STOP-EPR interpelle les candidats à la présidence de la région Normandie

Monsieur le Candidat à la présidence du Conseil régional de Normandie,

Au vu des récentes expertises menées par l’Institut de Radioprotection et de sureté nucléaire sollicité par l’Autorité de sureté nucléaire et l’Association nationale des comités et commission locales d’information auprès des installations nucléaires de base, le réacteur EPR en construction sur le site du CNPE de Flamanville est l’objet de très vives interrogations. Des investigations sont en cours pour établir si l’exploitation de cette installation est envisageable et sous quelles conditions.

La robustesse de la cuve, l’opérabilité des matériels nécessaires à la maitrise des situation d’urgence et la résistance de l’enceinte de confinement ne semblent pas attestées à ce jour. Tout porte à croire que le réacteur de type EPR ne correspond pas aux référentiels de sureté en vigueur établis par l’Agence internationale de l’énergie atomique[i].

Non seulement ce chantier qui n’en finit pas a déjà englouti des sommes considérables aux dépends du développement économique du territoire, mais aujourd’hui après de trop nombreux incidents et accidents il ne présente pas les garanties de sureté annoncées.

Loin d’apporter des réponses au risque nucléaire, l’EPR est une machine défaillante. Au regard des informations publiées par les autorités compétentes, ce réacteur se distingue par une bien moindre robustesse que les si fragiles installations aujourd’hui en exploitation.

Non seulement la probabilité d’un accident s’en trouve accrue mais les conséquences seraient sans commune mesure avec celles dramatiques déjà observées à Tchernobyl ou à Fukushima[ii]. La catastrophe serait pire encore si EDF décidait de charger du combustible de type « Mox[iii] » comme annoncé lors de l’autorisation de création…

Vous vous représentez, je l’espère, Monsieur le Candidat à la présidence du Conseil régional de Normandie, les conséquences sur la Normandie d’un tel accident. Des milliers de km² seraient durablement inhabitables et impropres à toute activité humaine quelles que soient les ambitions du Plan national de réponse Accident nucléaire ou radiologique majeur[iv]. Des centaines de milliers de personnes seraient jetées sur les routes et la vitalité économique du territoire serait brisée comme on peut le voir à Fukushima[v]. Sans parler bien évidemment des coûts qui seraient assumés par le Conseil régional…

C’est une terrible épée de Damoclès qui plane au-dessus de nos têtes. On peut donc se demander s’il est nécessaire de rajouter aux menaces déjà colossales des 8 réacteurs en exploitation dans la région et de l’Usine AREVA de La Hague un risque supplémentaire ?

Ne pensez-vous pas dès lors, Monsieur le Candidat à la présidence du Conseil régional de Normandie, qu’il est temps de mettre un terme au projet EPR sur le site de Flamanville ?

Si vous ne disposez pas du pouvoir d’ordonner la mise à l’arrêt définitif d’une installation nucléaire de base, la loi NOTRE[vi] et la loi TEPCV[vii] vous apporte des outils pour réorienter le modèle énergétique régional vers une transition effective fondée sur les économies d’énergie et les énergies renouvelables. Non seulement cela est possible mais c’est nécessaire ne serait-ce que pour l’emploi et l’activité économique[viii].

Loin de pénaliser la Normandie, terre d’énergies sales, un arrêt de l’EPR marquerait une authentique rupture avec un modèle de développement qui n’a jamais apporté ni la prospérité ni les emplois promis.

Aurez-vous donc l’audace de rompre avec le silence de vos prédécesseurs et de demander à l’Etat d’en finir une fois pour toute avec le mythe EPR à Flamanville, Penly et ailleurs ?

Vous trouverez ci-dessous quelques précisions sur les débats en cours sur la robustesse du réacteur EPR de Flamanville

Le 8 décembre 2015, l’Institut de radioprotection et de radioprotection (IRSN) a publié un avis sur l’adéquation des profils de pression et de température retenus pour la qualification des matériels et la vérification du dimensionnement de l’enceinte de confinement d’un réacteur de type EPR au regard des valeurs atteintes en situation accidentelle[ix].

Ce n’est pas la première fois que la technologie EPR est l’objet de doutes graves.

En 2015 les doutes sur l’EPR prennent une dimension toute nouvelle. En avril, l’Autorité de sureté révèle des anomalies de fabrication de la cuve de l’EPR de Flamanville[x]. « Les résultats de ces essais ont montré, fin 2014, la présence d’une zone présentant une concentration importante en carbone et conduisant à des valeurs de résilience mécanique plus faibles qu’attendues. Des premières mesures ont confirmé la présence de cette anomalie dans le couvercle et le fond de la cuve de l’EPR de Flamanville. » Les doutes anciens[xi] sur la qualité des matériaux et la rigueur des opérations industrielles prennent soudainement une nouvelle dimension.

En dépit des explications fournies par EDF et AREVA[xii] personne n’est réellement rassuré. Les défauts de la cuve sont tels que des experts considèrent qu’il n’est pas réaliste d’exploiter un réacteur si fragile[xiii]. « C’est bien l’avenir de l’ensemble du projet Flamanville-3 qui est remis en question[xiv]. » Faute de décision politique, il revient bien évidemment à l’ASN de mener des investigations complémentaires pour déterminer si la cuve peut être apte au service et sous quelles conditions.

