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Creusot, la scandale se poursuit et concerne un nombre croissant de composants

Le 17 Juillet 2018, EDF a publié une note relative aux informations communiquées à l’Autorité de sûreté concernant les dossiers de fabrication d’équipements nucléaires réalisés à l’usine du Creusot désormais sous contrôle de l’opérateur énergétique de l’Etat[1].

Sur les 9 250 dossiers de fabrication présents à Creusot Forge : 

  • 6 000 concernent l’industrie nucléaire, dont environ un tiers concerne EDF ; 
  • 1 600 dossiers environ concernent des composants installés sur le parc nucléaire en exploitation.

Cela représente une revue de 30 dossiers en moyenne par unité de production

La vérification de l’ensemble des dossiers de fabrication de ces composants révèle 1.775 anomalies et 449 non-conformités sur les équipements de 46 de ses réacteurs nucléaires en fonctionnement. Avec 94 anomalies et 19 non-conformités pour 34 pièces fabriquées au Creusot, le réacteur 3 du Bugey (Ain) semble être le plus affecté.

2018-07-23 (4)

31 réacteurs concernés par de tels écarts n’ont été l’objet d’aucune décision spécifique de l’Autorité de Contrôle qui à ce jour n’a toujours pas communiqué sur cette nouvelle vague de révélations, épisode de plus dans un long feuilleton qui a débuté au printemps 2015 lorsqu’AREVA a reconnu que les calottes de la cuve du réacteur EPR de Flamanville présentent des caractéristiques dégradées au regard des paramètres requis par la réglementation en vigueur[2].

Ce ne sera jamais que la deuxième fois en 2018, qu’EDF est contrainte de publier des éléments accablants sur la qualité des fabrications réalisées par les usines de Bourgogne :

EDF vient de revoir à la hausse le nombre de défauts affectant ses réacteurs. Le dernier décompte de l’entreprise fait état de 1.063 « anomalies » (soit 553 de plus qu’en septembre 2017) et 233 « non-conformités » (soit 103 de plus) sur les équipements de 23 de ses réacteurs nucléaires en fonctionnement. A cela s’ajoutent 95 anomalies et 16 non-conformités sur les équipements de l’EPR de Flamanville révélées en septembre 2017. Ces résultats sont issus des vérifications effectuées par EDF sur l’ensemble des dossiers de fabrication des équipements en provenance de l’usine du Creusot et installés sur ses réacteurs. EDF a rendu publique cette deuxième vague de résultats jeudi 22 février.

Depuis septembre dernier, EDF a audité onze réacteurs supplémentaires : Fessenheim 2, Paluel 1 et 2, Cruas 2, Cattenom 1 et 3, Blayais 2, Tricastin 1 et 4, Gravelines 4 et Civaux 2. Avec 83 anomalies et 17 non-conformités pour 30 pièces fabriquées au Creusot, le réacteur 1 de Cattenom est le plus affecté. A l’opposé, Gravelines 4 est le moins affecté : 25 anomalies ont été découvertes sur 21 pièces et aucune non-conformité.

Les anomalies correspondent à des constats de non-conformité avec une exigence contractuelle ou réglementaire. Les non-conformités traduisent le non-respect d’une exigence interne à l’usine du Creusot, le fabricant des équipements. « Près de la moitié des constats relèvent du « traitement thermique », c’est-à-dire de la température de la pièce lors du processus de forgeage », rappelle EDF, qui ajoute que « les essais réalisés sur ces pièces par la suite dans le processus de fabrication montrent que ces constats ne remettent pas en cause les propriétés attendues de la pièce et son aptitude à fonctionner en toute sûreté ». Les autres types de constats concernent des valeurs chimiques ou encore des écarts lors des essais réalisés.

