Autopsie des délires d’EDF

Un article retentissant publié par Les Echos le 30 aout 2018 révèle qu’un rapport établi par deux nucléocrates notoires recommande la construction de 6 réacteurs de type EPR à partir de 2025.

Cette revendication n’est pas nouvelle. EDF ne cesse de la réaffirmer depuis quelques mois pour peser sur la rédaction de la fameuse Programmation pluriannuelle de l’énergie.

Elle mérite qu’on s’y arrête afin de mieux comprendre quelles sont les ambitions de l’exploitant nucléaire en particulier ici en Seine-Maritime où les réacteurs donnent à voir des signes évidents de fatigue.

En revendiquant le renouvellement du parc nucléaire dès 2025, EDF donne à voir clairement que le maintien en exploitation de nombreux réacteurs n’est plus envisageables en dépit des opérations de « Grand Carénage » !

Il y a urgence pour l’entreprise de mettre en œuvre de nouveaux équipements en serait que pour survivre face à l’affirmation puissante des énergies renouvelables en Europe.

regardons les choses de plus près et essayons de mieux comprendre les motivations d’un  lobby qui cherche à imposer l’irréversibilité de l’option nucléaire :

A l’issue de long et riche débat public qui a donné à voir l’intérêt des territoires et de nombreux acteurs économiques pour la transition énergétique, l’Etat reste décidément sourd à la dynamique de plus en plus forte en faveur de la transition énergétique. Tout semble fait pour que rien ne change. En atteste cette passion durable pour la filière nucléaire. La publication du « rapport qui gênait Nicolas Hulot » révélé par les Echos en est la preuve évidente[1].

« Paris – Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a préconisé jeudi d’attendre que le réacteur nucléaire de type EPR en construction à Flamanville (Manche) soit achevé avant de prendre la décision d’en bâtir d’autres, comme le recommande un rapport commandé par son ministère et celui de la Transition écologique.

« Est-ce qu’il faut construire de nouveaux EPR? Ce sera au président de la République et au Premier ministre de décider. Je rappelle qu’il y en a un qui est en construction. La sagesse recommande déjà d’attendre que l’EPR de Flamanville soit achevé avant de prendre des décisions », a déclaré M. Le Maire sur Radio Classique.

Le rapport confié à un ancien administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Yannick d’Escatha et à un ex-délégué général à l’armement, Laurent Collet-Billo, plaide pour la construction d’un premier lot de six nouveaux EPR à compter de 2025, selon Les Echos qui en ont révélé les grandes lignes mercredi soir.

« Ce n’est pas un rapport qui décide de la politique du gouvernement. Ce rapport apporte des éléments d’information sur des choix qui seront faits d’ici la fin de l’année », a insisté le ministre.

Il a cité la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui doit définir le futur panachage énergétique de la France d’ici à 2028 et sur laquelle une concertation est en cours, pilotée par le ministère de la Transition écologique dont Nicolas Hulot vient de quitter la tête.

Ce dernier a qualifié au jour de sa démission mardi l’énergie atomique de « folie inutile économiquement, techniquement, dans laquelle on s’entête ».

« Je considère que le nucléaire est un atout pour la France », a au contraire affirmé M. Le Maire jeudi, tout en assurant regretter le départ de M. Hulot.

C’est une énergie qui a un « coût compétitif, qui n’émet pas de CO2 et c’est la troisième filière industrielle française, c’est des centaines de milliers de salariés, d’ouvriers, de compétences, de savoir-faire », a résumé le ministre de l’Economie.

« Je ne crois pas qu’en France, il y ait une contestation fondamentale de l’atout que peut représenter le nucléaire à la fois pour les ménages et pour nos entreprises », a-t-il encore dit.

Le chantier de l’EPR de Flamanville a accusé de nombreux retards et son coût a plus que triplé par rapport au budget initial pour atteindre 10,9 milliards d’euros[2].« 

Même s’il est question d’attendre l’hypothétique fin du chantier de la « tête de série » à Flamanville pour lancer la construction de 6 nouveaux EPR, il n’en reste pas moins que cette prise de position de la nucléocratie d’Etat a quelque chose de surréaliste… d’autant plus que les arguments sont bien connus. Ce sont ceux que présentait EDF en janvier 2018 à l’occasion de l’Atelier Filière nucléaire organisée par la Direction générale de l’énergie dans le cadre de la préparation de la programmation pluriannuelle de l’énergie :

Ce document donne à voir que la filière nucléaire est « sanctuarisée[3] ». Les mots ne trompent personne. Dans la continuité de la précédente PPE, pour le moins décevante[4], nous sommes en présence d’un dispositif qui manifestement « abandonne à EDF la politique énergétique[5] ». A croire que la préoccupation de l’Etat est moins d’engager la transition que de mettre en œuvre le « Contrat de filière » conclu en 2013[6].

Le rapport de MM. Escatha et Collet-Billon ne dit pas autre chose à en croire les nombreux articles[7] consacrés ce matin à ce coup de force symbolique de la « Sainte Eglise atomique »

 « D’un passé glorieux à un avenir radieux », le nucléaire vu par EDF

On est là en présence d’un discours digne de la Commission PEON à la fin des années 1960[8]. Les nucléocrates du Corps des Mines[9] se livrent à un exercice caricatural que l’on peut sans trop d’excès caractériser comme une « messe en l’honneur du dieu Atome ». Même si certains détails révèlent quelques dissensions entre eux connues depuis longtemps[10], force est de reconnaître que ces gens-là ont mis en scène leur puissance et plus encore leur résolution à persévérer dans leur être.

A les croire, La France sans le nucléaire ne serait pas la France…

En dépit de la promulgation de la Loi de transition, de la publication de décrets et d’ordonnance, de la présentation d’une première PPE, les pendules se sont arrêtés en 2011 lorsqu’ont été établis les engagements de la filière nucléaire[11] conformément aux orientations fixées par le Conseil de Politique nucléaire du 21 février 2011 :

« Dans le cadre des Etats Généraux de l’Industrie, le Conseil de Politique Nucléaire demande au ministre chargé de l’Energie d’installer un comité stratégique de l’énergie nucléaire, réunissant l’ensemble des acteurs de la filière nucléaire, sociétés d’ingénierie, fournisseurs de services, fabricants d’équipements, entreprises du cycle du combustible, donneurs d’ordres, sous-traitants, organisations syndicales représentatives des salariés. Sous la Présidence du ministre et la vice-présidence du Président Directeur Général d’EDF qui assurera l’animation de son comité de pilotage, ce comité stratégique de filière aura pour mission de renforcer les relations et les partenariats entre les différents acteurs de l’industrie nucléaire. Les instruments de soutien à l’industrie mis en place par le Gouvernement (FSI, OSEO, aides aux pôles de compétitivité…) seront mobilisés[12] ».

