EDF évapore notre avenir à tou(te)s

L’information tourne en boucle dans les médias : « Alors que la France rentre dans ces deux pires jours de canicule lundi 6 et mardi 7 août, EDF se retrouve contraint à moduler la puissance de son parc nucléaire. Ces derniers jours, l’électricien a pris la décision de mettre à l’arrêt quatre des cinquante-huit tranche installées en France. Sont concernées une unité à Fessenheim (Haut-Rhin), deux à la centrale de Bugey (Ain) et un dans celle de Saint-Alban en Isère, a détaillé un porte-parole d’EDF[i]. »

Plus globalement la France nucléaire est à l’arrêt. « Vingt des 58 réacteurs nucléaires français sont à l’arrêt depuis dimanche 5 août, a appris lundi franceinfo auprès d’EDF. Quinze le sont pour des travaux de maintenance programmés pendant l’été, quatre à cause de la canicule : il s’agit du réacteur 1 de Saint-Alban (Isère), des réacteurs 2 et 3 de Bugey (Ain) et du réacteur 1 de Fessenheim (Haut-Rhin). A cause de la chaleur, la température des cours d’eau, utilisés par les centrales pour leur refroidissement, est plus élevée que d’habitude. De ce fait, l’eau rejetée ensuite par les centrales serait trop chaude, ce qui oblige certains réacteurs à stopper ou ralentir leur activités[ii]. »

Regardons ce qu’il en est de plus près et ce que cela révèle sur la filière nucléaire

Commençons par quelques chiffres : 2018-08-06 (1)

Un petit détail tout de même. Il n’est pas exact de dire qu’EDF décide de mettre ses réacteurs à l’arrêt comme le laisse entendre certains médias[iii]. Les rejets des centrales nucléaires sont strictement encadrés par des décisions de l’Autorité de contrôle[iv]. Et pour cause, les impacts de l’exploitation nucléaire ne sont pas négligeables.

Chaque centrale doit établir un bilan de ces rejets et prélèvements et adresser à l’ASN ce que l’on a coutume d’appeler un « DARPE », une demande d’autorisation de rejets et prélèvements.

Après instruction l’autorisation est publiée définissant un domaine d’exploitation qu’EDF est dans l’obligation de respecter. Cela vaut non seulement pour les volumes d’effluents rejetés mais aussi pour leur composition chimique et radiologique sans oublier un petit détail, la température des rejets. Et c’est bien ce qui pose un problème cet été en particulier[v]. Non seulement les centrales sont très gourmandes en eau mais elles polluent très nettement au point que des mises à l’arrêt s’imposent.

ressources-eau-prelevements-4-2-graph

L’Etat ne cache pas cette situation :

« La production d’électricité est le secteur qui utilise les plus grandes quantités d’eau (51 % du volume total prélevé en 2013), en dehors même du turbinage des barrages hydroélectriques. L’eau douce prélevée permet d’assurer le refroidissement des centrales thermiques de production d’électricité (nucléaires ou à flamme). Près de 90 % de l’eau prélevée est toutefois restituée au milieu naturel à proximité du lieu de prélèvement.

L’importance des volumes prélevés dépend notamment du type de systèmes de refroidissement (fermé ou ouvert). Ainsi plus de 70 % des prélèvements d’eau douce des centrales électriques sont concentrés sur 4 sites équipés de circuits ouverts. Le fonctionnement en circuit de refroidissement ouvert nécessite des prélèvements d’eau plus importants qu’avec un système fermé (pour chaque kilowattheure produit, les circuits ouverts mobilisent en moyenne un volume d’eau 20 fois équivalent aux circuits fermés). Ces deux systèmes se différencient également par le devenir de l’eau prélevée après utilisation ; pour les systèmes fermés, une partie de l’eau prélevée est évacuée sous forme de vapeur dans une tour aéroréfrigérante, alors que pour les circuits ouverts, la quasi-totalité de l’eau prélevée est restituée à la rivière à proximité du lieu de prélèvement (la température de l’eau rejetée est toutefois plus élevée).

