN_Synthese_Rapport_effluents_28052009.pdf

[xii] http://www.eau-seine-normandie.fr/index.php?id=7229

[xiii] https://www.anses.fr/fr/system/files/EAUX2012sa0172.pdf

[xiv] http://www.journaldelenvironnement.net/article/pollution-industrielle-de-l-eau-potable-en-seine-maritime,30138

[xv] La NDMA est peu susceptible de se volatiliser ou de se bioaccumuler ou de s’adsorber sur des particules. La photodégradation est le principal procédé d’élimination dans le milieu aquatique. La vitesse de dégradation par photolyse peut être sensiblement réduite par la présence de facteurs nuisant à la transmission de la lumière, comme une couverture de glace, ou une forte concentration de substances organiques et de matières en suspension. Ainsi, le potentiel de persistance de la NDMA dans les eaux souterraines est plus important que dans les eaux de surface, où la demi-vie est de 17 heures à 25 °C, contre une demi-vie estimée à1 008 à 8 640 heures dans les eaux souterraines (Santé Canada, 2011).

[xvi] Article 32 de l’arrêté du 2 février 1998 modifié

[xvii] http://www.eau-seine-normandie.fr/fileadmin/mediatheque/Enseignant/Ens-23-SB.pdf

[xviii] https://ged.fne.asso.fr/silverpeas/services/sharing/attachments/kmelia192/16cd3e46-66d4-4189-a49a-9b446d64eefd/74e5a106-2ac9-4acc-ab3c-b551ba373150/C_fiche_6_nitratesmilieuaquatiques.pdf

[xix] http://energie.edf.com/fichiers/fckeditor/Commun/En_Direct_Centrales/Nucleaire/Centrales/Civaux/Publications/documents/Amibes.pdf

[xx] https://www.asn.fr/Reglementer/Consultations-du-public/Archives-des-consultations-du-public/Prevention-des-risques-microbiologiques-lies-aux-installations-de-refroidissement-du-circuit-secondaire-des-reacteurs-electronucleaires-a-eau-sous-pression

[xxi] https://www.anses.fr/fr/system/files/EAUX2015sa0050.pdf

[xxii] Ce projet de décision fixe le premier seuil d’action en Lp à 10 000 UFC/L, ce qui est 10 fois supérieur au seuil fixé dans l’arrêté du 14 décembre 2013 relatif aux ICPE. L’ASN justifie l’augmentation de ce seuil dans la lettre d’accompagnement de la saisine par : – un trop fort impact environnemental de la mise en œuvre d’un traitement préventif de l’eau pendant toute la durée de fonctionnement de l’installation ; – une meilleure performance des dévésiculeurs des grandes tours aéroréfrigérantes (TAR) des centrales nucléaires par rapport aux TAR ICPE. La première affirmation n’est étayée par aucune référence ni calcul de flux ou d’impact environnemental concret ; la seconde a fait l’objet de nombreuses critiques en 2006 par l’Agence considérant que certaines ICPE disposent de grandes tours semblables à celles des centrales qui respectaient la réglementation (Afsset, 2006). Les experts se demandent si les dévésiculeurs équipant les TAR CNPE sont si différents pour justifier d’un meilleur niveau d’efficacité comparativement à ceux équipant les grandes TAR ICPE, alors qu’il s’agit souvent des mêmes fabricants.

[xxiii] P 192

[xxiv] https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/nucleaire/de-tchernobyl-a-fukushima-entretien-avec-yves-lenoir-auteur-de-la-comedie-atomique_30264

[xxv] Selon la doctrine officielle en vigueur l’impact radiologique des rejets radioactifs d’une installation nucléaire pour la population environnante ne peut être mesuré directement. Il est évalué par le calcul de la dose efficace annuelle, qui caractérise la dose reçue et le détriment associé en prenant en compte la nature des rayonnements émis par les radioéléments et les différentes sensibilités des organes humains. Ce calcul est effectué en supposant les rejets radioactifs annuels égaux aux limites autorisées, puis en quantifiant et identifiant les voies de transfert et d’exposition depuis l’environnement jusqu’à l’homme pour chaque radioélément.