Ce dont François Roussely[13] rêvait inspire toujours la gouvernance du nucléaire français en atteste la renaissance de Framatome sous le contrôle d’EDF[14]

Des arguments connus de tou(te)s sont présentés avec une emphase sidérante :

  1. Les chiffres clefs de la filière sont les mêmes qu’en 2012[15]… L’interprétation est même plus résolue aujourd’hui qu’hier puisque désormais la filière est présentée comme le « 3e secteur industriel français», le nombre d’entreprises est plus grand encore passant de 2 500 à 2 600 et surtout ce serait un secteur massivement exportateur avec quelques 25% du CA réalisés à l’étranger…
  2. L’industrie électronucléaire en dépit de toutes les études indépendantes qui amènent à nuancer ce constat[16], est présenté comme une « énergie décarbonée » (16g/kWh) qui permet et garantit une large intégration des énergies renouvelables « grâce à sa souplesse…» comme ne cesse de l’expliquer la SFEN[17]
  3. Mais surtout, la force de la filière française est le fait d’un acteur incontournable qui dispose d’une maitrise unique au monde grâce à l’exploitation du parc le plus important au monde qui lui confère une expérience de « 1 700 années » si on cumule la durée de fonctionnement de tous les réacteurs…
  4. Et enfin, « EDF a construit 120 réacteurs dans le monde…» ou plutôt participer de près ou de loin à la construction de ces réacteurs. Le défi aujourd’hui est de renforcer cette position internationale !

Aucun argument classique de la communication envahissante[18] d’EDF n’a été oublié :

« LE NUCLÉAIRE, UNE ÉNERGIE SÛRE ET COMPÉTITIVE : Le nucléaire est aujourd’hui le troisième secteur industriel national derrière l’automobile et l’aéronautique. Avec 19 centrales en activité, EDF assume l’entière responsabilité de ce parc, dont la sûreté est placée sous le contrôle de l’ASN. Sa compétitivité et la sécurité de son approvisionnement en combustible font du nucléaire la principale source de la production électrique française et le gage de son indépendance[19].

UNE EXPERTISE UNIQUE SUR TOUT LE CYCLE DE VIE DES CENTRALES : De la conception à la déconstruction, en passant par l’exploitation des centrales et le cycle du combustible nucléaire, EDF bénéficie d’une expérience unique au sein de la filière nucléaire. Ce savoir-faire internationalement reconnu permet d’améliorer continuellement la performance des centrales et de prolonger leur durée de vie[20].

LE NUCLÉAIRE, PIVOT DU MIX ÉNERGÉTIQUE FRANÇAIS… Afin de fournir à tous, en tout lieu et à tout moment une électricité propre et abordable, EDF utilise toutes les sources d’énergie : nucléaire, eau, charbon, fioul, vent, soleil, biomasse…

Parmi elles, l’énergie nucléaire est la seule avec l’énergie hydraulique à être sollicitée en continu. Toutes deux constituent le « socle » de l’électricité française, dont le nucléaire assure l’essentiel de la production.

Cette part prépondérante dans le mix énergétique français s’explique par un choix politique pris par la France dès les années 1960 de diversifier ses sources d’approvisionnement afin de garantir son indépendance énergétique.

Cette politique a été rendue possible en faisant de la sûreté du parc nucléaire une exigence pour toutes les phases de la vie des centrales : conception, construction, exploitation, déconstruction. Des dispositions exceptionnelles sont prises pour que les process ne puissent, à aucun moment, impacter la santé et l’environnement. Les produits radioactifs, notamment, font l’objet d’attentions particulières, de leur transport à la gestion des déchets générés. »

Et même le fameux :

« UNE ÉNERGIE COMPÉTITIVE AUX COÛTS STABLES : Le leadership du nucléaire dans la production électrique française s’explique aussi par la puissance de cette énergie. 58 réacteurs sont aujourd’hui en service dans l’ensemble des centrales. Leur puissance varie de 900 à 1 450 MW, pour une puissance installée totale de 63,13 GW.

Un réacteur de 900 MW produit en moyenne chaque mois 500 000 MWh, ce qui correspond à la consommation de 500 000 foyers.

Grâce à l’apport de l’énergie nucléaire, le prix du kWh est en moyenne 40 % moins cher en France que chez ses voisins européens

L’uranium utilisé pour produire l’électricité représente 5 % des coûts de production du kWh nucléaire. En comparaison, la part du combustible représente de 20 à 50 % du coût de production dans les centrales au charbon et de 50 à 80 % pour le gaz.

Peu exposé à la volatilité des prix et aux tensions du marché contrairement aux énergies fossiles, le nucléaire a ainsi fait de l’électricité française l’une des plus compétitives et des moins dépendantes au pétrole d’Europe. »

Tout au plus quelques éléments nouveaux sont venus atténuer l’autosatisfaction atomique :

  1. EDF confirme son « désengagement des fossiles» et repris l’argumentation de Nicolas Hulot[21] développée après la publication par RTE de scénarios électriques[22],
  2. L’argumentaire économique lui aussi évolue sensiblement dans un contexte de « Grand Carénage» et surtout de monté en puissance des énergies renouvelables[23].

Somme toute, la présentation ne fait qu’actualiser une « ligne de communication » traditionnelle dans le contexte de la préparation de la PPE.

Un acte d’affirmation d’une filière persuadée de son infaillibilité

La nucléocratie ne recule devant aucun argument pour affirmer le caractère indispensable de la technologie de destruction massive qu’elle impose au pays depuis plus de 60 ans[24]. Sa seule ambition est de « gonfler les muscles » alors que les autres filières montrent leur capacité à garantir « la sécurité d’approvisionnement en électricité[25] » et que certains plaident en faveur de la mise en œuvre d’une réelle transition[26].

Pour autant, quelques détails donnent à voir que le lobby n’est plus aussi triomphant que lors du lancement du chantier EPR de Flamanville. Dominique Minière[27] lui-même reconnaît que la filière nucléaire doit faire face à des défis non négligeables pour préserver sa prédominance dans le mixe énergétique français :

  1. Réussir la prolongation de la durée d’exploitation d’un parc vieilli pour ne pas dire usé ;
  2. Maitriser des coûts d’exploitation qui tendanciellement ne cessent d’augmenter puisque le « nucléaire doit être compétitif» ce qui implique « d’optimiser les coûts du nucléaire neuf » ;
  3. Articuler au mieux la production nucléaire avec le développement inéluctable des EnR[28], c’est-à-dire développer une « conduite en suivi de charge[29]» des réacteurs ;
  4. Faire face au défi du renouvellement du parc alors que tous les réacteurs en service ne pourront passer l’échéance des 40 ans…

Il s’agit bien là de défis majeurs au vu de l’état de l’opinion[30], de l’inflation constante des coûts d’exploitation anticipée par le Rapport Charpin-Dessus-Pellat[31] et confirmée par le Rapport Brottes-Baupin[32], de la dérive tendancielle des coûts de construction des installations nucléaires[33] et bien évidemment des impacts et nuisances d’une systématisation de la conduite en suivi de charge avec des combustibles « plus chauds »

Toujours est-il que pour EDF la meilleure manière de garantir le développement des énergies renouvelables et de faire le choix de pérenniser l’option nucléaire. Ce nouvel élément de langage est repris systématiquement depuis des mois[34] au point de convaincre le Ministre de l’urgence de « l’arrêt immédiat» des centrales thermiques[35]. Le but n’est autre que de survivre comme chacun peut le constater depuis le fameux Débat national sur la transition énergétique[36]

Le fait nouveau est qu’EDF et ses partenaires insistent sur l’ancrage locale de la filière pour justifier la « nécessité » du recours à l’énergie nucléaire. Ce n’est pas tant que le nucléaire est utile qui est déterminant mais c’est sa présence massive et ancienne dans de nombreux territoires qui justifie que l’Etat mette tout en œuvre pour pérenniser l’option atomique.

