action FNE1

Contester le nucléaire en Seine-Maritime (2005-2019)

La centrale de Paluel a connu le 31 juillet 2019 un arrêt automatique de la tranche n°3 en raison d’un colmatage de la prise d’eau du réacteur. Ce n’est pas la première fois qu’un événement de ce genre intervient sur une centrale littorale. Mais cela n’avait aucunement été envisagé lors de la conception de ces centrales à une époque où le changement climatique était perçu comme une lubie d’écolo. 40 ans plus tard, la péjoration de l’environnement en raison de l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère est un fait. Aucune industrie ne peut l’ignorer. Tout particulièrement l’industrie nucléaire si fragile en dépit du caractère imposant de ses installations.

D’aucuns pourraient croire que le destin de cette filière est scellé. Sa fragilité face aux colères de la Nature comme la hausse tendancielle de ses coûts mise en évidence depuis le fameux rapport Charpin-Dessus-Pellat à la fin du siècle dernier annoncent la fin inéluctable de cette production. L’ère du nucléaire touche à sa fin tant pour des causes externes que pour des raisons internes. Non seulement les installations ne sont pas dans un état pleinement satisfaisant mais les écarts sont nombreux sans parler de la perte globale de confiance dans la sincérité d’une filière suite à l’affaire du Creusot.

Pour autant la machine nucléaire reste puissante tout particulièrement en France où d’aucuns croient encore au mythe d’une énergie sûre, inépuisable et quasi gratuite. Même blessée et conspuée, la pieuvre atomique prétend à la perpétuité persuadée de sa vertu intrinsèque. Et elle nous oppose nombre de grands projets aussi inutiles que farfelus pour élargir un peu plus encore son emprise sur le territoire et rafistoler ses vieilles installations qui fuient de toute part.

L’opposition au nucléaire a de quoi faire…

Cependant la contestation du nucléaire ne fait plus guère recette. Une profonde désaffection touche cette cause qui fut au cœur de l’affirmation du mouvement écologiste dans les années 1970. Les associations locales antinucléaires se comptent sur les doigts de la main alors que les rassemblements spécifiquement antinucléaires ne rassemblent que quelques milliers de personnes depuis une dizaine d’année. Tout donne à voir que cette cause n’est plus attractive surtout auprès d’une nouvelle génération militante en quête d’alternatives.

Mais ne fait plus recette !

Bien des choses ont été écrites pour caractériser cette crise. Le discours le plus connu est celui de Sezin Topçu. A la lire, le mouvement antinucléaire se serait perdu dans la « participation » à des instances de concertation et aurait ainsi renoncé à la radicalité des premiers temps. Thèse caricaturale s’il en est. Elle oublie non seulement la multiplicité des pratiques antinucléaires mais surtout l’histoire de cette industrie et de sa gouvernance. La situation est bien plus complexe que d’aucuns voudraient le donner à voir…

L’expérience du Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs depuis 14 ans peut apporter un éclairage à la réflexion sur la crise du mouvement antinucléaire à l’heure de l’assomption de la mobilisation pour le climat. Nous avons été confrontés collectivement à l’inversion des priorités dans une région où les effets du changement climatiques et les risques industriels constituent des dangers immédiats qu’il est bien difficile de hiérarchiser. Le nucléaire est insensiblement passé au second plan des préoccupations militantes et politiciennes alors que la cause climatique a été portée au statut de cause principale.

Plutôt que de développer un discours abstrait, un récit permet d’expliquer le lent glissement de la cause antinucléaire et l’érosion des mobilisations contre la filière atomique. Au fil des dix années qui viennent de s’écouler, le Collectif a vu son influence « politique » s’éroder progressivement à mesure que les militants se sont éloignés de l’opposition au nucléaire. Sans pour autant disparaître. L’association dans le même temps s’est affirmée comme acteur reconnu sur la scène médiatique et dans le champ institutionnel. Les militants des premiers temps sont devenus des « spécialistes » suscitant au mieux l’indifférence de leurs anciens soutiens…

Acte 0 : le retour de la question nucléaire en Seine-Maritime

L’histoire du Collectif commence quatre ans avant sa création en 2005 quand quelques militants décident de fonder une association antinucléaire à Rouen après le coup d’éclat de Darnétal en avril à l’occasion du passage d’un convoi de déchets nucléaires. Le pari était osé alors que d’aucuns se considéraient comme propriétaire de la cause antinucléaire en Seine-Maritime… et qu’il n’était pas question de la rétrocéder à une bande d’inconnus. La situation était suffisamment tendue pour que l’initiative soit déterritorialisée sur Dieppe.

Fondation de SDN 76 et SDN 27

Cela faisait plus de dix ans qu’il n’y avait plus d’association antinucléaire en Seine-Maritime. Le démarrage du second réacteur de la centrale de Paluel a eu raison de la mobilisation qui avait commencé dès les années 1970 lors des premiers coups de pioche à Paluel. Seulement quelques personnalités se souvenaient de cette résistance qui ne fut pas si modeste que d’aucuns le prétendent. Mais iln’y eut aucun passage de témoin d’une génération à l’autre. Il fallu donc tout refaire, tout réinventer et surtout tout gagné pour que les professionnels de l’indignation acceptent de céder une partie de leur fonds de commerce.

Ca n’a pas été simple. Aucune force constituée professant une foi antinucléaire ne voulait qu’un groupe antinucléaire se constitue. Tout au plus, ces gens-là acceptaient qu’un collectif se constitue dans un but précis. Mais il ne fallait surtout pas que le discours antinucléaire échappe à un contrôle politique direct. La mobilisation contre le chantier EPR de Flamanville permit de forcer la main des intérêts en place. Sortir du nucléaire 76 s’est ainsi constitué comme un collectif chargé de proposer des cars pour la manifestation du 15 avril 2006 à Cherbourg[1]. Les militants qui s’étaient rencontrés sur Dieppe purent en assumer l’animation avec le soutien de l’ARBRE[2] et de la Confédération paysanne 76, l’une comme l’autre satisfaite que la question nucléaire échappe à la main mise des politiques. Bien évidemment, il fallu batailler pour monter un budget et convaincre toutes les parties prenante de contribuer au projet commun. Mais finalement, le pari a fonctionné. Non seulement le déplacement a eu lieu mais le nouveau collectif a pu organiser des événements spécifiquement antinucléaire se présentant comme nouvel interlocuteur des médias dans le département.

Pour compléter le dispositif et restaurer le mouvement antinucléaire en Normandie, dans l’Eure une démarche du même ordre s’opéra. Avec l’aide et le soutien des militants de SDN 76, SDN 27 vit le jour. Dans un cas comme de l’autre, on ne put dépasser le statut d’association de fait. Personne ne s’en plaignit. C’était déjà beaucoup mieux que la simple fonction de collectif éphémère. Et c’est donc sans difficulté que l’année suivante en 2007, les deux jeunes groupes antinucléaires purent proposer des cars pour participer à la manifestation de Rennes[3].

