Communiqué de presse : Une commission d’enquête nécessaire qui admet la possibilité de la sortie du nucléaire mais oublie le coût écologique de cette industrie

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs se félicite que la commission d’enquête parlementaire sur les coups du nucléaire ait pu mené son projet à son terme. Nous y avons contribué aux côtés du Réseau Sortir du nucléaire le 11 avril. Et c’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons pris connaissance du rapport final.

Nous saluons ce colossal travail d’enquête et d’investigation sur l’économie du nucléaire. Le propos est argumenté et fondé sur de nombreuses auditions. Comme l’ont remarqué les journalistes qui ont étudié ce rapport, les critiques sont à peine voiléesi

. La commission d’enquête parlementaire met clairement en cause :

  • la dérive inexorable des coûts d’exploitationii,
  • le mur d’investissements auquel EDF fait faceiii,
  • l’absence de stratégie de l’Etat tant dans le domaine du nucléaire que pour l’ensemble du secteur énergétique,
  • ainsi que de nombreuses impasses technologiques qui n’apportent aucune solution efficiente et pérennes aux innombrables problèmes que rencontre l’industrie nucléaire.

Pour autant, une association antinucléaire ne peut se satisfaire de l’argumentation et des recommandations de ce rapport. En tant que défenseur de la nature ou de ce qu’il en reste, en tant qu’être humain, en tant que citoyen, nous déplorons que la commission d’enquête ne s’interroge jamais sur la pertinence du choix nucléaire.

Ainsi sommes nous choqués par la formulation des titres et de l’argumentation du Chapitre 7, « LERISQUE NUCLÉAIRE : PASSER DE LA CONCEPTUALISATION À L’ACTION » Pour le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs, l’accident nucléaire n’est pas une fatalité à laquelle il convient de se préparer. C’est une menace globale qu’il convient d’éviter à tout prix. Voilà pourquoi nous revendiquons l’arrêt des réacteurs de plus de trente ansiv. Aucune indemnisation fut-elle « juste » ne pourra jamais couvrir le mal profond et durable causé par l’industrie nucléaire.

Nous déplorons la tonalité générale du rapport. si le discours à la rationalité rassurante est juste, il ne signifie pas que sa rationalité soit pour autant rigoureuse. L’ampleur du risque nucléaire et la gabegie que donne à voir la filière nucléaire depuis le Plan Mesmer pouvaient être envisagés de manière différente et novatrice. Ce rapport cède à la célébration d’une industrie qui n’a jamais apporté la prospérité promise et une quelconque indépendance énergétique à la France.

Ce rapport somme toute s’inscrit dans la continuité du rapport Roussely de 2010v. Certes plus nuancé, plus ouvert à certaines critiques du nucléaire, ce rapport ne met pas en cause le caractère stratégique de l’industrie nucléaire et la nécessité de la promouvoir.

Or le nucléaire ne peut être résumé à un simple enjeu de politique industriel. C’est un problème global qui pose question pour de multiples raisons (risques de prolifération, gestion des déchets, accidents, manque de fiabilité, défaillance, etc.). Ce problème aurait mérité une approche théorique nouvelle bien plus critique que celle développée dans cette commission. Il convenait d’interroger la démesure du programme nucléaire français. Démesure non seulement économique mais humaine et environnementale. Démesure qui a détruit de sites remarquables et des dizaines de milliers de vie[vi] au prétexte de la grandeur de la France. Démesure qui dérèglent les écosystèmes et réduit la planète dans son potentiel de vie biologique.

Il fallait enfin évaluer le coût humain et écologique du nucléaire !

Force est de reconnaitre que la Commission d’enquête n’a guère été audacieuse dans sa manière d’appréhender les coûts du nucléaire. Elle a repris des thématiques classiques qui font débat depuis des années sans chercher à envisager de nouvelles acceptions des coûts : coûts humains, coûts environnementaux mais aussi des coûts socio-économiques résultants des activités détruites ou pénalisées par l’industrie nucléaire. Le coût écologique du nucléaire est comme celui du pétrole, il signe l’entrée de notre monde dans celui de l’anthropocène.