« L’exploitation de l’énergie nucléaire ne peut se faire que dans un cadre juridique spécifique, en raison d’une part des risques ou inconvénients que peuvent présenter les installations nucléaires ou le transport de substances radioactives en termes de sécurité, de santé, de protection de la nature et de l’environnement, et d’autre part des enjeux de sécurité d’approvisionnement énergétique qui lui sont associés. Plusieurs acteurs institutionnels définissent et font respecter le cadre dans lequel les industriels du nucléaire déploient leurs activités sur le territoire national et à l’étranger[37]. »

C’est bien dans ce but que le Comité stratégique de la filière nucléaire, qui regroupe des groupes industriels français d’envergure internationale, des organismes publics de recherche et un tissu de plusieurs centaines de PME : exploitants nucléaires, sociétés d’ingénierie, fournisseurs de services, fabricants d’équipements, est aujourd’hui « en cours de refonte[38] »  notamment avec la mise en oeuvre de la nouvelle Plateforme France Nucléaire fondée en mars 2016 dont l’objectif est « améliorer l’efficacité collective des trois entités, notamment pour élaborer une vision partagée des enjeux du secteur sur le moyen et le long termes, ce qui contribuera à la préparation et la mise en œuvre des décisions prises par le Conseil de Politique Nucléaire autour du Président de la République[39]. »

Toujours est-il que l’on retrouve bel et bien le nouveau positionnement d’EDF tel qu’il est défini par Jean-Bernard Lévy   :

« La filière nucléaire joue un rôle essentiel sur le territoire national : le poids de l’activité qu’elle développe, le rôle qu’elle joue dans la création de valeur et d’emplois en font une filière stratégique pour notre pays.

Pour répondre aux enjeux de l’économie française, tels que le Grand Carénage, et pour gagner de nouvelles parts de marché à l’international, nous devons collectivement continuer à développer et à rendre encore plus performant notre tissu industriel.

Dans cette logique, les engagements de la filière nucléaire, mis en œuvre depuis 2013, ont permis aux différents groupes de travail d’engager des actions visant à nous renforcer dans le strict respect des règles de sûreté, de concurrence, mais aussi de non-prolifération.

La France dispose d’un savoir-faire technologique et industriel lui permettant de faire partie des leaders mondiaux dans l’énergie nucléaire. Dans ce contexte, la filière se structure pour répondre à ces enjeux.[40] »

Et c’est cette structuration qui pour EDF est en dernier recours l’argument qui justifie de non seulement maintenir ouverte l’option nucléaire mais de la consolider en offrant une « visibilité politique » à tous les acteurs, en favorisant une « simplification du paysage » et en associant tous les acteurs à la définition des objectifs communs. L’industriel et l’économique s’impose donc aux besoins énergétiques. L’important dans le nucléaire est moins la production d’électricité que la préservation du « lobby… »

Maintenir en exploitation coute que coute un parc flexible qui facilite l’intégration des renouvelables

Faut-il encore pour ce faire vanter les mérites d’un outil de production présenté comme exemplaire. Ainsi EDF se félicite de conduire « un parc compétitif dont la flexibilité facilite l’intégration des énergies renouvelables » omettant bien évidement de citer tous les sujets qui fâchent… pourtant si nombreux !

La longue liste des courriers de position de l’Autorité de contrôle et des rapports de l’institut de radioprotection donne à voir aux moins attentifs que la situation n’est pas aussi confortable que d’aucuns voudraient le laisser penser. Le nucléaire va mal en France en atteste l’indisponibilité chronique des réacteurs[41].

Mais derrière la communication percent tout de même des informations utiles. Ainsi Edf a-t-elle reconnu qu’à présent le nombre des prestataires intervenant dans les centrales dépasse celui des agents EDF y travaillant. 50 000 personnes, dont 27 000 sous-traitants contre 23 000 statutaires, travailleraient donc dans les centrales nucléaires. Cela correspond à quelques 400 agents par réacteurs[42] alors qu’il est très difficile d’établir le nombre exact d’intervenants en particulier en cours d’exploitation. Si le chiffre peut atteindre plusieurs milliers lors des visites décennales, il est de l’ordre de la centaine en fonctionnement normal. Très concrètement, les chiffres avancés par le CSFN en début de matinée volent en éclat. La part globale de l’emploi de la filière nucléaire se situerait donc bien en deçà des 220 000 proclamés. N’est-ce pas ce qui ressort d’une étude commandée par AREVA à PWC en 2011[43] ?

Le nucléaire représenterait plutôt 125 000 emplois soit un volume comparable à celui de l’aéronautique[44]. L’impact indirecte souvent invoquée pour justifier la pérennisation de cette industrie reste difficile à établir. S’il existe, il est bien moindre que certains le disent quand on regarde l’étude récente de l’INSEE sur Fessenheim[45]

Mais si le décompte du nombre précis d’emplois dans chaque centrale était le seul problème ça se saurait. Bien d’autres difficultés existent. La première d’entre elles est bien évidemment l’exploitation d’un parc vieillissant voire obsolète[46]. Le problème est connu depuis bien longtemps[47] même s’il se pose aujourd’hui avec une insistance nouvelle puisque quelques réacteurs ont déjà passé la barre fatidique des 30 années d’exploitation[48].

EDF reconnaît l’importance de ce défi mais se fixe comme objectif « d’exploiter dans la durée » le parc aujourd’hui en service. Si à l’occasion du Débat national sur la transition énergétique la durée visée était d’aller au-delà de quarante années d’exploitation[49] voire d’atteindre 50 ans[50]… en dépit des réserves de l’ASN[51], aujourd’hui il est clairement de 60 ans. On voit même certains  prétendre qu’un réacteur pourrait être exploité pendant 80 ans[52]. Toujours est-il que l’énergéticien français reconnaît que cette prolongation implique :

  1. garantir la sûreté des installations,
  2. augmenter le niveau de sûreté en visant le standard EPR,
  3. développer les capacités à « gérer des événements sérieux… »
  4. maintenir les compétences et les savoir-faire,
  5. disposer d’un tissus industriel fort,
  6. améliorer l’ouverture et la transparence,
  7. favoriser la recherche et développement.

Tout cela est très sympathique et d’un certain point de vue rassurant. Pour autant force est de reconnaître que la position d’EDF n’a guère évolué depuis 2013 en dépit de la promulgation de la loi de transition énergétique :

« S’appuyer sur la compétitivité du nucléaire

La sûreté dans le domaine de la production d’électricité nucléaire est la première des exigences. Les 58 tranches du parc en fonctionnement d’EDF sont conformes aux exigences en vigueur et l’intégralité des nouveaux travaux prescrits par l’ASN suite au retour d’expérience de Fukushima sera réalisée par EDF dans les délais.

