Archives pour la catégorie Penly (2 réacteurs )

Retrouvez ici ce qui concerne la centrale de Penly

Avis de tempête sur la sûreté nucléaire

La publication du rapport annuel de l’ASN est toujours un moment important de l’actualité nucléaire. D’année en année la date de sa publication a été repoussée donnant à voir les difficultés d’élaborer un bilan qui puisse satisfaire les exploitants, l’Etat nucléaire sans s’écarter trop de la réalité effective de la filière nucléaire.

En 2017 on a le droit à un exemplaire au mieux mélancolique. L’ASN qui ploie sous la charge de travail peine à dissimuler les pressions qui pèsent sur son activité. Elle nous livre un rapport d’une banalité confondante qui ne réussit cependant pas à cacher cette « année qui dérange » décrite par Valéry Laramée de Tannenberg dans un brillant article publié le 25 juillet 2017 par le Journal de l’environnement.

Un sursaut s’impose rapidement à Montrouge en particulier après la présentation au public d’un projet d’avis consternant sur la cuve de l’EPR.

Il n’appartient pas à l’ASN d’accompagner la politique énergétique d’un Etat en faillite qui persévère dans l’impasse nucléaire. Chacun attend d’elle qu’elle face valoir le droit de l’environnement et rappelle à la règle exploitants et industriels qui tentent chaque jour de le contourner de mille manières.

A Penly, EDF fait passer ses intérêts économiques avant la sûreté nucléaire

Les informations se suivent et se ressemblent. Derrière une image vertueuse construite à grand coup d’enfumage des inspections de l’Autorité de contrôle, le CNPE de Penly a bien du mal à dissimuler le manque de robustesse de son exploitation. Le tribunal de Dieppe ne s’y est pas trompé et a condamné cette centrale. Aujourd’hui une affaire au demeurant modeste donne à voir qu’entre sûreté et rentabilité, Edf choisit la rentabilité.

Lire la suite

Que s’est-il passé le 05 avril 2012 à Penly ?

Le 5 avril 2012 vers 12 heures, les sapeurs-pompiers de Seine-Maritime sont intervenus pour éteindre deux départs de feu dans le bâtiment du réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Penly . Ces départs de feu ont été provoqués par une fuite d’huile sur l’une des quatre pompes du circuit primaire, qui assurent la circulation de l’eau de refroidissement du cœur du réacteur.

La pompe primaire a non seulement cessé de jouer son rôle, entraînant une mise à l’arrêt automatique du réacteur, mais causé une suite de défaillances graves. La mise à l’arrêt a nécessité une injonction massive de bore dans le circuit primaire suite à une défaillance des barres de contrôles.

Le choc chimique a entraîné un nouvel incident quelques heures plus tard. En début de soirée, EDF a constaté une fuite d’eau anormalement élevée sur un des joints de la pompe primaire. Pour le dire autrement, le réacteur a connu une perte massive de réfrigérant primaire heureusement recueilli par les circuits de secours. Les débits de fuite interne à la pompe ont décru très rapidement au fur et à mesure de la baisse de la pression du circuit primaire, et ont atteint les valeurs nominales durant la nuit .

L’Autorité de sûreté nucléaire est immédiatement intervenue et rempli pleinement sa mission d’information du public . Pour autant beaucoup de questions restent encore aujourd’hui en suspens. Quatre ans après ce qu’il faut bien appeler un « accident nucléaire », les conclusions définitives sur les causes, les mécanismes et les conséquences de cet événement ne sont toujours pas publiées.

En aucun cas cet événement ne peut se résumer à une défaillance humaine . Si les facteurs organisationnels et humains contribuent aux défaillances de l’industrie nucléaire, il est abusif de tenir les salariés de cette industrie comme seuls responsables des innombrables écarts observés dans les centrales . Les défauts de maintenance, la vétusté et les fragilités des installations sont à l’origine de l’essentiel des incidents dans un parc nucléaire usé et obsolète.

Quatre ans après cet accident, le Collectif STOP-EPR demande à l’Autorité de sureté nucléaire de publier l’ensemble des documents relatifs à l’accident survenu à Penly le 5 avril 2012. Il est urgent d’établir un retour d’expérience de cet événement au combien significatif alors qu’EDF s’emploie à prolonger l’exploitation des réacteurs de 1 300 MWe. Sans la prise en compte de la défaillance et de la fragilité des motopompes primaires comment EDF pense-t-elle faire durer des réacteurs dont le manque de robustesse est évident ?