Les prélèvements en eau douce utilisés pour le refroidissement des centrales électriques se sont développés dès les années 1960 avec celui de la production d’électricité issue de centrales thermiques à combustibles fossiles. Ils se sont accrus au cours de la décennie 1980 avec la montée en puissance du parc de centrales nucléaires. Au début des années 1990, ils se stabilisent entre 17 et 20 milliards de m3 par an avec la mise en service de centrales équipées de circuit de refroidissement fermés.[vi] »

Pour autant on ne peut pas dire que l’Etat soit très clair sur les impacts effectifs des réacteurs qui représentent l’essentiel des prélèvements d’eau douce en France[vii]. Après trois longues décennies d’exploitation intensive on ne peut pas dire que les réacteurs n’ont pas laisse leur marque[viii] en contribuant très nettement à la dégradation qualitative et quantitative de la ressource

Un fleuve comme la Loire est particulièrement marqué par les conséquences de l’exploitation atomique. En ce milieu d’été 2018, il aura été nécessaire de libérer de l’eau en amont pour garantir la bonne alimentation en source froide des réacteurs et garantir une dilution acceptable des rejets dans le fleuve.

PGN 50818 Villerest

Cela peut paraître un détail voire une nécessité pour faire face à notre dépendance à l’énergie atomique à l’heure des data center et d’un recours de plus en plus massif à la climatisation. Il n’en est rien. Ce faisant la France s’éloigne un peu plus encore de ces engagements européens, à savoir de la promesse de retrouver le « bon état écologique[ix] » des masses d’eau… en 2015[x] !

On est bien là en présence d’un problème qu’il serait abusif d’envisager à la seule échelle hexagonale. Le nucléaire contribue très nettement à abîmer une ressource de plus en rare voire de plus en plus précieuse alors que chacun mesure les conséquences du changement climatique[xi] sur l’eau douce ici[xii] et ailleurs[xiii].

Somme toute on est en droit de se demander si « Les centrales nucléaires peuvent-elles survivre au changement climatique ?[xiv] » On savait déjà qu’elles n’étaient pas une solution pour le climat[xv]. Aujourd’hui on se rend compte qu’il faudra faire des choix… garantir la ressource en eau et l’intégrité des milieux aquatiques ou succomber définitivement à l’addiction atomique.

Nucléaire et avenir ne sont pas compatibles !

Osons prendre les décisions qui s’imposent à l’occasion de la publication des prochaines programmation pluriannuelle de l’énergie pour la période 2018-2028…

notes :

[i] https://www.novethic.fr/actualite/energie/energie-nucleaire/isr-rse/canicule-quatre-reacteurs-nucleaires-mis-a-l-arret-pour-limiter-le-rechauffement-des-cours-d-eau-146178.html

[ii] https://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/un-tiers-des-reacteurs-nucleaires-francais-a-l-arret-dont-quatre-a-cause-de-la-canicule_2884421.html

[iii] https://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/canicule-pourquoi-plusieurs-reacteurs-nucleaires-sont-mis-a-l-arret-1092879.html

[iv] https://www.asn.fr/Informer/Publications/La-revue-Controle/Controle-n-137-Les-rejets-des-installations-nucleaires

[v] https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/nucleaire/la-canicule-contraint-edf-a-arreter-certains-reacteurs-nucleaires-faute-de-refroidissement_126427

[vi] http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lessentiel/ar/234/1108/prelevements-deau-usage-ressource.html

[vii] http://www.eaufrance.fr/s-informer/observer-et-evaluer/pressions-sur-les-milieux/prelevements/

[viii] https://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20160317_rejets-anciens-plutonium-Loire-resultats-expertise-sediments.aspx#.W2hVkygzbcs

[ix] http://www.sage-vire.fr/le-bassin-de-la-vire/la-qualite-des-eaux/622-2/

[x] https://www.actu-environnement.com/ae/news/bon-etat-masses-eau-2015-objectif-difficilement-atteignable-17050.php4

[xi] http://www.liberation.fr/planete/2018/08/02/climat-les-six-points-qui-alarment-les-scientifiques_1670226

[xii] https://www.nationalgeographic.fr/environnement/france-les-nappes-phreatiques-pourraient-etre-sec-dici-2050

[xiii] http://www.liberation.fr/evenements-libe/2017/01/13/eau-douce-une-histoire-qui-peut-finir-mal_1541243

[xiv] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/08/06/les-centrales-nucleaires-peuvent-elles-survivre-au-changement-climatique_5339708_3234.html

[xv] http://www.sortirdunucleaire.org/Nucleaire-une-fausse-solution-pour-le-climat-45606