Sur le plan économique, le nucléaire assure la compétitivité, le développement des emplois industriels et une balance commerciale positive. Les travaux récents de la Cour des Comptes situent le coût complet du nucléaire existant à 49,5€ du MWh. Cet avantage compétitif est un atout précieux pour le pouvoir d’achat des ménages et pour l’économie.

Les filières industrielles du nucléaire constituent un tissu d’entreprises réparti sur l’ensemble des territoires. Le programme de rénovation du parc existant représente un enjeu majeur : 20 000 nouveaux emplois nets, en plus des 30 000 embauches pour remplacer les départs en retraite.

Le nucléaire permet également d’éviter des importations coûteuses d’énergies fossiles qui dégraderaient la balance commerciale et les émissions de CO2 du pays[53]. »

La situation est même pire en 2018 qu’en 2013. La disponibilité du parc est au mieux médiocre. Les défaillances sont nombreuses. Les nouveaux standards sismiques ne sont pas encore respectés partout. L’affaire des équipements sous pression[54] remet en cause les modalités de contrôle et plus encore la confiance qui détermine toute la doctrine de sûreté française[55]. L’ensemble des travaux prescrits par l’ASN suite au retour d’expérience de Fukushima n’a toujours pas été réalisé comme le donne à voir les difficultés rencontrées pour installer des diesels d’ultime secours et garantir le « noyau dur » requis par l’Autorité de contrôle.

Construire 6 EPR un complément indispensable du « Grand Carénage »

Mais EDF ne tient pas trop à parler de ces « difficultés ». L’opérateur énergétique de l’Etat persévère dans son être et se présente comme un investisseur majeur qui met en œuvre un impressionnant programme de maintenance, le fameux « Grand Carénage ». L’objectif affiché est en effet ambitieux : garantir l’exploitation des réacteurs au-delà de 30 années de fonctionnement. Si « certains matériels ont été conçus pour 40 ans », il convient de réaliser d’autres opérations pour renforcer la robustesse globale des installations. Ite missa est…

Chacun sait que les choses ne sont pas passées ainsi jusque-là. Non seulement le cahier des charges de ces « Grands carénages » ne correspond pas totalement aux attentes de l’Autorité de contrôle[56], mais la mise en œuvre de l’ensemble du requis post-Fukushima n’est toujours pas terminée[57]. Un Courrier de position de l’Autorité de Contrôle en date du 7 avril 2017[58], donne à voir l’importance des efforts à mettre en œuvre pour atteindre effectivement le référentiel de sûreté prescrit :

« Cette démarche d’ensemble vous a permis de disposer de premiers repères et d’ordres de grandeur sur les marges temporelles disponibles, notamment pour les actions locales. Toutefois, l’ASN considère que la robustesse du dimensionnement ne pourra être établie que lorsque l’ensemble des éléments qui conditionnent l’opérabilité des actions humaines (dispositions mises en oeuvre en phases 2 et 3 de déploiement du noyau dur, procédures de conduite,…) seront disponibles, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Les études menées par EDF n’ont pas permis de justifier pleinement l’opérabilité des stratégies de gestion des situations extrêmes, notamment concernant les actions humaines dans des situations dégradées dont l’absence ou le retard de réalisation conduirait à un effet falaise (pertes de système, dégradation irréversible). Vous devez notamment vous assurer de la capacité de l’équipe SE à être résiliente pour faire face aux situations extrêmes autres que les situations de références retenues dans les évaluations complémentaires de sûreté. Sur ce point, vous vous êtes s’est engagés à effectuer, dans le cadre d’une étude paramétrique, des essais supplémentaires qui prendront en compte les états techniques des réacteurs en phase 2 et en phase 3 du déploiement du noyau dur et qui simuleront une mobilisation totale ou partielle de l’organisation de crise. »

Les objectifs annoncés ont été atteints. Quatre des cinq « Grands Carénages » réalisés à ce jour l’ont été à Paluel sans que l’on puisse dire que le résultat soit probant. Non seulement de graves incidents sont survenus sur la tranche n°2 dès le printemps 2015 mais les chantiers n’ont été qu’une longue suite d’écarts et de défaillance dont la fameuse chute de générateur de vapeur[59], événement en principe « exclu[60] ».

Toujours est-il que la réalité effective n’intéresse guère EDF. Alors qu’on aurait pu attendre un discours de vérité sur les difficultés des opérations, l’énergéticien se livre à une communication offensive. Le « Grand Carénage » aurait été, à entendre Monsieur Minière, l’occasion de démontrer la capacité des installations à fonctionner pendant 60 ans… alors que 71 réacteurs aux Etats-Unis disposeraient déjà d’autorisation pour être exploités jusqu’à cette limite de temps… Si certains considèrent que cela est possible[61], force est de reconnaître que ça ne résiste pas à l’épreuve des faits[62]. La prolongation du parc est un vœu pieux d’autant plus que rien ne dit qu’elle sera autorisée par l’Autorité de Contrôle[63].

Reste que ce qui est présenté par l’exploitant n’est pas seulement une prolongation. EDF veut à l’occasion du programme de « Grand Carénage » faire évoluer la doctrine d’exploitation du par et les modalités de conduite de chaque réacteur. On passerait d’un dispositif fonctionnant « en base » à un dispositif complexe où la puissance des réacteurs seraient modulées en fonction des besoins du réseau de distribution dans le souci « d’intégrer les énergies renouvelables ». L’objectif est donc d’atteindre une plus grande « flexibilité ».

Le problème est réel à l’heure où l’éolien peut mettre sur le réseau 10 GWe[64] comme ce fut le cas en décembre 2017. Mais l’adaptation du parc nucléaire n’est pas la principale solution pour intégrer les EnR. La principale est d’agir sur la consommation comme cela est requis depuis la Loi POPE[65], la plus urgente est de moderniser le réseau, ce à quoi s’emploie RTE depuis des années[66]

Et d’un problème technique on passe à un problème économique. Parce que si l’opportunité du « Grand Carénage » est sujet à caution, son coût est un fait irréfutable. Tout cela coûte cher, voire très cher. C’est en tout cas ce que disent des évaluations établies par des acteurs très différents depuis Mars 2011 (la Cour des Comptes[67], le Sénat, l’Assemblée nationale, Greenpeace[68], le cabinet AlphaValue[69], ATTAC, etc.) En février 2016, les sages de la Rue de C estimaient à quelques 100 Mds € le coût des opérations à réaliser sur le parc pour l’amener au nouveau standard de sûreté requis[70] :

Le programme « Grand Carénage » 

EDF a regroupé l’ensemble des investissements de maintenance prévus sur la période 2014 à 2025 sous la terminologie de « Grand Carénage ». Ce projet industriel vise à améliorer la sûreté des centrales nucléaires, en particulier à la suite de la catastrophe de Fukushima, à redresser les performances d’exploitation après une période de dégradation de la disponibilité des centrales et à rendre possible la prolongation de l’exploitation du parc au-delà de 40 ans, durée pour laquelle les centrales ont été conçues à l’origine. Toute prolongation de la durée d’exploitation d’un réacteur est soumise à autorisation délivrée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Estimé à 55 Md€2011, soit 56,4 Md€2013, ce programme correspond au seul montant des investissements prévus sur cette période de 11 ans.