En complément du calcul de dose efficace, des mesures radiologiques dans l’environnement (air, eau, sol, aliments) sont réalisées autour de chaque installation nucléaire. Certaines de ces mesures permettent de vérifier que la qualité radiologique des produits alimentaires reste en deçà des limites réglementaires d’acceptabilité, d’autres constituent des indicateurs de marquage de l’environnement particulièrement intéressants à suivre sur le long terme. Il n’est toutefois pas possible actuellement, notamment pour des questions de métrologie (limites de mesure des appareils, limites de détection des méthodes d’analyse), de reconstituer à partir de ces données les doses réelles d’exposition auxquelles les populations sont soumises ; elles seront, selon toute vraisemblance, en raison des hypothèses majorantes utilisées pour le calcul, largement inférieures à la nouvelle limite réglementaire. La dose efficace reste un paramètre de gestion qui permet notamment d’effectuer des comparaisons avec d’autres types d’exposition (rayonnements naturels, exposition à des fins médicales…).

En revanche, en raison de l’incertitude scientifique dans le domaine des faibles doses (hypothèse d’une relation linéaire dose-effet sans seuil) et des incertitudes liées au calcul de la dose efficace, n’est pas déduit directement une possible augmentation de certaines pathologies (cancers notamment) chez les populations vivant à proximité des installations nucléaires.

[xxvi] http://rapport-dd-2010.edf.com/fr/rejets_effluents_radioactifs_liquides

[xxvii] https://www.asn.fr/sites/tritium/fichiers/Tritium_CHAP_4-8.pdf

[xxviii] L’activité moyenne liquide rejetée par réacteur, hors tritium et carbone 14, est de 1 GBq par an, à comparer aux 3 000 GBq des déchets envoyés au centre de stockage de l’Aube

[xxix] Les réactions d’activation neutronique sur le bore 103, et dans une moindre mesure sur le lithium 64, constituent la source principale de production de tritium dans l’eau du circuit primaire. Le taux de production de tritium est ainsi de l’ordre de 37 TBq.GWe-1.an-1, le bore 10 et le lithium 6 contribuant respectivement pour environ 85 et 15 % du tritium produit dans le fluide primaire (le lithium 7 et le deutérium contribuent pour moins de 1 %). Il faut noter que, selon la puissance du réacteur et le mode de gestion du combustible, la production de tritium, par cette voie, peut atteindre une valeur proche de 50 TBq.an-1.tranche-1. Mais là n’est pas l’essentiel. Les réactions de fission dans le combustible constituent la principale source de production de tritium (environ 520 TBq.GWe-1.an-1 – cf. ci-avant), mais celui-ci reste confiné dans le combustible grâce aux gainages en alliage de zirconium (zircaloy-4, M5) des crayons combustibles, le tritium ayant une très forte affinité pour le zirconium et diffusant très faiblement à travers l’oxyde formé en surface de la gaine (taux de sortie d’environ 10-2 TBq par cycle, ce qui représente moins de 0,01 % du tritium rejeté par voie liquide par les centrales nucléaires). Ainsi, près de 50 % du tritium formé dans le combustible reste occlus dans les gaines, le reste restant piégé dans l’oxyde irradié. Par ailleurs, pour ce qui concerne le parc EDF, les réacteurs des paliers 1300 MWe et 1450 MWe comportent des grappes sources secondaires6 qui sont à l’origine d’une production supplémentaire de tritium dans le circuit primaire variant de 4 à 12 TBq par an et par tranche (soit environ 10 TBq.GWe-1.an-1), correspondant à une production supplémentaire de 20 à 40 %, selon la durée d’irradiation des grappes.

[xxx] https://www.edf.fr/sites/default/files/contrib/groupe-edf/producteur-industriel/notes-d-informations/note_enviro_2014.pdf

[xxxi] http://www.irsn.fr/fr/documents/ra2010/irsn_dsu-217_tritium-sources-production.pdf

[xxxii] http://www.acro.eu.org/n85-juin-2009/

[xxxiii] Radiation protection n°152. Emerging issues on Tritium and low energy beta emitters. 2008. Report of AGIR. Review of risks from Tritium. 2007.

[xxxiv] http://www.iaea.org/inis/collection/NCLCollectionStore/_Public/42/091/42091379.pdf

[xxxv] https://www.asn.fr/sites/tritium/

[xxxvi] http://www.anccli.org/wp-content/uploads/2014/06/Anccli-Comit%C3%A9-scinetifique-impact-sant%C3%A9-et-environnement-INB.pdf