@Actu-Environnement, Philippe Collet, 23 février 2018[3]

Le bilan ne cesse de s’alourdir puisqu’avec 1 775 anomalies, le nombre des dossiers préoccupants a presque quadruplé depuis septembre 2017[4]. Le nombre de réacteurs concernés a aussi augmenté de manière non négligeable. Si en 2017 309 composants équipant 12 réacteurs étaient concernés (Chooz 2, Paluel 4, Saint-Laurent 2, Penly 1, Cruas 3, Dampierre 3, Belleville 2, Tricastin 3, Chinon B3, Nogent 1, Gravelines 2 et Bugey), aujourd’hui 46 réacteurs sur 58 sont touchés par un nombre variable d’« écarts » plus ou moins importants. Avec 93 anomalies et 19 non-conformités pour 34 pièces fabriquées au Creusot, le réacteur 3 du Bugey était déjà le plus affecté. A l’opposé, Cruas 3 était le moins affecté : 16 anomalies et 3 non-conformités ont été découvertes sur 18 pièces. Le bilan établi par WISE-Paris donne à voir que l’épidémie s’est répandue et fragilise l’essentiel du parc nucléaire sans épargner aucun palier de réacteur.

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Les justifications d’EDF n’ont pas pour autant évolué. Depuis deux ans le même argumentaire prévaut : « Près de la moitié des constats relèvent du traitement thermique, c’est-à-dire de la température de la pièce lors du processus de forgeage », explique EDF. Mais cela est bien évidemment sans conséquence pour la sûreté à en croire l’opérateur énergétique de l’Etat. L’entreprise estime que les essais réalisés sur ces pièces au cours de leur fabrication « montrent que ces constats ne remettent pas en cause les propriétés attendues de la pièce ». Les autres constats concernent des valeurs chimiques ou encore des écarts lors des essais réalisés dont les conséquences sur la tenue mécanique des équipements sont toujours minorées voire niées. Et on retrouve les mêmes arguties que sur la cuve de l’EPR : si les marges ont été rognées par ces défauts, elles restent suffisantes…

Cette stratégie de communication couverte par l’Autorité de contrôle ne convainc personne. Le parc nucléaire français se caractérise aujourd’hui par des équipements mal conçus, mal fabriqués dont on ne connaît peu l’état effectif après trois décennies d’exploitation… voire quatre pour les réacteurs les plus anciens. Tout cela ne dit rien qui vaille à l’heure où EDF prétend poursuivre l’exploitation du parc nucléaire au-delà de 40 ans !

« Une rupture irréversible de la confiance dans la sûreté des installations » 

L’ampleur de la crise, même si elle ne remet pas en cause la qualité de tous les composants dont les dossiers ont été expertisés, met en cause la doctrine française de sûreté qui  repose sur le principe fondamental de qualité des composants installés dans les réacteurs.

A l’heure où le gouvernement prépare les Programmations pluriannuelles de l’énergie pour la décennie à venir, il serait très choquant que les doutes sur la robustesse des composants équipant les réacteurs nucléaires ne soient pas pris en compte.

Un état des lieux pluraliste et contradictoire  s’impose, dans les commissions locales d’informations concernées, afin d’établir si les réacteurs où des composants irréguliers sont installés peuvent continuer à fonctionner dans des conditions de sûreté acceptables.

« des mesures d’urgence s’imposent »

Il est impératif que les composants défectueux soient changés au plus tôt afin de garantir des marges de sûreté conformes aux nouvelles exigences internationales selon lesquelles chaque réacteur doit désormais correspondre au référentiel EPR.

En cas d’impossibilité, une seule solution s’impose dans le respect du droit de tou(te)s de vivre dans un environnement équilibré respectueux de la santé publique, à savoir la mise à l’arrêt au moins temporaire de l’installation. L’ASN a su le faire pour Fessenheim 2, il convient aujourd’hui d’étendre la démarche à l’ensemble des réacteurs fragilisés par des composants irréguliers voire défaillants…

notes :

[1] https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/nucleaire/segregation-carbone-et-dossiers-de-fabrication-creusot-forge/dossiers-de-fabrication

[2] https://www.asn.fr/index.php/Informer/Actualites/EPR-de-Flamanville-anomalies-de-fabrication-de-la-cuve