Ces coûts sont si élevés qu’ils impliquent une sortie urgente du nucléaire

Pour nous il n’y a d’issue au drame nucléaire qu’en admettant une solution radicale et nécessaire, c’est-à-dire l’arrêt des centrales nucléaires, de la fabrication de combustible et du soi-disant retraitement réalisé par AREVA. C’est seulement à ce prix que la France et tout l’ouest du continent européen pourront éviter une catastrophe fatale et durable.

La réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique saluée par ce rapport n’est dès lors qu’une préconisation dérisoire. Au Japon le nucléaire ne couvrait avant Fukushima que 25% de la consommation d’électricité. Cela n’a aucunement empêché une catastrophe dont les conséquences sont un peu plus grave chaque jour. Quel sens cela a t il de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français de 75 à 50% ?

La seule ambition de l’Etat est-elle de diminuer d’un tiers la probabilité de l’apocalypse ?

Tout cela est bien dérisoire. Les gains comptables escomptés par la prolongation d’installations mortelles n’ont rien à voir avec le coût des pollutions quotidiennes de l’industrie nucléaire. Les gains comptables escomptés par la mise en service de l’EPR n’ont rien à voir avec le coût colossal d’un accident nucléairevi. Les gains comptables escomptés par le simple maintien des quelques réacteurs considérés comme sûrs n’ont rien à voir avec la capacité des énergies renouvelables à garantir une énergie sûre et bon marché.

Nous avons affaire à un rapport qui reste prisonnier du court terme oubliant que la transition écologique est la seule possibilité pour relever les défis environnementaux et sociaux du XXIe siècle. Le nucléaire est un puits sans fond qui engloutit les financements, les intelligences et l’environnement. Sans le courage d’arrêter aujourd’hui ce mode de production les possibilités d’adaptation au changement climatique sont compromises. Sans le courage d’arrêter définitivement le nucléaire la nécessité d’atténuer le changement climatique est remise en cause.

*

Mais bon, aussi prudent soit ce rapport, nous reconnaissons l’effort du parlement pour s’emparer des questions énergétique et contribuer au débat sur la transition énergétique. La commission d’enquête quoi qu’en dise le groupe UMP a mené un travail colossal et entendu une grande variété d’acteurs du secteur de l’énergievii. Ce n’est pas si fréquent que des associations antinucléaires soient entendues au Palais Bourbon…

Les critiques de l’UMP et de M Accoyerviii ne sont qu’un vulgaire contrefeu qui ne masque pas l’impasse dans laquelle la droite à entraîner le pays depuis la IVe République. Ce rapport n’est en rien un « manifeste anti-nucléaireix » mais une contribution au demeurant très prudente qui place le gouvernement face à ses responsabilitésx.

Responsabilités fortes et urgentes s’il en est. Puisque les coûts d’exploitation s’envolentxi, il est grand temps de mettre un terme à la gabegie nucléaire. L’Etat doit enfin assumer les responsabilités qui sont les siennes et reprendre en main une industrie qui se moque des hommes et de l’environnement.

Ce n’est pas aux usagers de payer la facture comptable du nucléaire. Aussi modestes soient les recommandations du rapport nous considérons qu’il est grand temps que le pouvoir politique assume son rôle vis à vis du lobby nucléaire.

Tel est l’enjeu de la transition. Il faut tourner la page du nucléaire et fermer dans les plus brefs délais les réacteurs les plus anciens et les moins sûrsxii. Il existe aujourd’hui des technologies performantes qui peuvent apporter au moindre cout le service énergétique auquel chacun à droit. Des énergies renouvelablesxiii mais surtout de nouveaux modes de consommation sobres et efficaces qui garantissent le droit de chacun à vivre dans un environnement sain.

JLF-GB

i    La filière nucléaire en prend un coût
http://www.liberation.fr/economie/2014/06/10/la-filiere-nucleaire-en-prend-un-cout_1037831 Energie : des députés sonnent l’alarme sur le vrai coût du nucléaire
http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20140610.OBS9968/nucleaire-les-deputes-appellent-l-etat-a-prendre-en-main-la-filiere.html

Nucléaire : trop d’incertitude sur les coûts

http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20140612.OBS0299/nucleaire-trop-d-incertitude-sur-les-couts.html

La commission d’enquête sur le nucléaire craint une explosion des coûts

http://www.usinenouvelle.com/article/la-commission-d-enquete-sur-le-nucleaire-craint-une-explosion-des-couts.N267812