Passer à l’acte

Restait en suspend la question de fond, à savoir comment s’opposer au nucléaire ici et maintenant. La réponse pour les officines politiques en place allait de soi… les rejoindre pour mener la bataille pour une « sortie du nucléaire » pas très clairement définie. Il va sans dire que cela ne pouvait satisfaire les membres actifs des deux nouveaux groupes de l’Eure et de Seine-Maritime. Le premier réflexe fut de rejoindre le Réseau Sortir du nucléaire alors en pointe dans la lutte contre la filière atomique et la promotion des énergies renouvelables. Mais ce n’était pas non plus satisfaisant face à un lobby nucléaire persuadé de son infaillibilité.

D’aucuns imaginèrent alors de passer à l’action directe. Les transports de matières radioactives si nombreux en Normandie furent une première cible qu’il fallu rapidement abandonner au vu de l’étonnante réactivité des forces de l’ordre. Le projet évolua nettement visant désormais le réseau de transport d’électricité. Et le 29 mai 2007, quelques militants se retrouvèrent donc sur un pilône non loin de Fougères pour alerter le grand public sur l’imposture atomique[4]. Ce fait d’arme eut des conséquences très paradoxales : si l’action suscita le plus grand respect dans le milieu antinucléaire, elle entraina un délitement de SDN 76 qui pendant deux ans reposa principalement sur la disponibilité d’un seul militant qui n’a jamais compté ses heures ni ses kilomètres.

Toujours est-il que le pari était définitivement gagné. Un courant antinucléaire autonome existait à nouveau en Seine-Maritime en dehors du contrôle des politiques et autres forces locales constituées. Tout était près pour passer à une étape plus aboutie.

Acte I : s’opposer à la relance de la filière EPR

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs a été créé à l’initiative du Réseau Sortir du nucléaire début 2009 suite à l’annonce par Nicolas Sarkozy[5] en plein Grenelle Environnement[6] de la construction d’un second réacteur EPR sur le site de la centrale de Penly près de Dieppe[7]. Il s’agissait très clairement pour le Réseau comme pour Greenpeace-France de dénoncer une décision en complète contradiction avec la volonté affichée de promouvoir ce qu’on n’appelait pas encore la « transition énergétique »[8] ne serait-ce que pour des raisons strictement économiques[9].

Sans trop en faire…

Mais si l’opportunité de mobiliser contre un nouveau grand projet inutile imposé nucléaire se justifie, fallait-il encore le faire. D’aucuns pouvaient imaginer une manifestation nationale à la hauteur du choix présidentiel impactant une première Programmation pluriannuelle des investissements qui jetait pourtant les bases d’une mutation profonde du mixe énergétique[10]. Ce ne fut pas le cas…

Trop de choses étaient alors en jeu en plein débat au Sénat sur la Loi Grenelle I[11]. D’aucuns ne voulaient pas énerver la filière nucléaire au moment où l’administration admettait enfin la nécessité de promouvoir les énergies renouvelables et la maîtrise des consommations[12]. L’heure n’était plus à l’affrontement direct avec l’Etat mais à la négociation dans la stricte continuité d’un Grenelle de l’environnement qui ne s’est pas révélé avec le temps si propice[13]. L’enjeu principal était de crédibiliser les acteurs de la transition comme des partenaires de l’Etat et des collectivités en renonçant aux postures critiques qui avaient prévalu jusque-là[14]. Il ne s’agissait plus de contester directement le nucléaire mais d’œuvrer à son « dépérissement » par la mise en œuvre effective de moyens de production alternatifs.

Mais cette nouvelle posture du mouvement écologiste en quête de reconnaissance ne fut pas le seul frein à une mobilisation d’ampleur contre la filière nucléaire. En 2009 beaucoup regardaient déjà au-delà dans la perspective de l’élection européenne et des élections régionales de 2010. A la suite du Grenelle fermé à la question nucléaire[15], on assistait à un inversion délibérée de l’ordre des priorités substituant la cause climatique à la dénonciation de l’énergie atomique. Il n’était plus question de mobiliser massivement contre le nucléaire mais de canaliser l’opinion sur un nouvel objet plus évident, le climat. Objet permettant de ratisser au-delà des rangs du peuple écologiste alors que la catastrophe atomique n’était plus perçue comme un danger immédiat.

Et c’est bien ce qui s’est opéré début 2009. D’aucuns préférèrent alors se tourner vers le président Sarkozy pour qu’ils deviennent un « champion du climat[16] » à l’occasion de la conférence de Copenhague[17] plutôt que de chercher l’affrontement. Tel était le sens de l’appel promu par les principales organisations écologistes et quelques alliés publié au printemps 2009 ignorant complétement l’hypothèque atomique[18]. Il ne pouvait plus être question de trop en faire contre le nucléaire d’autant plus que le Réseau Sortir du nucléaire était déjà engagé dans un projet d’ampleur, le rassemblement européen prévu en octobre à Colmar pour l’arrêt définitif des réacteurs de la centrale de Fessenheim[19].

En confiant à quelques bénévoles la mise en œuvre d’un service minimum

Engagé dans l’opposition au projet EPR depuis sa création, le Réseau Sortir du nucléaire ne pouvait laisser passer l’annonce du président Sarkozy d’entamer la construction d’un second réacteur avant même la mise en service de la « tête de série » de Flamanville[20]. C’est ainsi qu’il appela à une réunion en février 2009 pour préparer la mobilisation contre l’EPR. Plus d’une centaine de personnes de toute la France répondirent à cet appel. Même Greenpeace envoya une représentante. Mais ce fut bien la seule organisation nationale d’ampleur à répondre. La salle se composait principalement de militant(e)s de base antinucléaires résolus à ne pas baisser la garde même dans un contexte difficile.

Les mois qui suivirent furent consacrés à la structuration du nouveau Collectif et à la préparation d’une première manifestation[21]. Le succès fut à la hauteur des moyens engagés. Un gros millier de manifestants défilèrent dans Dieppe le 28 juin 2009. La mobilisation était tout au plus locale même si elle bénéficia d’un soutien formel de plusieurs organisations[22]. En tout cas une chose devenait certaine, l’opposition citoyenne au renouvellement du parc nucléaire était laissée aux seuls Normands. Il n’était plus question de la porter à une autre échelle alors que le Réseau Sortir du nucléaire entrait dans une crise dont il ne s’est jamais vraiment remis[23]. Il fallait donc compter sur ses propres forces en s’efforçant de trouver des soutiens et des relais nationaux…

Acte II : accepter le débat public

Le Collectif ne comptait pas en rester là. Il s’agissait de durer pour faire face à un projet attendu par des intérêts puissants. Il faut dire que ce projet comptait sur le territoire de nombreux partisans aux premiers rangs desquels Sébastien Jumel[24] et Alain Le Vern[25]. Motivés par l’opportunité économique d’un tel chantier[26], ces gens-là n’entendaient ni les réserves des Autorités de contrôle européennes[27] ni les études indépendantes mettant en évidence les risques liés à cette technologie[28]. La bataille s’annonçait difficile. Il fallait donc trouver un moyen de convaincre largement de l’inanité de la construction d’un septième réacteur nucléaire sur le littoral seinomarin. L’organisation d’un Débat public[29] dans le cadre du processus décisionnel en donna l’occasion[30].