Le périmètre et la période retenue par la Cour, pour l’évaluation des dépenses de maintenance, sont différents. Elle prend pour référence une période plus longue, 16 ans, de 2014 à 2030, et ajoute les dépenses d’exploitation à celles d’investissement. En effet, les opérations de maintenance exigent non seulement des opérations de remplacement ou requalification lourde (investissements), mais aussi des opérations d’entretien (exploitation). Les deux évaluations sont cohérentes. Les dépenses d’investissement sont estimées à 74,73 Md€2013 entre 2014 et 2030 et celles d’exploitation à 25,16 Md€2013 pendant la même période[71].

Fait nouveau, à l’occasion de l’Atelier Filière nucléaire organisé par la DGEC le 11 janvier 2018, EDF est revenu à grand renfort de données plus ou moins robustes sur le chiffrage initial[72]. Dominique Minière a déclaré que le nouveau chiffrage est de 45 Mds €[73]. « Si ce chiffre est inférieur à celui de 2014 c’est en raison des évaluations réalisées à l’occasion des premiers chantiers qui ont permis de revoir à la baisse certaines estimations… »

On peut douter légitimement de ce chiffrage qui ne s’appuie sur aucune donnée précise ni aucun document comptable certifié. Le doute est grand d’autant plus l’évaluation proposée des répercussions de ces investissements sur le coût du kWh est surprenante. EDF évoque une hausse de 10 € / MWh sur la période 2014-2025 sans préciser la valeur de départ. On retrouverait, sans que cela soit dit clairement, l’estimation établie par la Cour des comptes dans son rapport public annuel de février 2016, selon laquelle le coût de production de l’électricité nucléaire a beaucoup augmenté entre 2010 et 2013. L’évaluation faite en 2013 ressortait à 59,8€/MWh (vs 49,6€/MWh).

La prolongation du parc serait donc « hors de prix[74] » en tout cas nettement plus onéreuse que le développement des énergies renouvelables dont les coûts baissent tendanciellement même si l’éolien manque de souffle ici[75].

Greenpeace constate que[76] : 

Le coût courant économique de l’électricité produite par chaque réacteur rénové à un niveau de sûreté approchant des exigences de l’EPR atteindrait 133 €/MWh. Cela correspond à un investissement de 4,4 Md€ par réacteur (rapport Wise).

Le coût courant économique du nucléaire dépasserait, dans ces conditions, les coûts futurs de production des principales énergies renouvelables électriques. Ce dépassement serait effectif dès aujourd’hui pour l’éolien terrestre (coût compris entre 40 et 80 €/MWh), et le serait dès 2018 pour le solaire, et à partir de 2020 pour l’éolien maritime.

Le choix d’une prolongation du parc nucléaire qui limiterait la hausse des coûts de production de l’électricité nucléaire, et assurerait sa rentabilité face aux énergies renouvelables, conduirait à un niveau d’investissement entraînant une dégradation du niveau de sûreté des réacteurs.

Le remplacement du nucléaire ancien par des réacteurs nouveaux type EPR n’apporterait pas les mêmes avantages sur les coûts de production que les renouvelables.

Mais s’autres données sont aujourd’hui disponibles. Le coût de la prolongation au-delà de 40 ans est évalué à « 2,5 € / MWh sur la période » alors que ces opérations n’ont pas commencé puisque comme nous l’avons vu l’instruction des VD4 900 est encore en cours. Et Dominique Minière va plus loin en déclarant que les investissements nécessaires pour porter la durée de vie des réacteurs à 60 ans se traduiraient par une hausse de quelques 32 € / MWh… et surtout en s’empressant de dire que même à ce prix « le nucléaire reste le moyen le plus compétitif pour disposer d’une énergie décarbonée », un moyen « plus compétitif que tout moyen neuf… »

Ce dernier chiffre mérite qu’on si arrête. En effet, EDF ne le présente pas tel quel mais précise que ce montant correspond à une production de 407 TWh / an. Et c’est bien là que se cache la réalité du problème. La « déshérence[77] » de l’exploitant nucléaire est telle que s’il confirme à mot couvert les évaluations indépendantes sur le coût global des opérations à réaliser sur le parc nucléaire, il exige que des niveaux de production très élevés soient garantis pour financer la masse des investissements à réaliser. Cette posture est totalement irréaliste au moins pour trois raisons :

  1. L’objectif de 407 TWh / an est nettement supérieur à la production actuelle[78] et ne pourra être atteint raisonnablement même avec l’EPR… si jamais ce réacteur réussirait à produire dans la durée,
  2. Cet objectif est en complète contradiction avec le discours en faveur des renouvelables alors que la consommation au mieux stagne en France[79],
  3. Cet objectif est infinançable au vu des moyens dont dispose encore l’entreprise. La valeur de l’action EDF a été divisée par 8,5 depuis 2008, passant de 86 € à 10 €  – une perte de valeur de plus de 136 milliards en sept ans. L’effondrement est tel qu’au printemps 2016, l’État (actionnaire à 84,5 %) a perdu 600 millions d’euros…

Non seulement EDF marche allégrement sur la loi de transition énergétique en prétendant monter la production nucléaire à 407 TWh / an mais cette stratégie est une fuite en avant irresponsable. La maintenance nécessaire au prolongement de 10 ans des réacteurs devrait à elle seule coûter 260 milliards d’euros (4,4 milliards par réacteur). Et ce n’est là que la partie visible de l’iceberg. Des sommes plus faramineuses encore seront nécessaires pour atteindre la barre des 60 ans. Le montant précis de ces investissements est encore mal connu et il n’est très probablement pas encore provisionnés au vu des comptes abyssaux d’EDF[80].

Cette dérive n’est pas sans impact sur les finances publiques. En 2015, l’État-actionnaire a même dû renoncer à prendre le total de ses dividendes en monétaire (une économie d’1,8 milliard d’euros pour EDF, qui a ainsi pu afficher artificiellement des bénéfices d’1,1 milliard d’euros et échapper à un résultat net déficitaire). En 2017, la facture du sauvetage du nucléaire français a été pour le moins salée[1]. Le déficit budgétaire de l’Etat s’est creusé au mois de mars, s’établissant à -29,6 milliards d’euros contre -27,5 milliards d’euros un mois plus tôt… Bien évidemment « hors effet de l’opération exceptionnelle de recapitalisation d’EDF qui a eu lieu le 8 mars 2017 pour un montant de 3 milliards d’euros, le solde est en amélioration de 900 millions d’euros[81] » à en croire Bercy.