Les députés inquiets du coût du nucléaire

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Les-deputes-inquiets-du-cout-du-nucleaire-2014-06-11-1162715

Un rapport pointe les coûts et incertitudes du nucléaire

http://www.capital.fr/a-la-une/actualites/un-rapport-pointe-les-couts-et-incertitudes-du-nucleaire-940565

Sûreté nucléaire : la commission d’enquête parlementaire veut plus de sanctions

http://www.leparisien.fr/environnement/surete-nucleaire-la-commission-d-enquete-parlementaire-veut-plus-de-sanctions-10-06-2014-3911963.php

Les députés demandent à l’Etat de prendre en main la filière nucléaire

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/06/10/les-deputes-demandent-a-l-etat-de-prendre-en-main-la-filiere-nucleaire_4435318_3244.html

ii   Le cout de production de l’électricité nucléaire

La Cour des comptes a rendu public, le 27 mai 2014, un rapport sur le coût de production de l’électricité nucléaire commandé par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les coûts de la filière nucléaire, en application de l’article 132-4 du code des juridictions financières. Ce rapport actualise les constats faits par la Cour dans son rapport public thématique de janvier 2012 sur les coûts de la filière électronucléaire. Il répond également aux questions posées par la commission d’enquête sur les deux sujets suivants : l’évolution des investissements liés à la maintenance et à la rénovation du parc existant, et l’évaluation des coûts associés au risque d’accident nucléaire majeur et leur prise en compte par les différents acteurs.

http://www.ccomptes.fr/Actualites/A-la-une/Le-cout-de-production-de-l-electricite-nucleaire
iii   Rapport sur le nucléaire : exploiter au-delà de 40 ans est cher et risqué
Greenpeace a présenté le 25 février 2014 un rapport que l’ONG a commandé à Yves Marignac, directeur du cabinet Wise-Paris, qui analyse les enjeux liés au vieillissement des réacteurs nucléaires français au-delà de 40 ans d’exploitation. Le rapport envisage différents scénarios prospectifs de renforcement de ces réacteurs en fonction du degré d’exigence et de sûreté applicable et en analyse les coûts liés. 
http://www.greenpeace.org/france/PageFiles/266521/greenpeace-rapport-echeance-40-ans.pdf

iv  Prolongation des réacteurs nucléaires : un projet inconscient et irresponsable !

http://www.sortirdunucleaire.org/Prolongation-des-reacteurs

v   En 2010, Nicolas Sarkozy avait chargé François Roussely d’esquisser une stratégie pour favoriser le développement de la production d’électricité nucléaire qui a donné lieu à un rapport dont seule la synthèse a été publiée

http://www.iesf.fr/upload/pdf/rapport_roussely.pdf
http://www.greenpeace.org/france/PageFiles/266521/decryptage-du-rapport-roussely.pdf
vi  Combien coûte un accident nucléaire ? Bien trop cher…
http://www.sortirdunucleaire.org/2013-Cout-d-un-accident-nucleaire

vii Commission d’enquête relative aux coûts de la filière nucléaire, Contribution des Députés UMP, rapport n°2007, enregistré le 05 juin 2014, p 224-231.

viii  Accoyer juge le rapport sur le coût du nucléaire “partisan”
http://www.ledauphine.com/actualite/2014/06/06/accoyer-juge-le-rapport-sur-le-cout-du-nucleaire-partisan

ix Commission d’enquête relative aux coûts de la filière nucléaire, Contribution des Députés UMP, op cit, p 225.

x  Nucléaire : les députés placent le gouvernement face à ses responsabilités

http://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-commission-assemblee-nationale-cout-nucleaire-baupin-brottes-21887.php4

xi Nucléaire :   le coût de production a progressé de 20,6 % depuis 2010

http://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0203525675416-nucleaire-le-cout-de-production-a-progresse-de-20-6-depuis-2010-674005.php

xii  Appel : Nucléaire nous voulons avoir le choix (signé en mars 2011 par 68 organisations en France)

http://www.sortirdunucleaire.org/Appel-solennel-de-revendications
xiii  Selon Greenpeace, les énergies renouvelables deviendront plus compétitives que le nucléaire entre 2015 et 2020
http://www.usinenouvelle.com/article/selon-greenpeace-les-energies-renouvelables-deviendront-plus-competitives-que-le-nucleaire-entre-2015-et-2020.N268402