[3] https://www.actu-environnement.com/ae/news/edf-non-conformites-reacteurs-pieces-creusots-30732.php4

[4] Le 14 septembre 2017, EDF annonce avoir découvert 471 « anomalies » et 130 « non-conformités » sur les équipements de douze de ses réacteurs nucléaires en fonctionnement. A cela s’ajoutent 95 anomalies et 16 non-conformités découvertes sur les équipements de l’EPR de Flamanville en cours de construction.

https://www.actu-environnement.com/ae/news/edf-aomalies-non-conformites-equipement-creusot-29652.php4

Contribution du Collectif STOP-EPR à la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires

Le mercredi 31 janvier 2018, l’Assemblée nationale a validé la création d’une commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires. Trente députés enquêteront sur le sujet, conformément à la demande déposée par Barbara Pompili et le groupe La République en marche (LRM) le 20 décembre 2017[1]. Tous les groupes parlementaires, à l’exception du groupe Les Républicains (LR), ont voté en faveur de l’ouverture de cette enquête. Le 24 janvier, la commission du développement durable et de l’aménagement avait déjà validé le rapport présenté par Barbara Pompili (LRM, Somme)[2].

 « L’augmentation du nombre d’incidents survenus au cours de ces dernières années et, singulièrement au cours de ces derniers mois, au sein des centrales nucléaires françaises, ainsi que les incursions répétées de militants opposés à l’énergie nucléaire ont conduit [les parlementaires de la majorité à demander la création] d’une commission d’enquête dont l’objet sera l’examen de la sûreté matérielle de nos installations nucléaires et de leur sécurité à l’égard de tout acte de malveillance », a expliqué Barbara Pompili en commission[3].

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La consultation ignorée ou comment l’ASN oublie le public pour ne pas froisser l’industrie nucléaire

Le 10 juillet 2017, l’Autorité de sûreté nucléaire soumettait au public un projet d’avis relatif à l’anomalie de la composition de l’acier du fond et du couvercle de la cuve du réacteur EPR de la centrale nucléaire de Flamanville. Trois mois après, le 10 octobre l’avis définitif est publié en dépit de la très large indignation suscitée par la validation d’une cuve qui ne correspond pas au référentiel de sûreté applicable à un tel équipement sous pression nucléaire.

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Everything You Always Wanted to Know About EPR’s vessel

La rumeur s’emballe. La cuve de l’EPR serait bonne pour le service. EDF et AREVA à grand renfort de communication voudraient mettre chacun devant le fait accompli. Sauf que les choses ne sont pas si simples. Non seulement les motifs qui ont amené l’Autorité de contrôle à mettre en cause l’aptitude au service de la cuve de l’EPR sont réels et sérieux mais ils révèlent la défaillance de l’ensemble d’une filière industrielle. La cuve de l’EPR n’est jamais que l’exemple le plus évident d’une impasse technologique.

L'EPR et la cuve de cristal

Afin d’éclairer le débat, le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs présente aujourd’hui quelques documents publiés depuis l’automne 2015 sur la cuve et sa fabrication dans les vieilles forges de Bourgogne. Plutôt que d’asséner une analyse toute faite, nous préférons livrer à  l’attention de chacun(e) des éléments effectifs qui donnent à voir l’ampleur du problème et les innombrables démarches mises en œuvre pour tenter d’expliquer que la fragilité du cœur du réacteur n’est pas si grave…

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Un incendie dans la salle des machines d’une centrale nucléaire n’est pas un fait banal

On aurait tort de minimiser ce qui s’est passé ce matin dans la salle des machines du réacteur n°1 de la centrale de Flamanville. La presse a donné un très large écho à cet incident d’exploitation[i] au point d’amener la préfecture de la Manche[ii] à réagir de manière rapide. Il fallait à tout prix faire retomber la rumeur d’une explosion sur un site très sensible puisque c’est là que le fameux réacteur EPR est en construction depuis bientôt dix ans.

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