Il ne faut cependant pas être un grand économiste pour comprendre qu’à force de jouer avec l’atome, EDF finit par jouer avec le feu. L’acharnement de l’énergéticien français dans le nucléaire va faire exploser la facture des familles et des entreprises[82]. Beaucoup l’ont déjà compris et fuit déjà l’opérateur historique[83] réduisant encore plus ses capacités d’investissements et donc la possibilité réelle de garantir la sûreté nucléaire et la radioprotection requises…

Les sirènes du renouvellement s’avancent désormais en couple

Après la longue plaidoirie de New Areva qui a utilisé mille ficelles pour revendiquer la perpétuation de ses activités, la DGEC a redonné la parole à EDF. En effet il était grand temps d’aborder un point à peine évoqué jusque-là, l’EPR. Au vu du fiasco d’Olkiluoto[84] et du scandale du Creusot[85], cette tâche ne pouvait évidemment pas revenir au concepteur de ce réacteur « évolutionnaire[86] » mais plutôt à l’entreprise qui maîtrise si bien la construction d’une telle machine[87].

Et donc EDF s’est appropriée sans trop se forcer la maîtrise complète du programme EPR fort des succès de son partenaire chinois à Taïshan[88]. Chacun a eu droit à un formidable exercice d’autosatisfaction puisqu’aucun sujet qui fâche n’a été abordé.

« L’EPR a permis un renouvellement des compétences ». Il donne à voir la « performance du nouveau nucléaire ». La France dispose ainsi d’un « outil industriel qui sous-tend l’indépendance énergétique » surtout aujourd’hui alors que « la filière s’est réorganisée à l’initiative des autorités ». Flamanville 3 est donc « le démonstrateur technique » qui permet d’envisager le renouvellement du parc.

En effet telle est la préoccupation principale de Monsieur Minière, c’est-à-dire avoir l’assurance que l’on est ici en capacité de mettre en service une machine fonctionnelle pour suppléer progressivement aux réacteurs qui ne pourront être prolongés dans l’optique de « maintenir l’option nucléaire à long terme ». En d’autres termes, l’intérêt de l’EPR n’est pas tant la construction d’un réacteur supplémentaire alors que le parc n’a pas fondamentalement évolué mais l’ingénierie, la formation, l’entretien des savoir-faire et la R&D qu’il a permis sur les trois chantiers encore en cours. En somme, le programme EPR aurait permis à la France de « franchir l’hiver nucléaire » et d’être prête aujourd’hui à assumer un renouvellement à mesures que les plus vieilles tranches fermeront.

A croire Dominique Minière, la France aurait ainsi remportée la bataille des coûts et celle de la technologie. Peu importe si cette thèse est vraie, l’important est qu’elle fonctionne. Peu importe en définitive ce que cela aura coûté[89], l’important est que la France prouve qu’elle est en capacité de mener à son terme la construction de réacteurs de forte puissance présentant des garanties de sûreté plus importantes que leurs prédécesseurs… tout du moins sur le papier. La France aura donc pu maintenir son avantage comparatif dans le secteur nucléaire et donc être aujourd’hui en position de force sur le principal marché mondial pour l’atome, à savoir la Chine…

Tout cela n’est bien évidemment que de la communication. La réalité est bien moins honorable[90] surtout quand on regarde l’arrière du décor[91]. Aujourd’hui ce sont les renouvelables qui ont le vent en poupe[92]. L’industrie nucléaire mondiale prise en tenaille entre renouvelables et gaz de schiste[93]. Et il n’existe aucune exception française. Tout au plus, on peut concéder qu’Edf est en moins mauvaise posture que ces homologues américains[94] sans pour autant que l’on puiss parler d’une réelle vitalité nous l’avons vu précédemment.

Le programme EPR aura coûté excessivement cher privant de moyens une transition énergétique encore balbutiante dans l’hexagone. Le drame est qu’EDF n’a toujours pas décidé de changer de stratégie…

En tout cas c’est ce qu’a donné à voir la suite de l’exposé d’EDF. Les mêmes arguments éculés sont revenus tel un mantra donnant à voir une incapacité à concevoir les limites du nucléaire. L’énergéticien reste persuadé que « le nucléaire est un patrimoine nationale » qui a toute sa place dans le mixte énergétique puisqu’il permet « d’éviter le recours aux fossiles »… que mieux que toute autre technologie, il permet une « bonne intégration des énergies renouvelables ».

Mais pour que cette technologie tienne toutes ses promesses faut-il encore que l’exploitant dispose d’une « bonne visibilité ». Et EDF n’hésite pas alors à rappeler qu’elle a « besoin d’un calendrier qui tienne compte des exigences du renouvellement » Il ne s’agirait donc pas d’ordonner trop vite la mise à l’arrêt de réacteurs obsolètes puisque la loi autorise l’exploitation de 63.2 GWe. La PPE en cours d’élaboration ne peut occulter cet aspect alors que d’aucuns ont pu penser que 17 réacteurs pouvaient être mis à l’arrêt[95]

Rien de mieux alors que de prendre un exemple concret pour expliquer à une DGEC toujours susceptible d’obéir au pouvoir politique quelles sont les contraintes industrielles auxquelles EDF fait face aujourd’hui.

Et c’est ainsi qu’il a été question d’Hinkley Point. Non pas pour évoquer la fragilité du montage financier[96] mais bien pour préciser comment ce projet s’insère dans la stratégie industrielle de l’exploitant nucléaire qui, désormais, a la haute main sur la construction des réacteurs[97].

Tel est le secret du feu vert[98] accordé à ce projet qui en a choqué plus d’un[99]. Hinkley Point arrive à point nommé pour assurer la « soudure » entre la fin des chantiers de Flamanville et Taïshan et le début de la construction de la première paire d’EPR NM[100] en France.

N’est-ce pas là le message subliminal que Jean-Bernard Lévy a adressé à l’Etat en septembre 2017 dans une interview au Magazine Challenges :

« Je vous renvoie à la loi de transition énergétique qui prévoit une programmation pluri-annuelle  (PPE) de l’énergie. (…) Le nouveau gouvernement doit préparer une PPE de deux périodes (1erjanvier 2019 à fin 2023 et du 1er janvier 2024 à fin 2028). Cette PPE doit faire l’objet d’un travail de préparation de la part du nouveau gouvernement et EDF aura l’occasion de faire valoir la reconnaissance des missions d’intérêt générales qui sont les siennes sur l’équilibre production-consommation (…). Nous sommes un grand opérateur et l’Etat, j’en suis persuadé, aura à cœur de concilier les intérêts du système électrique, de la régulation, de la transition énergétique, et ses intérêts d’actionnaire d’EDF. Tout ceci est un débat qui est devant nous et qui va occuper les diverses administrations concernées pendant quelques semaines et même quelques mois.[101] »

Si la PPI 2009[102] avait été l’occasion pour EDF de graver dans le marbre la réalisation d’un EPR à Penly dont il devait assumer la maitrise d’ouvrage, il y a fort à craindre que la seconde PPE donne l’onction au lancement d’un nouveau chantier fut-ce au prix de la fermeture de quelques réacteurs au Bugey, au Tricastin et à Gravelines… dans des proportions bien évidemment raisonnables qui ne menacent pas la « sécurité des approvisionnements en électricité ! » Si EDF veut aujourd’hui diversifier son offre, il n’est décidément pas question de remettre en cause la centralité du nucléaire…