Contre l’avis de son propre camp

Ce choix ne fut pas évident. Beaucoup se défiaient d’une telle procédure[31] après les expériences des débats sur Flamanville[32] et sur la gestion des déchets nucléaires[33]. Mais d’autres pensaient que c’était le moment d’agir alors que la filière nucléaire connaissait une profonde crise[34] notamment dû aux déboires du chantier EPR dans le Nord Cotentin[35]. Cette seconde tendance l’emporta tant à Penly qu’ailleurs. D’aucuns conçurent le projet de faire du débat public sur le projet « Penly 3 » une tribune contre la filière nucléaire. Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs y prend toute sa place fort du soutien de quelques soutiens nationaux.

Le réseau Sortir du nucléaire ne nous facilita guère la tâche. A peine informé de la participation du Collectif qu’il avait contribué à constituer l’année précédente, le Réseau s’empressa de dénoncer à son habitude un « débat bidon[36] » non sans avoir pris soin d’accabler une fois encore l’EPR[37]. Une conférence de presse fur organisée le 24 mars 2010 non pas tant pour dénoncer la construction d’un nouvel EPR mais pour dénoncer un Débat public[38] portant sur une décision déjà prise[39]. Mais de l’intention aux faits un écart existe[40]. Le front anti-débat vola immédiatement en éclat au vu des enjeux[41]. On vit même quelques-uns changer d’avis en cours de route[42]… Chacun reconnaissant que l’on pouvait tout autant s’opposer au projet dans et hors du Débat public.

Et l’après-midi même dans la même salle eut lieu la conférence de presse de lancement du Débat public en présence des associations normandes résolues à peser de tout leur poids à l’occasion de cette procédure[43]. Commençait donc une longue aventure qui dura 4 mois et même 6 si l’on considère que la séquence s’est terminée lors de la publication du bilan du Débat[44].

Une fission française[45]

Il serait trop long de raconter les vicissitudes d’un débat public ou plutôt de deux Débats publics puisque la Commission nationale du Débat public organisa en parallèle deux Débats, l’un sur le projet Penly 3 et l’autre sur le projet de parc éolien en mer des Deux Côtes. Délibérément deux options pour l’avenir énergétique de la France était soumis au public !

Du côté du débat EPR, ce ne sont pas tant les antinucléaires qui assurèrent le spectacle mais les « trimardeurs du nucléaire[46] ». Le Débat public permit non seulement de mettre en cause l’opportunité et les objectifs du projet mais de donner à voir la précarité induite par le délitement de la filière nucléaire[47]. EDF eut bien de la peine à faire face à la contradiction d’autant plus que les pouvoirs publics se limitèrent au stricte minimum. La Direction générale de l’énergie et du climat se permit même d’annoncer que les EPR ne seraient pas « moxés »[48]. Joli service rendu à l’exploitant abandonné en cours de route par ses partenaires[49]. En quelques mois le dossiers étaient donc vidés de sa substance…

Mais il ne faut pas négliger ce qui s’est produit dans le cadre du second débat. Un arc de forces hétéroclites, allant de la CGT-énergie en passant par le PCF jusqu’à CPNT et au FN, conteste sans retenue le premier projet de parc éolien en mer conçu en France. A croire ces gens-là le développement des énergie marines renouvelables n’est pas nécessaire… puisqu’en dernier recours la France dispose d’un système énergétique qui fonctionne correctement. Il s’agit bel et bien d’une posture conservatrice pour ne pas dire réactionnaire !

Face à une telle configuration, le Collectif STOP-EPR fait le choix de se positionner en faveur du projet éolien en dépit de quelques réserves techniques. Non seulement cela correspond aux statuts de l’association mais surtout il s’agit de changer l’image des antinucléaires. En assumant publiquement un engagement en faveur de la transition énergétique et du territoire, le Collectif apparaît comme un acteur du débat sur l’énergie dans une région en proie à l’obsolescence de ses installations et au peak oil. L’idée est bien se sensibiliser le plus grand nombre à la possibilité immédiate de sortie du nucléaire sans se perdre dans le catastrophisme…

Acte III : assumer une position antinucléaire sans faux semblants

Le choix de participer au Débat public sur l’éolien n’est pas bien passé au sein même du Collectif. Beaucoup n’ont pas apprécié que l’association prenne position publiquement contre le maire de Dieppe et plus globalement contre les organisations communistes. Ainsi dès l’automne 2010, les rangs commencent à s’éclaircir. Ne restent que les antinucléaires et les partenaires assumant pleinement un tel positionnement. La Collégiale profite de ce nouveau contexte pour élargir un peu plus le champ d’intervention de l’association en s’engageant dans la dénonciation du transport de matières radioactives.

Un train d’enfer[50]

Sollicités par le Réseau Sortir du nucléaire et Greenpeace-France, le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs se prépare à agir à l’occasion du passage d’un convoi massif de déchets vitrifiés vers l’Allemagne depuis Valognes[51]. Un travail impressionnant est accompli : collecte d’informations, courriers envoyés aux maires et aux pouvoirs publics, interventions auprès des médias et surtout organisation d’actions. L’objectif est de consolider l’image d’une association sérieuse et résolue qui sait travailler avec un arc de forces très large.

Le 5 novembre 2010, le Collectif organise avec le groupe local de Greenpeace un rassemblement à la Gare de Sotteville[52] où stationne pendant quelques heures le convoi après l’action organisée par le GANVA à Caen[53]. En parallèle, deux autres groupes agissent discrètement. L’un avec des militants de l’ACRO réalise des mesures de radioactivité au plus près du Convoi. Un autre intervient directement en jetant quelques balles de peinture sur les castors après avoir trompé la vigilance des forces de l’ordre. La soirée est un succès.

La suite est plus intéressante encore. Le Collectif fort des mesures réalisées par l’ACRO prend contact avec SUD-rail posant le problème de la radioprotection des cheminots intervenant sur le convoi. L’affaire fait grand bruit puisque le Haut Comité sur la transparence et la sécurité nucléaire s’empare de l’affaire. L’objectif visé est simple, à savoir que les ouvriers soient traités comme les forces de l’ordre qui elle disposent de dosimètre. D’aucuns se rendent compte que quelque chose ne va pas au-delà des rangs écologistes…

Durer

Le Collectif fondé pour organiser la mobilisation contre le projet EPR, en deux ans s’est transformé en association antinucléaire locale classique. L’abandon de fait par EDF du projet Penly III n’affecte pas la résolution du cœur militant qui fait vivre l’association. Faut-il encore trouver une stratégie pour ce faire. Le Collectif décide d’une triple orientation : intégrer la Commission locale d’information auprès des centrales de Paluel et Penly, informer le public et faire vivre la cause antinucléaire sur la scène publique, trouver des alliés locaux et nationaux pour disposer à la fois de relais d’appuis.

L’année 2011 est l’occasion de mettre en œuvre ce programme. Le Collectif s’affirme comme un acteur central du débat sur la transition énergétique en Seine-Maritime alors que cette thématique est au cœur de la pré-campagne présidentielle. Le Collectif rallie la fédération régionale des associations de protection de la nature et de l’environnement, HNNE, s’allie avec l’association rouennaise Effet de Serre toi-même qui renonce à ses positionnements jancoviciens alors que la coopération avec le groupe local de Greenpeace est complète. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

STOP-EPR est en capacité d’organiser avec ses partenaires des projections de film et des réunions publiques comme celle de Rouen le 6 mai 2011. Il est invité par les partis politiques qui assument un engagement antinucléaire. Sa notoriété lui permet même d’intégrer la concertation sur le Schéma régional Climat-Air-énergie proposée par la DREAL et le Conseil régional. L’idée est bien d’être présent partout où il est possible pour faire valoir un discours antinucléaire robuste et résolu.

