Manifeste des antinucléaires atterrés

Convaincu(e)s que tous les usages civils et militaires de l’énergie atomique sont une menace pour la vie et pour la planète, nous affirmons notre opposition totale au nucléaire.

La dispersion dans l’environnement depuis 70 ans de radionucléides artificiels a déjà causé plusieurs dizaines de millions de morts . Ce crime contre l’humanité ne saurait plus durer. La catastrophe toujours en cours à Fukushima, dont les conséquences sont planétaires, le rappelle chaque jour.

Plus que jamais, à la veille de la Conférence internationale sur le Climat qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, nous revendiquons un arrêt inconditionnel et irréversible de toutes les installations nucléaires ainsi que de tous les grands projets atomiques inutiles ici et ailleurs. C’est là tout autant une exigence éthique qu’une nécessité sanitaire et environnementale et un impératif démocratique.

Si le nucléaire ne sauvera pas le climat , il ne sauvera pas non plus l’humanité. Il n’existe ni nucléaire propre, ni nucléaire sûre et encore moins de nucléaire durable quoi qu’en pensent les apôtres timorés d’un « modèle énergétique décarboné ». La montagne de déchets que nous laissent les industries nucléaires civils et militaires rappelle à chacun que le nucléaire n’est ni gérable ni recyclable .

A l’heure où la planète doit se préparer à un changement climatique d’ampleur immense et aux conséquences encore inconnues, l’esprit de responsabilité devrait commander à chacun d’exiger l’abandon sans attendre des bombes et de l’énergie nucléaire.

Non seulement le parc nucléaire mondial, vieilli et obsolète, ne pourra résister aux évolutions climatiques et à l’épuisement des ressources fossiles mais les tensions géopolitiques inhérentes aux crises environnementales ne feront qu’accentuer la probabilité d’un conflit atomique.

Négliger ces périls majeurs est une erreur. Les taire est une faute. Détourner l’attention de l’opinion est scandaleux.

Voilà pourquoi, nous rappelons l’importance de la lutte antinucléaire alors que la mobilisation contre le changement climatique privilégie une vague critique des énergies fossiles et de l’influence de quelques grandes entreprises . L’urgence climatique et nucléaire impose de dénoncer plus globalement la civilisation productiviste fondée sur un modèle énergétique absurde, inégalitaire, et nocif, nucléaire et pétrolier, qui s’est imposée depuis la Seconde Guerre mondiale .

Nous ne nous contentons pas de dénoncer des choix technologique, nous mettons en cause une tendance fatale qui entraîne l’humanité à sa perte. Démesure, toute puissance, catastrophe, invisibilité, déplacements forcés, demi-vie sont les mêmes mots qui caractérisent l’impasse nucléaire et la crise climatique.

Penser qu’une transition pourra s’opérer grâce au maintien en activité des réacteurs nucléaires et à la construction de nouvelles installations est un mensonge. Au Blayais, la France a échappé de peu à la catastrophe. On sait qu’elle est inéluctable à Gravelines, au Tricastin, au Bugey et ailleurs.

Il ne saurait y avoir d’authentique transition énergétique sans la mise à l’arrêt définitif de toutes les installations nucléaires. Leur activité et leurs rejets sont inacceptables. Les risques auxquels elles nous exposent sont intolérables.

La menace est là et elle s’accroit. Il convient d’en tirer les conclusions nécessaires. L’arrêt du nucléaire s’impose d’urgence ne serait-ce que pour agir contre la précarité énergétique qui enferme dans la misère des millions de personnes ici et maintenant.

Ainsi dénonçons nous la prolongation des réacteurs nucléaires et exigeons l’arrêt des réacteurs au bout de trente années d’exploitation. Une mise en œuvre rapide de moyens de production thermiques à gaz peut accompagner la baisse nécessaire des consommations et l’affirmation d’alternatives écologiques durables sans pénaliser de manière notoire le bilan carbone de l’Europe.

Nous appelons de nos vœux un renouveau du mouvement antinucléaire après plusieurs années de crise et d’errements. L’enjeu n’est autre que de réaffirmer nos ambitions contre le nucléaire et son monde sans jamais oublier de mettre en cause les responsabilités de l’Etat français dans la nucléarisation de la planète et la prolifération des armes nucléaires.

Le mouvement antinucléaire ne peut se contenter d’être un simple promoteur des énergies renouvelables ou d’une fragile « sortie progressive ». Nous devons retrouver ensemble l’énergie d’agir en tout lieu et à tout moment contre l’hydre atomique, loin de toutes considérations tactiques et gestionnaires, sans jamais renoncer à notre singularité.