Pour plus d’information vous pouvez consulter le dossier établi par le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs sur l’accident du 5 avril 2012 à Penly

Si ce n’était pas si grave ce serait presque drôle…

Regard du Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs sur l’exercice national de crise organisé le 13 octobre 2015 autour du CNPE de Penly

La sûreté nucléaire en France est si importante en France qu’elle se met en scène. Fréquemment des exercices d’accident sont organisés autour des centrales. En septembre 2010 un épisode de ce genre avait eu lieu à Penly. La préfecture voulait alors simuler un exercice d’évacuation des populations. Le scénario était presque parfait. La mise en œuvre fut bien moins brillante[1] en dépit des efforts de communications pour rassurer la population[2]. Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs avait pu circuler sans gêne dans le périmètre d’évacuation croisant des riverains qui n’étaient même pas au courant de l’exercice, d’autres s’en moquant ouvertement.

Cinq ans plus tard, l’Etat et l’exploitant nucléaire ont remis ça. Le 13 octobre 2015 un nouvel exercice national de crise a été organisé à Penly. Mais cette fois ci on a eu affaire à un simple « exercice d’Etat-major » mobilisant les pouvoirs publics et les collectivités locales[3]. Comme quoi si préparer le territoire à l’accident nucléaire est une chose, associer la population en est une autre. L’exercice s’est déroulé à l’intérieur de la centrale et dans les installations de crise des pouvoirs publics et de l’Autorité de sureté sans oublier bien évidemment le centre de crise d’EDF avenue de Wagram.

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs a suivi avec attention le déroulement de cet exercice si particulier. Un d’entre nous a pu accéder au Centre national de crise (CNC) de l’Autorité de sûreté nucléaire alors qu’une équipe s’est rendue sur le terrain à la rencontre des populations et des élus locaux.

Lire la suite

On trouve de tout dans les circuits de la centrale de Penly même des sparadraps…

Dans un courrier de position daté du 3 mars 2015, la Direction des Centrales nucléaires de l’ASN fait état d’une découverte surprenante lors de contrôles effectués dans huit centres nucléaires de production d’électricité :

« Lors de contrôles réalisés sur les réacteurs électronucléaires de Blayais 1, Cattenom 2, Chinon B1, Chinon B4, Flamanville 1, Flamanville 2, Gravelines 4, Penly 1, Penly 2, Saint-Laurent B1 et Tricastin 4 des bandes de ruban adhésif d’une taille unitaire inférieure à 15 cm collé sur la paroi interne des tuyauteries du système EAS et divers autres résidus de petites tailles (inférieures à 5 mm) ont été identifiés . »

Ce problème mérite qu’on s’y arrête. Le système EAS est un élément essentiel de la sureté nucléaire. Sa disponibilité et sa capacité à garantir un débit d’injection important sont indispensables en situation accidentelle. En cas de brèche sur le circuit primaire, une pression élevée dans l’enceinte de confinement entraine le démarrage de l’aspersion de l’enceinte par le système EAS. L’objectif est d’abaisser la pression qui règne dans l’enceinte et de rabattre les produits de fission. Les pompes EAS aspirent de l’eau borée dans une bâche. Lorsque cette bâche est pratiquement vide, les pompes EAS aspirent l’eau accumulée dans les puisards de l’enceinte, la refroidissent et la pulvérisent dans l’enceinte.

http://pulse.edf.com/fr/un-sparadrap-electrique

http://pulse.edf.com/fr/un-sparadrap-electrique

L’IRSN dans un courrier du 24 février 2015 alerte le président de l’Autorité de sureté nucléaire au sujet de la présence de « corps étrangers » dans les tuyauteries des systèmes EAS. Onze réacteurs des paliers CPY et 1300 MWe sont potentiellement concernés par la présence de rubans adhésifs dans ces circuits. C’est le cas en particulier de Penly 2 :

« Au cours de l’arrêt pour rechargement du combustible de 2014 du réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Penly, l’inspection télévisuelle des colonnes montantes du système EAS, réalisée au titre de l’essai décennal du chapitre IX des Règles générales d’exploitation (RGE), a mis en évidence la présence de ruban adhésif dans les tuyauteries. EDF n’a pas été en mesure de les retirer ce qui n’a pas permis de valider le critère de sûreté de groupe A1 d’absence de corps étrangers . »

Selon EDF, ces adhésifs étaient parfois utilisés lors des opérations de « chambrage » au cours des soudures de montage des tronçons de tuyauteries EAS et seraient donc présents depuis la construction des réacteurs.

Comment s’étonner dès lors que l’ASN demande à EDF de procéder :

  • au contrôle télévisuel complet des colonnes montantes du système EAS de chaque réacteur électronucléaire ;
  • le cas échéant, un nettoyage de la colonne montante comme prévu dans la note d’analyse de l’exhaustivité du système EAS du palier 1300 MWe

Puis par la suite d’étendre ces contrôles aux réacteurs dont les données issues des contrôles de propretés des colonnes montantes sont les plus incomplètes.