Mais l’essentiel n’est pas public et même n’intéresse guère le grand public. Le Collectif déploie une « surveillance citoyenne des installations nucléaires ». Grâce au travail constant de Sylvie Sauvage, la collégiale accède aux informations publiées non seulement par l’exploitant et l’Autorité de contrôle mais aussi par le réseau de transport d’électricité. La communication de l’association ne repose plus sur la ritournelle antinucléaire mais sur des faits concrets. Insensiblement l’association se technicise…

Ce qui est gagné dans le champ institutionnel et médiatique et perdu dans le monde militant où beaucoup ne sont pas intéressés par la critique quotidienne de l’exploitation nucléaire se satisfaisant d’une dénonciation globale du « crime atomique » surtout quand celle-ci peut être payante politiquement !

Acte IV : faire face à la catastrophe

L’industrie nucléaire offre au Collectif deux magnifiques opportunités de consolider sa position dans le paysage associatif local voire même au-delà. La catastrophe de Fukushima[54] est une aubaine pour l’ensemble du mouvement antinucléaire et ses alliés pour revendiquer l’arrêt de cette « industrie de destruction massive » et une transition énergétique rapide. Un an plus tard, un grave incident à la centrale de Penly donne à voir que la France n’est pas à l’abris d’une défaillance majeure même si jusque-là la chance a joué en faveur de la filière nucléaire.

Faire face à la catastrophe…

Les accidents de la centrale nucléaire de Fukushima Daïchi survient en pleine Assemblée générale d’un Réseau Sortir du nucléaire qui peine à sortir de sa crise[55]. D’aucuns auraient pu croire que cette divine providence permette de donner un nouvel élan à ce mouvement en perte de vitesse depuis plusieurs mois. Ça n’a pas été le cas…

Le Réseau est désormais une grosse machine caractérisé par une forte inertie et surtout de multiples entraves tant internes qu’externe à l’action[56]. La réponse à la catastrophe n’est pas facile à mettre en œuvre d’autant plus que d’autres entendent tirer bénéfice de l’événement. Un rassemblement est organisé à la hâte le dimanche 13 mars derrière l’Assemblée nationale. Et c’est non sans peine que le Réseau tente d’apparaître comme le principal interlocuteur des médias. Les experts non-institutionnels lui grillent la politesse. La parole antinucléaire sort du champ politique pour être réduit à une question technique qui peut déboucher sur des solutions et quelques aménagements. On sort de la radicalité pour entrer dans un dialogue institutionnel en pleine cohérence avec la reprise en main de fa la filière nucléaire par les pouvoirs publics tant au niveau européen avec les stress test demandés par la Commission[57] qu’avec les Evaluation complémentaires de sûreté requises par l’Autorité de contrôle[58].

Cette nouvelle configuration s’il a le mérite de l’efficience n’est guère propice à la mobilisation d’un grand public dépassé par la caractère technique du débat en cours. Les rassemblements dont ceux organisés par le Collectif ne réunissent que les convaincus même s’ils suscitent une réelle sympathie du plus grand nombre. En 2012, la chaine humaine soutenu par le Réseau dans la Vallée du Rhône est quant à elle un échec flagrant[59]. Après l’inversion de l’ordre des priorités au profit de la cause climatique on assiste à une nouvelle évolution : à mesure que la conviction de la nécessité de sortir du nucléaire progresse dans l’opinion, les milieux militants se détachent de cette cause… oubliant qu’en France 58 réacteurs sont en activité !

Mener la bataille de la transparence

Et ces centrales ne fonctionnent pas très bien. La défaillance d’une motopompe primaire dans la nuit du 11 au 5 avril 2012 à Penly le donne à voir[60]. L’événement est suffisamment grave pour mobiliser la direction des centrales nucléaires de l’ASN et le Haut Comité. On est clairement en présence d’un épisode qui prouve que enchaînement de petits événements peut entraîner un risque majeur[61]. Le problème est d’autant plus grave que deux années après EDF sera condamné pour une présence anormale de tritium dans la nappe sous la centrale… après une perte non négligeable de fluide primaire !

Le Collectif a su se mobiliser le jour même. Avec l’ACRO des prélèvements ont été réalisés à côté de la centrale non sans entrave du PSPG. Et rapidement il a fallu comprendre pour expliquer[62]. Les bonnes relations avec l’ASN et les experts non institutionnels depuis le Débat public ont beaucoup aidé. L’expérience acquise aussi. Ainsi le collectif a acquis définitivement le statut d’expert local[63]. Tout le jeu a été de faire pression sur les pouvoirs publics et surtout sur la CLIN pour gagner la transparence que n’apprécie guère l’exploitant… en gagnant des soutiens nationaux[64] et des relais institutionnels[65]. L’opération ne fut pas inutile puisque c’est à cette occasion que le Collectif a gagné sa place à la CLIN[66].

La seule limite à cette démarche est qu’elle n’a pas réussi à impacter la campagne présidentielle alors que EELV prétendait promouvoir la sortie du nucléaire. L’état-major de campagne de la candidate bien peu écolo préférait parler de « sujets positifs » et de climat plutôt que d’assumer un positionnement vert classique. Lors de la Convention nationale organisée en mars sur l’énergie, il fut à peine question de nucléaire[67]… au mieux comme d’une justification de la transition énergétique mais bien peu comme un sujet à part entière qui implique quelques revendications spécifiques[68].

Acte V : l’isolement

Dès juin 2012, le destin du Collectif était scellé non pas tant qu’il n’agissait plus mais parce qu’il ne servait plus à rien à ses partenaires et alliés. Les rangs commencèrent donc à s’éroder d’autant plus que la Collégiale n’entendait aucunement renoncer à la stratégie conçue initialement. Mais parler de nucléaire à des gens qui n’en ont pas grand-chose à faire n’est pas chose facile… surtout quand une compétition féroce apparaît entre des mouvements rivaux autour de l’identité antinucléaire.

L’affirmation d’une nouvelle radicalité

Il faut dire que le Collectif n’a jamais été le seul en Seine-Maritime à incarner la contestation du nucléaire. Dès sa création il a disputé ce rôle à d’autres groupes, en particulier au collectif STOP-EPR 2 créé en 2008 à Dieppe[69] par des « désobéissants ». Mais son action s’est rapidement essoufflé la plupart de ses militants se ralliant à un nouveau mouvement qui s’est constitué en 2011 autour du soutien à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et surtout de l’opposition à la THT Cotentin-Maine dans la Manche[70].