à suivre !

notes et commentaires :

[1] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/augmentation-de-capital-de-edf-le-couteux-sauvetage-du-nucleaire-francais-655787.html

[1] https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0302174553753-nucleaire-le-rapport-qui-genait-nicolas-hulot-2201014.php

[2] https://www.romandie.com/news/Nouveaux-EPR-attendre-que-Flamanville-soit-achev-avant-de-d-cider-Le-Maire/949428.rom

[3] https://blogs.mediapart.fr/guillaume-blavette/blog/210916/une-programmation-pluriannuelle-de-lenergie-qui-sanctuarise-le-nucleaire

[4] http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/04/13/le-jeu-de-dupes-de-la-france-sur-la-baisse-du-nucleaire_4900993_3244.html

[5] https://reporterre.net/Le-gouvernement-abandonne-a-EDF-la-politique-energetique

[6] https://www.economie.gouv.fr/contrat-de-filiere-nucleaire

[7] https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/08/30/nucleaire-un-rapport-preconise-la-construction-de-six-epr_5348004_3244.html ; https://www.usinenouvelle.com/article/un-rapport-commande-par-nicolas-hulot-suggere-la-construction-de-6-epr-apres-2025.N735054 ; https://www.nouvelobs.com/topnews/20180829.AFP5646/nucleaire-le-maire-veut-attendre-que-flamanville-soit-acheve-avant-tout-nouveau-epr.html

[8] http://www.global-chance.org/IMG/pdf/GC25p71-72.pdf

[9] https://www.greenpeace.fr/qui/pages/savoirplus-x-mines.html

[10] http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=894 ; http://www.editionsamsterdam.fr/le-rayonnement-de-la-france/

[11] https://www.entreprises.gouv.fr/conseil-national-industrie/la-filiere-nucleaire

[12] https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/conseil-national-industrie/PDF/CSFN-Engagements-filiere_.pdf

[13] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/104000414.pdf

[14] https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0301103520912-nucleaire-edf-ressuscite-la-marque-framatome-2142464.php ; https://www.usinenouvelle.com/article/pourquoi-edf-redonne-a-sa-nouvelle-filiale-nucleaire-le-nom-de-framatome.N633378

[15] https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/conseil-national-industrie/PDF/CSFN-cartographie.pdf

[16] http://www.transition-energetique.org/2015/09/le-nucleaire-ne-sauvera-pas-le-climat.html ; https://www.fne.asso.fr/publications/nucl%C3%A9aire-une-fausse-solution-pour-le-climat ; http://www.terraeco.net/Oui-le-nucleaire-emet-bien-du-CO2,16535.html

[17] http://www.sfen.org/fr/rgn/un-nucleaire-flexible-pour-plus-de-renouvelables-0

[18] http://observatoiredelapublicite.fr/2011/11/17/edf-la-tribune-et-la-publicite/

[19] https://www.edf.fr/groupe-edf/producteur-industriel/nucleaire/atouts/une-energie-sure-competitive

[20] https://www.edf.fr/groupe-edf/producteur-industriel/nucleaire/atouts/expertise-nucleaire

[21] http://www.gouvernement.fr/argumentaire/mix-energetique-presentation-des-principaux-enseignements-du-rapport-rte ; https://reporterre.net/Hulot-et-Macron-reculent-sur-le-nucleaire

[22] http://www.rte-france.com/sites/default/files/20171107_cp_rte_5_scenarios_possibles_transition_energetique.pdf ; https://www.actu-environnement.com/ae/news/mix-energie-rte-part-nucleaire-renouvelable-scenarios-hiver-2030-29988.php4 ; https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/rte-publie-cinq-scenarios-de-la-transition-electrique-vers-plus-de-renouvelable_118090

[23] https://www.caissedesdepotsdesterritoires.fr/cs/ContentServer?pagename=Territoires/Articles/Articles&cid=1250280360480

[24] https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/CSFN%20-%20Plaquette%20Cartographie%20-%2012122016.pdf

[25] https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/securite-dapprovisionnement-en-electricite

[26] https://reseauactionclimat.org/ppe-16-contre-propositions-ong/

[27] https://www.lesechos.fr/19/05/2016/lesechos.fr/021947246951_edf-defend-la-renovation-du-parc-nucleaire-francais.htm ; http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5131168_5a02be7975d22.commission-du-developpement-durable–surete-des-centrales-nucleaires-8-novembre-2017

[28] http://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/communiques/Acket-Nucleaire_et_suivi_reseau.pdf

[29] https://www.oecd-nea.org/nea-news/2011/29-2/aen-infos-suivi-charge-29-2.pdf

[30] http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Communiques_et_dossiers_de_presse/Pages/20170925_barometre-risques-France-2017.aspx#.Wlo2DqjiaUk

[31] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/004001472/index.shtml

[32] https://reporterre.net/Denis-Baupin-Le-nucleaire-est

[33] http://www.iiasa.ac.at/web/home/research/researchPrograms/TransitionstoNewTechnologies/06_Grubler_French_Nuclear_WEB.pdf

[34] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/pour-edf-le-nucleaire-est-indispensable-au-developpement-des-renouvelables-751086.html

[35] https://www.la-croix.com/Economie/France/Plan-climat-cinq-ans-France-aura-tourne-page-charbon-2017-07-06-1200860984

[36] http://www.lagazettedescommunes.com/180307/fin-du-debat-national-sur-la-transition-energetique-tout-ca-pour-ca/ ; http://www.lagazettedescommunes.com/241903/nucleaire-les-tours-de-passe-passe-du-gouvernement/

[37] https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/acteurs-et-gouvernance-du-nucleaire

[38] http://www.new.areva.com/FR/actualites-10534/refondation-de-la-filiere-nucleaire.html

[39] http://www.new.areva.com/FR/actualites-10748/edf-le-cea-et-areva-fondent-la-plateforme-france-nucleaire.html

[40] https://www.entreprises.gouv.fr/conseil-national-industrie/la-filiere-nucleaire

[41] http://www.rte-france.com/fr/eco2mix/eco2mix-mix-energetique

[42] Chiffre confirmé par les rapports annuels des centrales… sauf que les agents étaient environ 600 en 2000 !

