Première Contribution du Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs au débat public sur le projet de Parc éolien en mer Dieppe-Le Tréport

Un soutien critique au projet de parc éolien en mer au large du Tréport

Aucun parc éolien n’est en activité à ce jour sur le littoral français[1]. Si la volonté de développer l’éolien en mer existe, elle est à la fois tardive et insuffisante. Le plan national de développement des énergies renouvelables prévoit l’installation d’une puissance éolienne globale de 25 GW d’ici à 2020 dont 6 GW offshore[2]. Si 30 GW pourraient être installés à en croire l’ADEME sur le littoral français, le premier Appel d’offre de 2011 n’a porté que sur 3 GW et seulement 5 zones (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Courseules-sur-Mer, Fécamp, Le Tréport). Un second appel d’offre a suivi en avril 2012 afin de réaliser les 6 GW annoncés. A l’heure où la déplétion pétrolière et le réchauffement climatique nous imposent des choix audacieux, le développement de l’éolien offshore est bridé. La France compte-elle ainsi rattraper son retard sur ses voisins européens[3] ?

Si les ambitions portées par l’Etat sont décevantes du stricte point de vue énergétique, les modalités de développement de l’éolien en mer le sont tout autant. Les appels d’offre de la Commission de régulation de l’énergie ont priorisé les aspects industriels et économiques et non l’excellence environnementale des projets[4]. Le respect de la mer et des usagers ne représente que 20 % de la note finale…

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs déplore ce choix de l’Etat qui a contribué à écarter le projet porté par Jean-Michel Germa et la Compagnie du Vent. Le développement de l’éolien en mer ne peut se faire au rabais. Il n’est plus question à l’aube du XXIe siècle de concevoir des grands projets sans viser l’excellence environnementale. L’impact sur le milieu des chantiers comme de l’exploitation doit être la plus faible possible.

Parce qu’il ne saurait y avoir de transition énergétique sans transition écologique, nous attendons du maitre d’ouvrage qu’il garantisse l’exemplarité environnementale du projet de parc éolien en mer Dieppe-Le Tréport. Exemplarité de la réalisation mais aussi des usages de l’énergie qui sera produite ici sur le littoral haut-normand et picard. Le scénario de développement d’un parc éolien offshore n’est acceptable d’un point de vue macro écologique que si l’objectif est aussi la réduction des consommations électriques (et des consommations d’énergie) et du risque technologique du nucléaire. Plus globalement, avec la déplétion pétrolière et des matières premières, un parc éolien doit s’inscrire dans une politique durable de réduction de notre empreinte écologique.

Le développement d’un parc éolien offshore n’est acceptable d’un point de vue écologique que si l’objectif est aussi la réduction des consommations d’énergie et du risque technologique du nucléaire. Un parc éolien doit s’inscrire dans une politique durable de réduction de notre empreinte écologique. Son exploitation ne peut être justifiée que si elle entraine l’arrêt de tranches nucléaires proportionnellement au service énergétique apporté par les nouvelles énergies marines mises en œuvre.

Un retour d’expérience défaillant

Nous regrettons la rupture d’expérience au sein de GDF-Suez. Les travaux, concertations réelles et études, menés par La Compagnie du Vent depuis 2007 semblent aujourd’hui perdus et fragilisent la proposition faite par le nouveau Maitre d’ouvrage. Ainsi nous ne pouvons que déplorer de larges incertitudes en particulier sur le raccordement du parc au réseau. Si 16 pages étaient consacrées aux impacts environnementaux en 2010, seulement 7 le sont en 2015… sans que manifestement des connaissances nouvelles aient été réunies entre 2011 et 2014.

Un parc sous dimensionné en deçà des attentes

En 2010, nous était proposé un projet à la mesure des efforts nécessaires pour mener à son terme la transition énergétique. Une récente étude de l’ADEME donne à voir clairement que d’ici 2050, une France sans nucléaire est envisageable si la consommation d’électricité diminue et si des moyens alternatifs de production sont mis en œuvre. Le projet porté par La société ÉOLIENNES EN MER DIEPPE LE TRÉPORT ne répond que très partiellement à ce défi d’utilité publique. Quelle que soit la puissance des machines installées, nous revendiquons que les capacités de la zone soient exploitées au mieux pour offrir à la Normandie et à la Picardie l’énergie verte nécessaire à un développement soutenable des territoires.