Les relations n’ont jamais été simple avec cette mouvance plus soucieuse de « changer le système » que de gêner l’industrie nucléaire. Pour autant en 2011, un compromis avait émergé à l’occasion du second convoi de déchets vitrifiés vers l’Allemagne[71]. Une sorte de paix des braves. Si les activistes concentrèrent leur action à Valognes[72], le Collectif s’engagea avec l’ACRO et Greenpeace pour réaliser des mesures de radioactivité[73] aux côtés de l’IRSN sur un transport convoi décidément exceptionnel[74]. Le jeu d’acteur était posé. STOP-EPR ne participa pas au camp STOP-Castor et s’ému même du sort réservé au CRILAN la veille du départ du convoi. Alors que de leur côté les activistes n’hésitaient plus à qualifier l’association seinomarine de « cogestionnaire » du nucléaire.

Six mois plus tard à Montabot, si le Collectif participa à la mobilisation contre la THT, on ne peut pas dire qu’il fut le bienvenu. L’écart entre la jeunesse radicalisée à Notre-Dame-des-Landes dénonçant indistinctement les fossiles, l’éolien, le nucléaire, l’alimentation carnée et le Collectif engagé dans le dialogue technique avec les exploitants nucléaires dans le cadre de l’ANCCLI[75] était insondable. Mais c’est bel et bien l’activisme qui avait le vent en poupe et surtout qui bénéficiait d’une large sympathie dans le mouvement écolo et contestataire… bien plus qu’une association spécialisée qui traitait des sujets qui n’intéressent guère le grand public.

Et la passion nouvelle pour les alternatives en acte

La figure du militant antinucléaire changea profondément. A celle de l’expert citoyen dénonçant les écarts, les impacts et les coûts de la filière nucléaire se substitua celle de l’activiste affrontant directement les forces de l’ordre pour affirmer spontanément un refus sans nuance de l’énergie atomique. Le problème n’en fut que plus grand pour le Collectif qu’au même moment d’aucuns privilégient la promotion des alternatives pour présenter une « écologie positive » plus propice à rassembler que la vieille logique de contestation.

L’heure n’est plus à la dénonciation mais à la proposition. C’est en tout cas ce que met en scène le mouvement Alternatiba en Seine-Maritime. Convergence inédite entre les mouvements d’éducation populaire, les acteurs de l’économie sociale et solidaire et des militant(e)s écologistes, Alternatiba justifie son action non pas tant par la nécessité d’opérer une transition écologique mais par l’urgence de faire face au changement climatique. Nulle question de dénoncer les risques technologiques ou l’érosion de la biodiversité, il faut montrer des alternatives en acte qui séduisent tout autant les « amis de la nature » que les adeptes du « buen vivir[76] » et du développement personnel. Beaucoup y trouve leur compte en particulier des élus qui peuvent prétendre contribuer ainsi à « faire avancer leur territoire sur la voie de l’écologie ». Mais force est de reconnaître que la critique du nucléaire et plus globalement le discours sur la transition énergétique trouve peu de place dans cette nouvelle dynamique.

Force est de reconnaître que si le Collectif était à la pointe de l’affirmation écologiste en 2009, en 2013, il est totalement ringardisé… en complet décalage avec les attentes d’un peuple écolo en quête de solutions locales face au désordre global[77] et d’actions concrètes fussent-elles radicales.

L’espace restant était bien mince d’autant plus que la plupart des militants sont désormais happés par d’autres causes que le nucléaire oubliant qu’à Fukushima ou à Tchernobyl la catastrophe se poursuit… dans une indifférence quasi-générale. Ainsi le Collectif ne réussit à emmener qu’un maigre car de militants à Laval[78] puis à Paris en 2013[79]… et ce sera pire encore à Chinon en 2014[80].

Acte VI : Un ultime sursaut

Au cours de l’été 2014, à l’occasion d’une rencontre informelle entre des associations antinucléaires à Notre-Dame-des-Landes, un constat s’impose. Le mouvement traverse une crise profonde qui ne saurait être résumée aux tensions qui demeurent au sein du Réseau Sortir du nucléaire. Les associations et leurs modes d’actions ne trouvent plus guère d’échos et la résistance repose sur une poignée de militant(e)s qui vieillissent. Le renouveau générationnelle qui faisait parti d’un des objectifs du Réseau à sa création n’a pas eu lieu… si ce n’est du côté de la mouvance zadiste qui ne partage pas grand-chose avec les acteurs historiques de l’opposition à la filière nucléaire.

Face au triomphe paradoxale de Jancovici

En effet une différence majeure d’appréciation distingue zadistes et antinucléaires. Selon une approche pleinement décroissante, les premiers dénoncent globalement la gabegie énergétique qui sous-tend non seulement le mode de vie en vigueur mais plus globalement le modèle de société qui s’est imposé depuis deux siècles. Cette approche est juste sauf qu’elle ne dit rien sur la manière de sortir de cette impasse dans le respect de chacun et surtout du droit à l’énergie du plus grand nombre. Parce qu’en effet, il est pour le moins violent d’exiger que la multitude passe d’un claquement de doigt d’un modèle prédateur à un modèle vertueux. C’est bien ce que rappelle sans cesse le grand thuriféraire de l’atome, Jean-Marc Jancovici.

Mais ce qui est chez le polytechnicien un avertissement désabusé devient dans la mouvance activiste une revendication comme l’est l’injonction morale à se passer de toute substance animale quitte à abuser de produits fort peu naturels[81]. En tout cas les convergences sont grandes entre zadistes et le lobby nucléaire. Les uns comme l’autre ne détestent rien tant de regarder comment fonctionne les centrales tout comme ils conspuent les énergies renouvelables taxées de tous les maux… pour au final dénoncer le principe même de transition. Les uns comme l’autre sont au final d’accord sur bien des choses en particulier que la catastrophe est inéluctable. Les zadistes voyant là une espérance millénariste alors que le lobby nucléaire y voit la justification du recours à l’énergie atomique…

Tout un pan pourtant centrale de la pensée écologiste depuis Charbonneau et Illich passe à la trappe mine de rien revêtu de vagues habits verts. Il s’agit de la contestation de la technique non pas tant pour revenir à la bougie mais pour favoriser des techniques sobres et appropriables par le plus grand nombre… ce que d’aucuns appellent le low tech[82]. Le problème n’est pas de se passer des techniques mais d’en faire des biens communs sur le modèle des logiciels libres qui appartiennent à tous et peuvent être perfectionnés par chacun et non par une caste. Et cela au-delà des seules limites du communalisme promu dans les zones à défendre qui manifestement oublie la critique marxienne[83].

Se rassembler pour faire l’opposition au nucléaire

Face à l’affirmation de ce mouvement de Notre-Dame-des-Landes jusqu’à Bure en passant par Montabot et Valognes, le mouvement antinucléaire historique n’a d’autre choix que de se rassembler ne serait que pour continuer à exister en tant que mouvement social.

Ainsi le Crilan et le Collectif en octobre 2014 résolu à relancer l’opposition citoyenne à l’EPR posent le principe d’une alliance régionale des associations et groupe du Grand Ouest pour faire valoir une opposition irréductible au nucléaire « industrie de destruction massive ». En janvier 2015 est fondé le CAN-Ouest[84] regroupant des associations de Quimper à Dieppe en passant par Nantes et Le Mans. L’objectif immédiat est d’organiser un vaste rassemblement à la mesure des manifestations de 2006 et 2007 pour interrompre le calamiteux chantier de Flamanville[85] et relancer un mouvement antinucléaire en plein déshérence.