Mais d’un problème on passe rapidement à un autre. L’ASN, dans un courrier de position en date du 31 juillet 2015[xv], met clairement en évidence une autre faiblesse du réacteur EPR. « Dans les scénarios accidentels considérés par EDF, une grande quantité de vapeur surchauffée est relâchée dans l’enceinte, ce qui peut induire un dépassement local et temporaire de la température de saturation d’eau et du profil de température enveloppe retenu. […] L’ASN estime que la démarche retenue ne permet pas de garantir le caractère conservatif des valeurs minimales d’épaisseur des matériels compte tenu des incertitudes associées aux échanges thermiques entre l’atmosphère de l’enceinte et les matériels. » En d’autres termes, il n’est pas garanti que les équipements du bâtiment réacteur puissent résister à une perte soudaine et massive de réfrigérant primaire dans l’enceinte.

Imaginez donc que la cuve défaillante se brise soudainement : un déversement massif du circuit primaire dans le bâtiment réacteur pourrait non seulement neutraliser les dispositifs de secours mais l’accumulation de chaleur et de pression pourrait entamer l’enceinte.

Les inquiétudes sont si fortes que l’ASN veut traiter à la source le risque de rupture de la cuve. Le 30 septembre 2015, le groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression est réuni pour préciser « la démarche envisagée pour justifier du caractère suffisant des propriétés mécaniques » de la cuve[xvi]. L’association nationale des commission locales d’information s’empare du problème et demande la constitution d’un groupe d’expertise pluraliste pour déterminer si oui ou non l’EPR pourrait être apte au service[xvii].

Cette réunion s’est déroulée le 2 décembre 2015 à Paris. Et c’est à l’issue des débats qui ont eu lieu que l’IRSN a publié ce fameux document cité précédemment.

La sentence est sans appel : « Certaines situations accidentelles peuvent en effet conduire à une augmentation de la pression et de la température dans l’enceinte de fonctionnement : ces variations de pression et température ne doivent pas remettre en cause la fonction de confinement de l’enceinte et l’opérabilité des matériels nécessaires à la maîtrise de ces situations[xviii]. » La robustesse de l’installation ne garantit pas le confinement de la radioactivité en toute circonstance. Et l’on peut craindre une rupture dans l’enceinte dans certaines situations accidentelles dont la possibilité ne peut être écartée.

N’est-il donc pas temps de déduire les conclusions nécessaires de toutes ces incertitudes ? La mise à l’arrêt définitif du projet EPR s’impose.

[i] http://www.asn.fr/L-ASN/International/Les-textes-de-reference-internationaux/Les-normes-de-surete-de-l-AIEA

[ii] http://www.actu-environnement.com/ae/news/risques-centrale-nucleaire-epr-mox-dechets-14436.php4

[iii] http://www.greenpeace.org/france/pagefiles/266521/epr-le-reacteur-le-plus-dangereux-du-monde.pdf

[iv] http://www.sgdsn.gouv.fr/site_rubrique146.html

[v] http://www.greenpeace.org/luxembourg/Global/luxembourg/report/2012/Rapport_fukushima.pdf

[vi] http://www.actu-environnement.com/ae/news/adoption-loi-notre-dechet-eau-collectivite-25028.php4

[vii] http://www.lagazettedescommunes.com/380875/loi-de-transition-energetique-ce-que-les-collectivites-locales-doivent-retenir/

[viii] http://www.presse.ademe.fr/2015/10/etude-ademe-un-mix-electrique-100-renouvelable-enr.html

[ix] http://www.irsn.fr/FR/expertise/avis/avis-reacteurs/Pages/Avis-IRSN-2014-00403-EPR.aspx#.VmhtDvnhCUl

[x] http://www.asn.fr/Informer/Actualites/EPR-de-Flamanville-anomalies-de-fabrication-de-la-cuve

[xi] http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2015/07/07/areva-connaissait-de-longue-date-les-anomalies-de-la-cuve-de-l-epr_4674521_1656994.html

[xii] http://www.actu-environnement.com/ae/news/cuve-epr-flamanville-nucleaire-opecst-audition-24841.php4

[xiii] http://energie-climat.greenpeace.fr/epr-le-coup-de-grace

[xiv] http://www.global-chance.org/IMG/pdf/wise-paris-fabrication-defauts-epr-flamanville-latest.pdf

[xv] Évaluation des pressions et des températures dans l’enceinte de confinement d’un réacteur de type EPR en cas d’accident, CODEP-DCN-2015-015367,

http://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Courriers-de-position-de-l-ASN

[xvi] http://www.asn.fr/Informer/Actualites/L-ASN-a-reuni-le-GPE-sur-l-anomalie-affectant-la-cuve-de-l-EPR-de-Flamanville

[xvii] http://www.anccli.org/wp-content/uploads/2013/11/ANCCLI-Pluralisme-CuveEPR.pdf

[xviii] http://www.irsn.fr/FR/expertise/avis/Documents/Avis-IRSN-2014-00403.pdf