Il faut dire que l’affaire n’est pas nouvelle. Ces rubans avaient été identifiés dans le cadre d’une affaire parc en 1992. Il serait temps qu’EDF réalise enfin une inspection renforcée, et un nettoyage si nécessaire, des colonnes montantes EAS des onze réacteurs présentant, ou pouvant présenter, des résidus de rubans adhésifs. C’est un vrai problème de sureté selon l’IRSN :

« Compte tenu du nombre relativement important de tronçons qui n’ont pas été inspectés, y compris sur les réacteurs non considérés par EDF dans la déclaration de modification des RGE, l’IRSN estime qu’il existe un risque de bouchage de buses dont le nombre pourrait être supérieur aux 20 pris en compte comme hypothèses par EDF afin de conclure à l’absence de risque pour la sureté. »

Ce problème est grave. Le fonctionnement même du système EAS en particulier en situation accidentelle induit la circulation de corps étrangers qui peuvent réduire le débit d’injection. En effet des débris générés au niveau de la brèche du circuit primaire (particules de calorifuges, de béton ou de peinture) peuvent s’accumuler dans les puisards RIS et EAS . Des grilles ont été conçues pour empêcher le passage de ces débris susceptibles d’endommager les systèmes de sûreté… mais elles ne retiennent que les plus gros morceaux n’empêchant aucunement la formation de « bouchons » autour de résidus déjà présents dans les EAS tels des sparadraps !

On savait déjà que les circuits primaires pouvaient charrier n’importe quoi. En avril 2014, des billes de plombs ont été découvertes dans la piscine d’entreposage du combustible de la centrale de Saint Alban . Parfois même on a trouvé des outils circulant dans le fluide radioactif . Ce problème est suffisamment important pour que l’IRSN y consacre de longs développements dans le Point de vie de l’IRSN sur la sureté et la radioprotection du parc électronucléaire français en 2012. « La présence d’un corps migrant dans un matériel ou dans un circuit peut avoir des conséquences sur la sûreté et la radioprotection d’une installation nucléaire. En dépit des actions réalisées par EDF, l’année 2012 a encore connu plusieurs événements de ce type. L’analyse menée par l’IRSN a précisé les risques associés et montré la nécessité qu’EDF renforce son plan d’actions . » Et l’institut nous présente un inventaire à la Prévert de ce que l’on trouve parfois dans les circuits primaires :

1. au cours d’activités de maintenance et d’exploitation :

  • déchets de procédés : copeaux métalliques, baguettes de soudure, pâte à joint, limaille, etc.
  • déchets d’intervention : ruban adhésif, vinyle, gaines de câbles, chiffons, morceaux de tuyauterie, etc.
  • moyens de fixation : vis, rondelles, écrous, rivets, goupilles, têtes de vis, etc.
  • outillage : clés, tournevis, etc.
  • résines, graisses et liquides pouvant présenter une nocivité chimique ;

2. lors de manutentions de combustible : morceaux d’ailettes ou de grilles d’assemblage ;

3. à la suite de défaillances de matériels entraînant la rupture ou la désolidarisation de pièces : billes de roulements, éclats de projecteur, etc. ;

4. du fait de négligences humaines : oubli ou chute d’objets divers (badges, stylos, lampes de poche, dosimètres, batteries de caméra, etc.).

En dépit des mesures prises par l’exploitant depuis 2008 (démarche FME), le problème est loin d’avoir disparu. Au cours des opérations de déchargement du combustible du réacteur de Chooz B2 en vue de son arrêt pour maintenance, une tête de vis de guide d’eau d’un groupe motopompe primaire (GMPP) ainsi que des débris correspondant à des fragments de coupelle-frein ont été retrouvés sous un pied d’assemblage. A Cruas, a retrouvé dans un générateur de vapeur deux pièces appartenant à un ensemble de fixation d’un obturateur à joint passif (« tape GV »). Au Bugey a été détectée la présence d’un corps migrant coincé dans un coude de la tuyauterie d’alimentation du générateur de vapeur (GV) n° 2 au refoulement de la turbopompe ASG. On ne compte plus les événements même si souvent EDF omet de les faire figurer sur les fameuses fiches SAPHIR.

Tout cela peut paraitre fort banal. Il n’en est rien. A l’heure où EDF lance son programme de « Grand carénage », cette incapacité à garantir l’intégrité des circuits centraux des réacteurs a de quoi inquiéter. Comment dans ces conditions croire que les réacteurs pourront tenir plus longtemps encore…