L’objectif n’a pas été atteint. Non seulement le CAN-Ouest n’a pas bénéficié des relais nationaux nécessaires pour atteindre une masse critique mais ses financements ont été plus que modestes au regard de l’argent déversé à Bure par le Réseau Sortir du nucléaire ou de ce que Greenpeace engage comme dépenses sur d’autres campagnes. Ce sont à peine 5 000 personnes qui ont manifesté devant l’EPR le 1er octobre 2016[86]… 5 fois moins qu’à rennes douze ans plus tôt.

Si l’intention était louable, le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. Le plus grand nombre ne se mobilise plus contre le nucléaire surtout un week-end avant un rassemblement à Notre-Dame-des-Landes massivement relayé par les principales officines écologistes, environnementalistes et de gôche….

Acte VII : quand ça veut pas, ça veut pas…

Un an plus tard à Saint-Lô les rangs sont encore plus clairsemés[87]. La résolution demeure, des familles sont dans le cortège. Mais décidément la cause antinucléaire ne mobilise plus les foules. Le Collectif n’a même pas pris la peine de proposer un car. Les seinomarins sont venus par leurs propres moyens en covoiturant. L’engagement antinucléaire est devenu le fait d’une petite minorité ne pouvant plus guère compter que sur elle-même comme l’a donné à voir le modeste forum social mondial antinucléaire de Paris[88]. Evènement sympathique et utile mais resté confidentiel…

Le mouvement antinucléaire plus fragmenté que jamais

La relance tant attendue du mouvement antinucléaire n’a toujours pas eu lieu alors que ne cesse de se renforcer la défiance vis-à-vis de l’énergie atomique[89] dans le pays de Joliot-Curie, le père de la bombe. On assiste même à une auto-marginalisation délibérée du Réseau Sortir du nucléaire qui ne déteste rien tant que de participer au dialogue environnemental gagné de haute lutte par les associations écologistes. Ainsi l’année du Débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie, cette organisation a décidé non seulement de boycotter cette procédure offrant un boulevard aux pronucléaires mais de privilégier une campagne contre le nucléaire militaire qui a fait un flop retentissant en raison de l’absence de relais par l’ICAN et le MAN, deux organisations bien discrètes dans l’opposition au nucléaire dit civil.

Si chacun reconnaît la valeur du travail juridique et du suivi de l’actualité nucléaire par l’équipe salariée du Réseau, beaucoup ne compte plus sur lui pour peser contre les exploitants nucléaires. La plupart des groupes actifs engagés dans la surveillance des installations se retrouvent désormais dans d’autres structures, telles le GSIEN ou l’ANCCLI, pour peser ensemble et renforcer leurs capacités collectives d’action. Certains à l’instar du Collectif restent adhérent du Réseau mais se tiennent désormais à l’écart de cette structure dont l’action est de plus illisible.

Et l’on se retrouve donc dans une configuration totalement éclaté entre un Réseau qui s’enlise dans la bataille de Bure, des groupes sincères et résolus qui ont rejoint Arrêt du nucléaire, courant radical constitué autour des groupes qui ont quitté le Réseau à l’issue du Congrès de 2016[90] et d’autres qui participent au dialogue technique avec l’Etat et les exploitants. La situation est pire encore si on considère que désormais la mouvance zadiste a pris pied solidement au sein du Conseil d’administration du Réseau toujours en quête de rajeunissement… en dépit de l’expérience funeste des années 2010 qui avaient vu arriver en masse des Désobéissants au Réseau !

Non seulement certains ont touché le fond mais ils creusent

Il n’y a guère que les cadres de la filière nucléaire, toujours attentifs à ce qui se passe du côté des antinucléaires, que cette situation fait rire. Au moins ils se rassurent, convaincus que la France se distingue par le mouvement antinucléaire le plus con.

L’actualité récente le donne à voir clairement. Le Deuxième Congrès du Réseau a été un fiasco complet[91] alors qu’une nouvelle fois le Réseau décide de se tenir à l’écart du Débat public au prétexte de la répression féroce opposée dans la Meuse aux activistes mobilisés contre le projet Cigéo. Comme en 2013, le Réseau se félicite des des entraves au débat provoquées par des militant(e)s qui ne se sont guère distingués jusque là par leur engagement contre le nucléaire à Lille[92], puis à Valence et à Rouen. Si ce positionnement est une aubaine pour Greenpeace France qui déploie à l’occasion du débat public sur le PNGMDR une puissante campagne dénonçant l’accumulation non maitrisée des déchets nucléaires[93], on ne peut pas dire que cela soit très propice à une action efficiente sur la rédaction du prochain plan national de gestion alors que les défis sont de taille.

Le pire est que ce climat délétère touche aussi le Collectif qui ne repose plus aujourd’hui que sur une Collégiale se limitant à deux militants. Divergences de fonds et lassitude ont eu raison de la résolution de bon nombre de ceux et celle qui ont porté le collectif durant 10 ans. STOP-EPR ne renonce pas pour autant mais a clairement réduit la voilure. Antinuke Dieppe poursuit inlassablement le travail de terrain sur le littoral alors que la CLIN et l’ANCCLI mobilise l’essentiel de l’activité de l’association. En 2018, le dossier Bayard a apporté une nouvelle motivation mais l’heure n’est plus aux grands projets. Du reste en 2019, personne n’a eu le courage d’organiser un Tchernobyl day. Et ce ne sont pas les « partenaires historiques » de STOP-EPR qui s’en plaignent. Ici la plupart n’a plus grand-chose à faire de la question nucléaire à l’heure de l’indignation climatique. Heureusement que le groupe local de Greenpeace sait encore se mobiliser quand l’enjeu vaut la peine comme ce fut le cas le 04 juillet.

Epilogue

La parole publique sur l’énergie atomique a considérablement évolué en à peine une décennie. Les médias abordent cette question n’hésitent plus à tenir des propos qui impensables il y a quelques années[94]. Et les révélations se multiplient tout particulièrement sur le chantier EPR[95]. L’industrie nucléaire est désormais exposée à une surveillance sociale qui dépasse très largement les rangs de ces opposants traditionnels. Un « climat de méfiance sur le nucléaire[96] » s’est profondément installé dans l’opinion publique alors qu’au sommet de l’Etat les doutes sont de plus en plus explicites[97]

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs depuis 14 ans a contribué à son échelle à faire évoluer les représentation en particulier des journalistes mais aussi de personnes d’influence. Ainsi à Rouen, le président d’honneur d’une des plus importantes mutuelles de France ne cachent plus son opposition au nucléaire… un accident fut-il modeste pouvant entrainer la faillite de sa société.

Ce n’est aucunement la capacité à mobiliser voire à bloquer qui a permis cela mais un travail de conviction fondé sur des faits concrets et des éléments appréciables par chacun. Ce faisant STOP-EPR n’a rien inventé. L’association n’a fait que reprendre une stratégie conçue il y a une quinzaine d’année à l’occasion du débat sur les énergies[98]. Une stratégie qui fonctionne non seulement parce que nos interlocuteurs peuvent vérifier ce qui est dit mais parce nous dérogeons à la figure classique du militant assénant quelques slogans stéréotypés que personne n’écoute plus.