[43] http://decodeurs.blog.lemonde.fr/2013/02/11/linsaisissable-poids-de-la-filiere-nucleaire-sur-le-marche-de-lemploi/

[44] http://asfne.free.fr/expertises/areva_pwc.pdf

[45] http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/07/01/1-910-emplois-5-000-personnes-dependent-de-la-centrale-nucleaire-de-fessenheim_4448892_3244.html

[46] http://ocn.unimes.fr/files/2014/03/Rapport-greenpeace-vieillissement-des-centrales.pdf

[47] https://www.actu-environnement.com/ae/dossiers/nucleaire/viellissement-parc-centrales-nucleaire-prolongation.php4

[48] https://www.la-croix.com/Sciences/Sciences-et-ethique/Lindustrie-nucleaire-defi-vieillissement-2016-09-27-1200791956

[49] https://www.actu-environnement.com/ae/news/debat-energie-scenarios-consommation-production-reseau-17210.php4

[50] http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/10/13/l-etat-compte-prolonger-de-dix-ans-la-vie-des-centrales-nucleaires_3494983_3244.html

[51] https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Debat-sur-la-transition-energetique-l-ASN-rend-un-avis

[52] http://www.sfen.org/fr/rgn/un-guide-pour-exploiter-les-centrales-nucleaires-jusqua-80-ans

[53] https://www.edf.fr/sites/default/files/contrib/groupe-edf/espaces-dedies/espace-medias/dp/dp_edf_groupe_transition_energetique.pdf

[54] https://reporterre.net/3-Dans-l-usine-du-Creusot-trois-decennies-de-gestion-defaillante

[55] https://www.actu-environnement.com/ae/news/nucleaire-projet-arrete-epr-defaut-fabrication-creusot-areva-30154.php4

[56] http://stopeprpenly.org/?p=648

[57] http://www.hctisn.fr/IMG/pdf/1_c_edf_ECS_cle41c485.pdf ; http://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_expertise/Documents/surete/IRSN-Rapport-Surete-Parc-2016.pdf

[58] https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Courriers-de-position-de-l-ASN : CODEP-DCN-2017-012467

[59] https://www.bastamag.net/Un-accident-inedit-revele-de-graves-dysfonctionnements-en-matiere-de-surete

[60] http://www.sortirdunucleaire.org/Chute-d-un-generateur-de-vapeur-de-465-tonnes-a-46780

[61] http://www.sfen.org/fr/rgn/40-ans-et-au-dela-cest-possible

[62] http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/17/centrales-nucleaires-succession-d-incidents-aux-etats-unis_4884965_3244.html

[63] https://www.asn.fr/Controler/Reexamens-periodiques-et-poursuite-de-fonctionnement/Orientations-de-l-ASN-sur-le-reexamen-periodique-VD4-900-MWe

[64] https://www.connaissancedesenergies.org/energies-renouvelables-la-promesse-dun-changement-dechelle-180109

[65] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000813253&categorieLien=id

[66] http://www.rte-france.com/sites/default/files/rte2012-developpementenr-12.pdf

[67] https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-couts-de-la-filiere-electro-nucleaire

[68] https://www.usinenouvelle.com/article/greenpeace-fait-grimper-le-cout-du-grand-carenage-du-parc-nucleaire-francais.N244048

[69] http://www.alphavalue.fr/secure/portal/files/AV_EDF_Greenpeace.pdf

[70] http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/02/10/centrales-nucleaires-des-couts-de-maintenance-estimes-a-100-milliards-d-euros_4862575_3234.html

[71] https://www.actu-environnement.com/ae/news/transition-energetique-cour-comptes-consequences-maintenance-parc-nucleaire-26214.php4

[72] https://www.edf.fr/sites/default/files/contrib/groupe-edf/espaces-dedies/espace-medias/notes/2016/note_information_grand-carenage_20160519_vf.pdf

[73] https://fr.reuters.com/article/companyNews/idFRFWN1IK00M

[74] http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/02/25/prolonger-les-reacteurs-nucleaires-hors-de-prix-selon-greenpeace_4373122_3244.html

[75] http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/12/11/l-eolien-francais-manque-de-souffle_5227712_3234.html

[76] https://www.greenpeace.fr/cout-de-production-futur-nucleaire-exploite-dela-de-40-ans/

[77] https://www.greenpeace.fr/edf-la-desherence/

[78] http://bilan-electrique-2016.rte-france.com/production/le-parc-de-production-national/

[79] https://www.actu-environnement.com/ae/news/consommation-electrique-francaise-baisse-rte-27236.php4

[80] https://www.capital.fr/entreprises-marches/avec-un-deficit-de-provisions-d-au-moins-50-milliards-le-nucleaire-va-t-il-couler-edf-1186052

[81] https://www.boursier.com/actualites/economie/le-deficit-de-l-etat-se-creuse-avec-la-recapitalisation-d-edf-35709.html

[82] https://www.capital.fr/economie-politique/les-derives-dedf-dans-le-nucleaire-vont-faire-exploser-notre-facture-1248876

[83] http://www.lefigaro.fr/conso/2017/10/03/20010-20171003ARTFIG00065-plus-d-un-million-de-clients-ont-quitte-edf-en-un-an.php

[84] http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/10/09/areva-le-chantier-finlandais-encore-en-retard_5198347_3234.html

[85] https://www.franceinter.fr/sciences/cuve-de-l-epr-de-flamanville-l-incroyable-legerete-d-areva-et-edf

[86] http://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-centrales-nucleaires/reacteur-epr/Pages/1-presentation-historique-EPR-Flamanville.aspx#.Wlu7DKjiaUk

[87] http://www.leparisien.fr/economie/epr-de-flamanville-retour-sur-dix-annees-d-un-chantier-maudit-19-04-2017-6866364.php

[88] https://www.lesechos.fr/monde/chine/0301121401687-nucleaire-la-chine-prete-a-mettre-en-service-le-premier-epr-au-monde-2143351.php

[89] http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/04/21/epr-de-flamanville-de-plus-en-plus-en-retard-de-plus-en-plus-couteux_4618984_3244.html

[90] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/nucleaire-les-tribulations-d-areva-en-chine_1925413.html

[91] https://www.marianne.net/economie/nucleaire-les-tres-chers-amis-chinois-dedf

[92] https://reporterre.net/L-industrie-du-nucleaire-en-declin-est-depassee-par-les-renouvelables

[93] https://www.usinenouvelle.com/article/l-industrie-nucleaire-mondiale-prise-en-tenaille-entre-renouvelables-et-gaz-de-schiste.N586698

[94] https://www.romandie.com/news/USA-coup-de-pouce-pour-une-industrie-nucleaire-en-perte-de-vitesse/875496.rom

[95] http://www.lemonde.fr/energies/article/2017/07/11/nicolas-hulot-evoque-la-fermeture-de-17-reacteurs-nucleaires-a-l-horizon-de-2025_5158962_1653054.html

[96] http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/07/03/hinkley-point-edf-revise-a-la-hausse-le-cout-des-deux-reacteurs-epr_5154950_3234.html

[97] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/edf-seul-chef-de-file-du-nucleaire-francais-762907.html

[98] http://www.liberation.fr/futurs/2016/09/15/hinkley-point-un-feu-vert-a-edf-et-toujours-autant-de-questions_1498341

[99] https://www.lesechos.fr/28/07/2016/lesechos.fr/0211165862559_demission-surprise-d-un-administrateur-d-edf–oppose-au-projet-d-hinkley-point.htm

[100] https://www.usinenouvelle.com/article/a-5-milliards-le-futur-epr-sera-deux-fois-moins-cher.N464843

[101] https://www.challenges.fr/economie/jean-bernard-levy-pdg-d-edf-presente-sa-strategie-sur-le-nucleaire-et-les-energies-renouvelables_500608

[102] http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/20140407_ppi-elec-2009-2020.pdf