Une évaluation surestimée

Le projet soumis au débat public par Jean-Michel Germa était bien moins cher que le projet du nouveau maitre d’ouvrage. 2 milliards € pour seulement 496 MW porte le cout du MW à quelques 4 millions €. On est au-delà des standards en vigueur. Le parc danois Anholt par exemple, développé par Dong Energy, présente un coût de 3,35 millions d’euros le mégawatt. Pour mémoire le projet français des Deux Côtes mené par La Compagnie du vent oscillait entre 2,3 et 3 millions le mégawatt suivant les variantes[5]. Nous sommes très surpris de constater que le cout de l’investissement proposé corresponde, comme par hasard, au montant moyen du cout d’achat évalué par la Commission de régulation de l’énergie (CRE)[6]. Le chiffre de 200 €/MWh nous semble particulièrement surévalué. Outre-Manche, le coût de l’énergie éolienne en mer est passé de 136 livres (187 euros) par MWh en 2011 à 121 livres le MWh pour les projets construits entre 2012 et 2014. Selon le rapport de l’ORE[7], cette baisse de 11% du coût de l’énergie éolienne en mer serait à mettre sur le compte de la puissance des turbines installées[8]. Comment se fait-il que ce qui est observable Outre-Manche ne soit pas réalisable ici ?

Pour un financement partagé d’un projet utile à la transition énergétique

Nous ne pouvons-nous satisfaire des engagements du Maitre d’ouvrage. La simple étude « d’autres opportunités de financement » n’est pas suffisante. L’acceptabilité sociale des Energies renouvelables dépend aussi de la capacité des industriels à associer au financement et à l’exploitation des installations les populations locales et leurs représentants. La transition énergétique est une chose trop sérieuse pour être laissée à la seule appréciation d’intérêts économiques.

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs revendique que le projet soit mis en œuvre par une société anonyme d’économie mixte locale qui associe le maitre d’ouvrage et les deux Régions riveraines du projet, la Normandie et le Nord-Picardie. Non seulement le territoire bénéficierait de la rente apportée par l’avantageux tarif d’achat mais il serait associé à la gestion d’un parc. Une gestion qui respectera ainsi les intérêts locaux et les différents usagers de la mer. Les 7 millions € promis par le maitre d’ouvrage au titre de la taxe spécifique à l’éolien en mer ne peuvent suffire…

Pour la justice environnementale

Nous sommes favorables à l’implantation d’un parc éolien offshore à condition qu’il donne à voir une authentique démarche de transition écologique. Ainsi revendiquons-nous, non seulement l’exemplarité environnementale du projet mais le respect du principe de justice environnementale. La construction et l’exploitation du parc éolien ne peuvent se faire aux dépends de l’environnement et des populations. Les gens d’ici ont le droit à une transition écologique qui tire un trait sur un siècle de productivisme qui a considérablement dégradé le cadre de vie, sans apporter la prospérité promise. Le respect de l’environnement et du territoire tout autant que l’engagement de revitaliser l’activité industrielle locale sont des impératifs qui s’imposent au maitre d’ouvrage comme à l’ensemble de la filière éolienne en France.

Pas de développement éolien sans arrêt du nucléaire

[1] Alors que des projets sont déjà anciens en particuliers en Haute-Normandie où le site de Veulettes-sur-Mer a été identifié dès 2004 sans parler des études complètes menées par la Compagnie du Vent depuis 2006.

[2] Le parc de production éolien en exploitation à fin décembre 2014 atteint 9120 MW. L’énergie produite par le parc éolien a progressé de 6.7% par rapport à 2013, pour atteindre 14,9 TWh. La composition du parc continue d’évoluer en faveur des énergies renouvelables avec l’arrivée de 1 889 MW de production éolienne ou photovoltaïque et le retrait de 1 296 MW de production thermique fossile. En 2014, la production issue de l’ensemble des sources d’énergies renouvelables1 atteint 19,5% de la consommation d’électricité française

[3] Au 30 juin 2011, le Royaume-Uni, leader de l’éolien offshore en Europe, disposait déjà d’une puissance installée de près de 1,6 GW grâce à ces éoliennes en mer. Au premier semestre de 2012, la plupart des marchés européens ont montré une forte croissance par rapport à la même période en 2011 portés par le développement de l’éolien en mer : l’ Allemagne est toujours en tête avec une capacité installée de 941MW et un total de 30’016 MW, l’Espagne (414 MW, 22’087 MW au total), l’Italie (490 MW, 7’280 MW au total), la France(650 mégawatts, 7’182MW total), le Royaume-Uni (822 MW, 6’480 MW) et au Portugal (19 MW, 4’398 MW).

[4] http://www.developpement-durable.gouv.fr/2eme-appel-d-offres-eolien-en-mer.html

[5] http://www.greenunivers.com/2010/07/repere-le-cout-dun-parc-offshore-un-enjeu-pour-les-prochaines-decennies-40083/

[6] http://www.actu-environnement.com/ae/news/eolien-offshore-filiere-francaise-structure-ami-appel-offres-usine-23386.php4

[7] https://ore.catapult.org.uk/documents/10619/110659/ORE+Catapult+report+to+the+OWPB/a8c73f4e-ba84-493c-8562-acc87b0c2d76

[8] http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/energies-marines/21151-le-cout-de-lenergie-eolienne-offshore-en-baisse-de-11-au