Mais si cela est utile auprès des journalistes et des pouvoirs publics, force est de reconnaître que ce n’est guère efficient auprès des militants et des sympathisants de la cause écologiste. La plupart suivent des slogans simples pour ne pas dire simpliste et surtout se mobilisent par effet de mode… les manifestations climat de l’automne 2018 promues à grand renfort de communication en sont en parfait exemple. Le plus grand nombre manifesta pour témoigner d’une indignation mais sans aucun objet effectif alors que le Plan Climat de la Métropole était en cours de finalisation… offrant la possibilité de décliner quelques revendications effectives. Les organisateurs en ont jugé autrement plus soucieux d’encrer dans les esprits la cause écologique alors que les élections européennes s’annonçaient à l’horizon.

Une telle disposition fort peu éthique n’a jamais été à l’honneur au sein du Collectif STOP-EPR. L’agitation n’a jamais été notre fort. L’objectif visé dès la fondation a été de permettre aux gens de se réapproprier un sujet dont ils ont été écarté dès l’origine. En effet la filière nucléaire s’est construite sur une double éviction : éviction de la possibilité de décider et éviction de la capacité à comprendre. L’enjeu a été donc de redonner au plus grand nombre le droit de savoir et celui de choisir. L’association s’y est efforcé à la mesure de ses maigres moyens

Force est de reconnaître que cet engagement pour l’empowerment[99] de la multitude n’a pas intéressé grand monde dans le champ militant. D’aucuns accordaient une toute mission au Collectif, à savoir d’être un prestataire de service chargé d’organiser des événements et autres manifestations… la plupart ne se préoccupant le moins du monde du message présenté tant que quelques mots clefs figuraient dans le discours mis en scène.

A partir du moment où STOP-EPR a commencé à développer une parole singulière dans le champ militant dérogeant des croyances et autres pratiques en vigueur, ça n’a guère plu. Cette autonomie[100] antinucléaire est devenue problématique quand les élus écologistes ont fait le choix de faire passer derrière la promotion des renouvelables la dénonciation du nucléaire. Cette autonomie est devenue gênante quand le mouvement pour la justice climatique a considéré qu’il était plus important de rallier des pronucléaires que de rester fidèle aux principes et valeurs de l’écologie politique telle qu’elle s’est constituée en France depuis les années 1960[101].

La faute du Collectif est de n’avoir admis aucun compromis. Sur le fond c’était le positionnement le plus cohérent. Sur la forme ce fut une faute stratégique qui n’a fait qu’accroitre l’isolement du mouvement antinucléaire voire l’oubli de la cause antinucléaire. L’important était d’essayer et d’emprunter un chemin jusque là inexploré en s’efforçant inlassablement d’expliquer pourquoi le nucléaire est inacceptable avec le souci de donner à voir des points de faiblesse sur lesquels concentrer une action résolue.

On lâche rien !

Notes et commentaires

[1] https://www.lemonde.fr/planete/article/2006/04/15/plusieurs-dizaines-de-milliers-de-personnes-defilent-contre-le-nucleaire-a-cherbourg_762035_3244.html

[2] https://sites.google.com/site/arbrepaysdebray/

[3] https://www.lemonde.fr/energies/article/2016/10/01/des-milliers-des-manifestants-contre-l-epr-de-flamanville_5006775_1653054.html

[4] http://ganva.blogspot.com/2007/05/occupation-pylne-tht-fougres.html

[5] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/sarkozy-a-flamanville-la-france-doit-devenir-exportatrice-d-energie_739182.html

[6] https://www.hauts-de-france.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/picardie_synthese_engagements_grenelle_cle06dab9.pdf

[7] https://www.lemonde.fr/politique/article/2009/01/30/l-elysee-confirme-la-construction-d-une-deuxieme-centrale-nucleaire-epr_1148310_823448.html

[8] http://www.global-chance.org/IMG/pdf/GC23.pdf

[9] https://www.greenpeace.fr/a-lheure-de-la-crise-economique-un-nouveau-reacteur-nucleaire-est-une-option-absurde-notamment-pour-lemploi/

[10] https://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/094000317.pdf

[11] https://www.senat.fr/interventions/crisom_pjl08-042_1.html

[12] https://www.actu-environnement.com/ae/news/reorganisation_meeddat_5460.php4

[13] https://www.agirpourlenvironnement.org/blog/grenelle-de-l-environnement-dix-ans-de-blablas-31065

[14] https://www.sortirdunucleaire.org/IMG/pdf/courant-alternatif-complet.pdf

[15] https://www.lemonde.fr/planete/article/2007/10/31/stephane-lhomme-le-grenelle-de-l-environnement-est-une-defaite-majeure-pour-l-ecologie_973236_3244.html

[16] https://www.greenpeace.fr/face-a-lultimatum-climatique-sarkozy-leader-ou-loser/

[17] https://www.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/11/26/climat-il-ne-s-agit-pas-de-culpabiliser-mais-d-assumer-ses-responsabilites_1272655_1270066.html

[18] https://www.liberation.fr/terre/2009/05/25/on-ne-negocie-pas-avec-le-climat-on-agit_559943

[19] https://www.sortirdunucleaire.org/Manifestation-antinucleaire

[20] http://cpdp.debatpublic.fr/cpdp-epr/docs/pdf/dossier_mo/dossier_mo_interactif.pdf

[21] https://www.greenpeace.fr/projet-d-epr-a-penly-le-debat-tue-dans-l-oeuf/

[22] https://www.greenpeace.fr/espace-presse/epr-lenergie-contre-les-citoyens/

[23] https://reporterre.net/Reseau-Sortir-du-nucleaire-une

[24] https://www.20minutes.fr/france/295031-20090130-le-chantier-epr-va-etre-veritable-bouffee-oxygene-region-dieppe

[25] http://stop-epr.org/spip-article138.php.html

[26] http://www.lefigaro.fr/societes/2009/02/02/04015-20090202ARTFIG00255-le-chantier-du-nouvel-epr-creera-2500-emplois-.php

[27] https://www.usinenouvelle.com/article/le-super-reacteur-francais-sous-pression.N121125

[28] https://www.lemonde.fr/planete/article/2009/01/31/selon-greenpeace-l-epr-produira-des-dechets-sept-fois-plus-radioactifs_1149226_3244.html

[29] https://www.debatpublic.fr/projet-reacteur-type-epr-penly-3

[30] https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Creation-d-un-reacteur-electronucleaire

[31] http://www.arnaudgossement.com/archive/2009/07/01/epr-penly-3-un-debat-public-pour-quoi-faire.html

[32] http://www.global-chance.org/UN-EPR-A-FLAMANVILLE-2003-2006-DEUX-DEBATS-BIDONS-POUR-UN-PASSAGE-EN-FORCE

[33] https://www.actu-environnement.com/ae/news/1364.php4

[34] https://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/mais-qui-veut-tuer-l-epr_1367566.html

[35] https://www.lepoint.fr/economie/bouygues-admet-des-difficultes-sur-le-chantier-de-l-epr-01-09-2010-1230851_28.php

[36] https://www.sortirdunucleaire.org/Construction-d-un-EPR-a-Penly

[37] https://www.lemonde.fr/planete/article/2010/03/11/la-surete-du-reacteur-epr-de-nouveau-en-cause_5977010_3244.html

