Vous Avez dit Hercule ?

Le plus surprenant n’est pas tant ce qui se produit mais les délais consentis par la commission au mépris du cadre communautaire. La France a ainsi pu perpétuer son modèle monopolistique pendant plus de vingt ans.

Sur le plan intérieur, EDF a entravé l’émergence de producteur d’électricité alternatifs et surtout manœuvré pour sans cesse reculer l’ouverture du marché à la concurrence. A l’échelle internationale, EDF s’est comporté comme un prédateur développant une stratégie très onéreuse de fusion-acquisition qui a atteint un sommet en 2008 avec l’achat de British energy.

Rien de tout cela ne relève d’un comportement de service public. EDF fort de son bastion nationale et du soutien inconditionnel de l’Etat a privilégie une stratégie de croissance externe propre à une entreprise privée. Et l’endettement a monté en flèche dans des proportions irresponsables.

les investissements industriels sacrifiés au profit d’une croissance externe infondée

Ainsi l’Etat du parc nucléaire n’a-t-il cessé de se dégrader au cours de cette période alors que le vieillissement des installations devenait de plus en plus préoccupant. Non seulement le nombre d’emplois statutaires par tranche a considérablement reculé au profit d’un recours toujours plus massif à la sous-traitance mais la diversification de la production demandée par le pouvoir politique tant européen que français s’est faite à un rythme pour le moins modeste.

Le lancement du chantier EPR de Flamanville ne compense en rien ce tableau affligeant. Le souci en dernier recours pour l’énergéticien est alors de rincé les vieux 900 MWe amorti depuis longtemps pour se désendetter est poursuivre une stratégie de puissance qui n’a pas grand chose à voir avec la mission de service public.

Tout aurait pu continuer pour le mieux dans le meilleur des mondes si la catastrophe de Fukushima n’avait pas eu lieu. Le 11 mars 2011 résonne en effet comme un coup de semonce industriel. Les Etats comme la commission européenne reconnaissent que l’ère du tout nucléaire doit toucher à sa fin par la promotion d’une transition énergétique jusque là à la peine.

Faire face à un mur d’investissement alors que les revenus diminuent

Le début de la deuxième décennie du XXIe siècle n’est guère favorable à l’énergéticien français. L’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence devient effective. Les Stress test européens et les évaluations complémentaires de sûreté imposent de réaliser des investissements considérables… alors que le renouvellement du parc par la filière EPR tourne au fiasco.

Très concrètement EDF se trouve prise dans une crise des ciseaux entre la baisse de ses revenus et l’augmentation tendancielle de ses charges. Incapable d’investir dans les énergies renouvelables, l’avenue de Wagram regarde impuissante l’affirmation de nouveaux producteurs en France. de nouveaux distributeurs apparaissent auxquels il faut bien céder une partie de la production nucléaire pour éviter des sanctions européennes. Mais surtout le parc nucléaire coute de plus en plus cher…

Un signe ne trompe pas et permet de constater que la mission de service est devenue très secondaire. Les usagers d’électricité se trouvent en effet exposés à une hausse tendancielle du prix du kWh. Hausse attribuée à la transition énergétique par les gardiens du temple atomique mais qui est dû dans les faits à la nécessité de consolider le réseau de transport d’électricité et surtout de rattraper deux décennies de sous-investissements dans le parc nucléaire.

Protéger coûte que coûte la filière nucléaire

Le plus drôle alors est que l’énergéticien français en dépit d’un bilan comptable calamiteux réussit à survivre et à manger son principal “partenaire” AREVA qui ne dispose pas du même poids politique.

Alors que le conseil administration d’EDF admet enfin la nécessité de mettre à l’arrêt les deux réacteurs de Fessenheim, l’avenue de Wagram bénéficie d’un cadeau somptueux de l’Etat. Non seulement, l’entreprise est recapitalisée mais elle met la main sur l’essentiel de l’outil industriel d’AREVA.

Le rêve d’EDF, exprimé très clairement par Henri Proglio dans un rapport pour le moins caricatural, est exhaussé par l’Etat. D’aucuns auraient pu croire que cette “mise en cohérence” de la filière nucléaire permette un revival de l’atome. Il n’en est rien. Seul British Energy cède au sirènes d’EDF… et cela dans des conditions pour le moins fragiles qui expliquent que surcout et retard sont déjà au rendez-vous.

A la fin du mandat de François Hollande, la situation est devenue calamiteuse pour EDF et l’ensemble de la filière nucléaire. L’argent fait défaut et l’outil de production se dégrade au point de présenter un oefficient de disponibilité consternant.

En situation de faiblesse l’Etat français et son énergéticien fétiche sont contraints de répondre enfin aux injonctions de Bruxelles. Une fois encore cela se fait en dernier recours dans le souci de protéger le parc atomique… et c’est ainsi que commence la querelle des barrages qui eux aussi souffrent d’un défaut conséquent d’investissement.

Un ultime sursaut pour sanctuariser le parc nucléaire

On en peut comprendre le projet Hercule sans ces éléments de contexte et la décision de l’Etat à mener une transition énergétique fut-ce à un rythme lent.

Hercule est un magnifique exemple du “en même temps” macronien qui prétend mener ce concert des démarches contradictoires. Le principe est simple : conserver dans le giron de l’Etat la filière nucléaire et recourir à des financements privés pour financer les énergies renouvelables.

Hercule permettrait donc de satisfaire aux injonctions de la commission européenne en consolidant les financements du secteur de l’énergie. Sauf que le tout est pour le moins précaire :

  1. L’Etat conserve la part du parc la plus fragile et la plus coûteuse,
  2. Les revenus de l’Arenh qui devaient aider au financement de la transition vont être engloutis par le parc nucléaire et donc faire défaut aux EnR,
  3. d’aucuns peuvent craindre qu’à terme EDF vert sera racheté par un acteur international du secteur de l’énergie.

Les intérêts des usagers et des salariés ne sont jamais pris en compte dans ce vaste plan déterminé par des considérations purement comptables qui donne à voir la contradiction entre la nécessité de sécuriser le parc nucléaire et l’obligation de garantir le droit de tou(te)s d’accéder à une électricité à bon marché.

Osons la sortie du nucléaire

Une alternative existe cependant dans l’intérêt de tou(te)s.

Plutôt que de se lancer dans une prolongation irresponsable de machines obsolètes et recourir à un artifice statutaire, tel le projet Hercule, le gouvernement pourrait faire le choix de siffler la fin de la récréation et décider de tourner clairement la page du nucléaire.

L’enjeu n’est autre que :

  1. de garantir aux usagers, ménages et acteur économiques, la possibilité de disposer d’une offre d’électricité de qualité à des prix abordables,
  2. de garantir aux salariés du secteur de l’énergie des droits sociaux à la mesure des services qu’ils rendent au public chaque jour.

Il s’agit très clairement :

  1. de diminuer dans des délais très courts les coûts d’un parc nucléaire incapables de répondre à la demande d’électricité dans des conditions de sûreté satisfaisantes par la mise à l’arrêt des réacteurs les plus anciens et l’annulation des chantiers EPR,
  2. et ce faisant de libérer des capacités d’investissements pour financer un déploiement de grande ampleur de la transition énergétique qui a fait défaut jusque-là.

Si un service public de l’énergie doit exister aujourd’hui, c’est celui des économies d’énergie et de la diversification de l’outil de production dans le cadre d’un nouveau modèle associant les territoires et un opérateur technique public.