[38] http://stop-epr.org/spip-article126.php.html

[39] http://www.arnaudgossement.com/archive/2010/03/04/nucleaire-epr-de-penly-le-24-mars-un-debat-public-sur-une-de.html

[40] https://www.sortirdunucleaire.org/EPR-de-Penly-non-au-debat-bidon-40237

[41] https://www.lesechos.fr/2010/03/avec-le-debat-public-sur-lepr-de-penly-la-france-relance-un-programme-nucleaire-420776

[42] Le meilleur exemple est probablement Agir pour l’Environnement qui après avoir dénoncé le Débat public s’y engagea :

https://www.agirpourlenvironnement.org/presse/epr1media49.htm

https://www.agirpourlenvironnement.org/pdf/a9penly4pages.pdf

[43] https://www.acro.eu.org/debat-public-projet-penly-3/

[44] http://cpdp.debatpublic.fr/cpdp-penly3/INFORMER/COMPTE_RENDU_BILAN.HTM

[45] https://reporterre.net/L-A-democratie-Avenir-radieux-une-fission-francaise-spectacle-de-Nicolas

[46] https://www.franceculture.fr/oeuvre/arret-de-tranche-les-trimardeurs-du-nucleaire

[47] https://www.lemonde.fr/cinema/article/2009/12/08/r-a-s-nucleaire-rien-a-signaler-les-damnes-de-l-atome_1277288_3476.html

[48] Réponse en acte à une demande ancienne des écologistes :

https://www.actu-environnement.com/ae/news/risques-centrale-nucleaire-epr-mox-dechets-14436.php4

[49] http://www.lefigaro.fr/societes/2010/09/23/04015-20100923ARTFIG00384-gdf-suez-jette-l-eponge-sur-l-epr-de-penly.php ; https://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/total-seme-le-trouble-sur-l-epr-de-penly_1340529.html

[50] http://www.leparisien.fr/environnement/le-convoi-de-dechets-nucleaires-en-route-pour-l-allemagne-05-11-2010-1137121.php

[51] https://www.greenpeace.fr/convoi-le-plus-radioactif-de-l-histoire-greenpeace-attaque-areva-pour-entreposage-illegal-de-dechets/

[52] https://www.greenpeace.fr/rouen/mobilisation-convoi-denfer-des-4-et-5-nov-2010/

[53] https://www.lemonde.fr/planete/article/2010/11/06/un-train-transportant-des-dechets-nucleaires-contraint-de-changer-d-itineraire_1436288_3244.html

[54] http://www.fukushima-blog.com/

[55] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/40-ans-de-luttes-anti-nucleaires_973002.html

[56] https://www.liberation.fr/terre/2010/04/08/stephane-lhomme-evince-de-sortir-du-nucleaire_619825

[57] https://www.actu-environnement.com/ae/news/audit-surete-communication-commission-europeene-16735.php4

[58] https://www.asn.fr/Controler/Evaluations-complementaires-de-surete

[59] https://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/11/une-chaine-humaine-contre-le-nucleaire-entre-lyon-et-avignon_1656172_3244.html

[60] https://www.lemonde.fr/planete/article/2012/04/06/que-s-est-il-passe-a-la-centrale-de-penly_1681749_3244.html

[61] http://www.hctisn.fr/IMG/pdf/Penly_IRSN_2_cle0cf8f7.pdf

[62] https://reporterre.net/L-inquietant-incident-de-la

[63] https://www.sortirdunucleaire.org/Accident-a-la-centrale-de-Penly

[64] https://www.greenpeace.fr/incident-a-penly-faire-la-transparence/

[65] https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Incident-de-Penly

[66] https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/info/une-meilleur-information-sur-l-incident-de-penly-73498222.html

[67] https://eelv.fr/10-mars-convention-nationale-transition-energetique/

[68] Pourtant le nucléaire occupait une partie non négligeable du Programme « Vivre mieux »… une partie suffisamment radicale pour s’attirer les foudres du candidat Hollande qui n’accepta de conclure un accord de mandature avec les Verts qu’au prix de quelques renoncements sur la filière nucléaire…

[69] http://stop-epr.org/spip-article117.php.html

[70] https://zad.nadir.org/spip.php?mot9

[71] https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Transport-de-matieres-radioactives2

[72] https://reporterre.net/Choses-vues-lors-du-depart-du

[73] https://www.acro.eu.org/expertise-radiologique-par-lacro-du-convoi-de-dechets-nucleaires/

[74] https://www.asn.fr/publications/2012/controle193FR/index.html#1

[75] https://www.anccli.org/

[76] https://reporterre.net/Buen-vivir

[77] https://www.actes-sud.fr/catalogue/ecologie-developpement-durable/solutions-locales-pour-un-desordre-global

[78] https://www.lemonde.fr/planete/article/2012/10/13/manifestations-anti-nucleaires-dans-plusieurs-villes-francaises_1775154_3244.html

[79] https://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/09/pres-de-deux-apres-fukushima-manifestations-au-japon-et-a-paris_1845641_3244.html

[80] http://fukuchinon.over-blog.com/

[81] https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-09-aout-2019

[82] http://www.seuil.com/ouvrage/l-age-des-low-tech-philippe-bihouix/9782021160727

[83] https://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1967_num_5_1_3085

[84] http://www.can-ouest.org/

[85] https://www.usinenouvelle.com/article/les-chantiers-maudits-l-epr-de-flamanville-la-vitrine-commerciale-du-nucleaire-francais-vire-au-cauchemar.N865805

[86] https://www.lemonde.fr/energies/article/2016/10/01/des-milliers-des-manifestants-contre-l-epr-de-flamanville_5006775_1653054.html

[87] https://www.ouest-france.fr/normandie/saint-lo-50000/1-500-manifestants-contre-l-epr-de-flamanville-saint-lo-photos-5282797

[88] https://www.sortirdunucleaire.org/Forum-Social-Mondial-Antinucleaire

[89] http://www.odoxa.fr/sondage/nucleaire-lopinion-sest-retournee-cinq-ans-desormais-francais-majoritairement-contre/

[90] http://journeesdetudes.org/atomescrochus/revue/atomescrochus4.pdf

[91] https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/2eme-congres-du-reseau-sortir-du-215888

[92] https://www.sortirdunucleaire.org/Lille-perturbation-et-annulation-du-debat

[93] https://www.greenpeace.fr/dechets-nucleaires-ca-deborde/

[94] https://usbeketrica.com/article/france-nucleaire-2050

[95] https://www.capital.fr/entreprises-marches/securite-nucleaire-le-rapport-confidentiel-qui-met-en-cause-les-choix-dedf-1346562

[96] https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/rechauffement-climat-de-mefiance-sur-le-nucleaire_2089194.html

[97] https://www.batiactu.com/edito/quel-avenir-nucleaire-francais-56974.php

[98] https://www.vie-publique.fr/documents-vp/brochure_debat.pdf

[99] http://www.internetactu.net/2015/11/13/breve-histoire-de-lempowerment-a-la-reconquete-du-sens-politique/

[100] https://www.revue-ballast.fr/castoriadis-lautonomie-radicale/

[101] https://infokiosques.net/IMG/pdf/Ivan_Illich_Energie_et_equite.pdf